Fissures en copropriété : quelle majorité pour voter les travaux, et que faire si le syndic bloque

Le rapport d'expert est en main, la cause de la fissure est identifiée, les travaux sont chiffrés. Reste une étape propre à la copropriété, absente en maison individuelle : faire voter ces travaux en assemblée générale. C'est souvent là que le dossier cale, moins par mauvaise volonté que par une confusion classique sur la majorité applicable. L'article consacré aux étapes du diagnostic d'une fissure en copropriété s'arrête au moment où le rapport est présenté en assemblée générale ; celui-ci reprend le dossier à partir de là.

Expert en bâtiment remettant un rapport d'expertise à la syndic de copropriété dans le hall en pierre de taille d'un immeuble parisien, désignant du doigt une photo de fissure sur mur porteur imprimée dans le rapport
En bref

Quelle majorité faut-il pour voter des travaux de réparation de fissures en copropriété ?

Contrairement à une idée répandue, des travaux lourds comme une reprise en sous-œuvre ne relèvent pas automatiquement de la double majorité de l'article 26 : dès lors qu'ils visent la conservation de l'immeuble sans en modifier l'aspect ni la destination, la majorité simple de l'article 24 suffit. L'article 25 s'applique aux travaux qui touchent l'aspect extérieur, l'article 26 reste réservé aux actes les plus lourds (surélévation, changement de destination), et l'article 18 permet au syndic d'agir seul en cas d'urgence, sans attendre l'assemblée générale. Si le syndic refuse d'inscrire le sujet à l'ordre du jour ou si l'assemblée générale rejette les travaux malgré un rapport d'expert alarmant, plusieurs recours existent, jusqu'à la désignation judiciaire d'un administrateur provisoire.

Quatre régimes de majorité, selon la nature des travaux

La loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété distingue quatre régimes de vote pour les travaux sur parties communes. Le critère qui détermine le régime applicable n'est pas le montant des travaux ni leur complexité technique, mais leur nature juridique : s'agit-il de conserver l'immeuble, de l'améliorer, ou d'en modifier la substance ?

Article de la loi de 1965Majorité requiseTravaux concernésExemple sur une fissure
Article 24Majorité simple : voix des copropriétaires présents ou représentésTravaux de conservation, d'entretien et de mise en sécurité des parties communes, même lourds, dès lors qu'ils ne modifient ni l'aspect ni la destination de l'immeubleReprise en sous-œuvre par micropieux ou injection de résine structurelle sur un mur porteur fissuré
Article 25Majorité absolue : voix de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absentsTravaux d'amélioration ou touchant l'aspect extérieur de l'immeubleRavalement de façade avec changement de teinte à l'occasion de la réparation des fissures
Article 25-1 (passerelle)Si l'article 25 échoue avec au moins un tiers des voix, second vote immédiat à la majorité de l'article 24Rattrapage d'un vote de travaux qui n'a pas atteint la majorité absolueDeuxième vote, dans la même assemblée, sur les mêmes travaux de façade
Article 26Double majorité : majorité des membres du syndicat et au moins deux tiers des voixActes de disposition, surélévation, modification de la destination de l'immeubleRarement déclenché par une simple réparation de fissure, sauf transformation lourde de la structure changeant l'usage d'un lot

L'erreur la plus fréquente : croire que les gros travaux relèvent toujours de l'article 26

Cette confusion vient d'une intuition compréhensible : plus les travaux sont chers et techniques, plus la majorité semble devoir être exigeante. La loi de 1965 ne raisonne pourtant pas ainsi. L'article 24 couvre tous les travaux de conservation et d'entretien des parties communes qui ne sont pas visés par les articles 25 et 26, sans plafond de montant. Une reprise en sous-œuvre par micropieux, aussi coûteuse soit-elle, reste un travail de conservation de l'immeuble tant qu'elle ne change ni son apparence ni sa destination : elle relève donc de la majorité simple.

L'article 26 est réservé aux décisions les plus lourdes pour le syndicat : vente d'une partie commune, surélévation de l'immeuble, modification du règlement de copropriété touchant à la destination des lots. Un copropriétaire qui exige à tort la double majorité pour des travaux de réparation peut ainsi retarder de plusieurs mois un chantier urgent, le temps de convoquer une nouvelle assemblée sur la bonne base légale.

En cas de doute sur la majorité applicable

Le syndic engage sa responsabilité s'il fait voter une résolution sur le mauvais fondement légal, ce qui expose la décision à une contestation devant le tribunal judiciaire dans les deux mois suivant la notification du procès-verbal. Faire valider la qualification des travaux avant l'assemblée, à partir du rapport d'expert, évite ce risque.

Article 18 : quand le syndic peut agir sans attendre l'assemblée générale

Un vote en assemblée générale prend du temps : convocation, délai légal, tenue de la réunion. Quand une fissure évolue vite et menace la sécurité des occupants, ce délai n'est pas toujours compatible avec l'urgence. L'article 18 de la loi de 1965 prévoit précisément ce cas : le syndic peut faire exécuter, de sa propre initiative et sans vote préalable, les travaux urgents nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble, à charge d'en informer sans délai le conseil syndical et de convoquer une assemblée générale pour ratifier la dépense a posteriori.

L'étaiement d'urgence après l'ouverture brutale d'une fissure sur un mur porteur, ou la pose d'un périmètre de sécurité sous un balcon dont la fissuration menace un effondrement, relèvent typiquement de ce régime. Ce pouvoir reste encadré : il ne couvre que l'urgence réelle, pas une décision de confort prise pour éviter un vote incertain, et la dépense engagée doit être proportionnée au péril constaté.

Qui paie quoi : tantièmes et charges spéciales

Une fois les travaux votés, leur financement suit une logique distincte de celle du vote lui-même. Le principe de base, posé par le règlement de copropriété, est la répartition au prorata des tantièmes détenus par chaque lot. Il existe toutefois une exception fréquente en matière de fissures : quand le désordre touche un élément dont l'utilité n'est pas la même pour tous les copropriétaires, un système de charges spéciales peut s'appliquer.

C'est le cas, par exemple, d'une fissure affectant la structure d'une extension en rez-de-chaussée à laquelle seuls certains lots donnent accès : les copropriétaires des étages supérieurs, qui n'en tirent aucune utilité, peuvent être exonérés de cette charge spécifique si le règlement de copropriété le prévoit. La question du qui paie une fissure en copropriété, entre parties communes générales et charges spéciales, est traitée plus en détail dans un autre article de ce blog, cette section n'en rappelle que le principe utile au moment du vote.

Le syndic refuse d'inscrire le sujet à l'ordre du jour, ou l'assemblée rejette les travaux

Un rapport d'expert alarmant n'oblige pas juridiquement une assemblée générale à voter les travaux qu'il recommande : le vote reste souverain. Mais deux situations de blocage se distinguent, et n'appellent pas la même réponse.

Quatre copropriétaires réunis autour d'une table consultant ensemble un rapport d'expertise ouvert montrant un schéma de fissure, avant le vote des travaux en assemblée générale
Faire qualifier la nature des travaux avant l'assemblée générale évite qu'un désaccord sur la majorité applicable ne retarde un chantier urgent.
Schéma des trois recours possibles si le syndic refuse d'inscrire les travaux à l'ordre du jour ou si l'assemblée générale les rejette Syndic ou assemblée générale bloquent les travaux 1 Mise en demeure 2 Saisine du juge 3 Administrateur provisoire

Mise en demeure d'inscrire le sujet à l'ordre du jour

Tout copropriétaire peut demander par lettre recommandée l'inscription d'une question à l'ordre du jour de la prochaine assemblée, en application de l'article 10 du décret n° 67-223 du 17 mars 1967 ; le syndic ne peut pas s'y opposer.

Inscription forcée à l'ordre du jour

Assignation devant le tribunal judiciaire pour faire ordonner les travaux

Si l'assemblée a rejeté des travaux alors que le rapport d'expert établit un péril pour la sécurité de l'immeuble, un copropriétaire peut saisir le tribunal judiciaire, y compris en référé en cas d'urgence, pour faire ordonner judiciairement leur exécution.

Travaux ordonnés par jugement

Désignation judiciaire d'un administrateur provisoire

En cas de blocage persistant du fonctionnement de la copropriété face à un péril avéré, le tribunal judiciaire peut, à la demande d'un copropriétaire ou du maire au titre de son pouvoir de police, désigner un administrateur provisoire qui se substitue temporairement au syndic et à l'assemblée pour engager les travaux indispensables.

Syndic et AG dessaisis temporairement

Ces trois recours forment une gradation : la mise en demeure suffit dans la grande majorité des blocages liés à l'inertie d'un syndic ; la saisine judiciaire et l'administrateur provisoire restent réservés aux situations où un péril réel pour la sécurité est démontré et documenté.

Un rapport d'expert construit pour convaincre une assemblée générale

La façon dont un rapport d'expert est rédigé influence directement sa capacité à faire voter des travaux, ou au contraire à alimenter l'hésitation d'une assemblée peu technique. Un diagnostic fissure pensé pour la copropriété qualifie explicitement la nature juridique des travaux recommandés, ce qui permet au syndic de convoquer directement sur le bon fondement légal, sans arbitrage a posteriori ni recours à un second vote. Il chiffre également les travaux de façon suffisamment précise pour que le montant ne devienne pas, à lui seul, un prétexte au rejet.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Faut-il l'article 26 pour voter une reprise en sous-œuvre par micropieux ?

Pas nécessairement. L'article 26 ne s'applique qu'aux actes de disposition, à la surélévation ou à la modification de la destination de l'immeuble. Une reprise en sous-œuvre, même coûteuse, reste un travail de conservation de l'immeuble et relève en principe de la majorité simple de l'article 24, dès lors qu'elle ne modifie ni l'aspect ni la destination du bâtiment.

Le syndic peut-il refuser d'inscrire une réparation de fissure à l'ordre du jour ?

Non. En application de l'article 10 du décret n° 67-223 du 17 mars 1967, tout copropriétaire peut demander par lettre recommandée l'inscription d'une question à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale, et le syndic est tenu d'y donner suite.

Que faire si l'assemblée générale refuse des travaux malgré un rapport d'expert alarmant ?

Le vote reste souverain, mais si le rapport établit un péril réel pour la sécurité de l'immeuble, un copropriétaire peut saisir le tribunal judiciaire, y compris en référé, pour faire ordonner les travaux. En cas de blocage persistant, la désignation judiciaire d'un administrateur provisoire, qui se substitue temporairement au syndic et à l'assemblée, reste possible en dernier recours.

Le syndic peut-il faire réaliser des travaux sans vote de l'assemblée générale ?

Oui, dans un cas précis : l'article 18 de la loi du 10 juillet 1965 permet au syndic d'engager de sa propre initiative les travaux urgents nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble, à charge d'en informer immédiatement le conseil syndical et de faire ratifier la dépense par la prochaine assemblée générale.

Qui paie les travaux de réparation d'une fissure en copropriété ?

En principe, tous les copropriétaires au prorata de leurs tantièmes, dès lors que la fissure touche une partie commune générale. Quand le désordre concerne un élément dont l'utilité n'est pas la même pour tous les lots, un système de charges spéciales peut s'appliquer si le règlement de copropriété le prévoit.

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