Diagnostic structurel obligatoire : ce que le décret du 12 août 2025 change pour les immeubles franciliens

Depuis le 15 août 2025, une commune peut obliger les propriétaires d'un quartier entier à faire expertiser la structure de leurs immeubles, même sans le moindre désordre visible. Le décret n° 2025-814 du 12 août 2025 a rendu applicable un dispositif voté un an plus tôt, et beaucoup de syndics en découvrent l'existence en recevant la notification de la mairie.

Façade d'immeuble ancien en brique et pierre dans une rue francilienne, fissure verticale visible entre deux rangées de fenêtres, aucune personne dans le cadre
En bref

Le diagnostic structurel est-il obligatoire pour tous les immeubles ?

Non. L'obligation ne se déclenche que dans les secteurs délimités par délibération du conseil municipal, et seulement pour les bâtiments d'habitation collectifs achevés depuis plus de quinze ans. Dans ces secteurs, le propriétaire ou le syndicat des copropriétaires dispose de dix-huit mois à compter de la notification pour transmettre le rapport au maire. Le diagnostic est ensuite renouvelé au moins tous les dix ans. Hors secteur délimité, rien n'est imposé, ce qui n'empêche pas de faire réaliser volontairement un diagnostic de fissures en copropriété quand des désordres apparaissent.

Une obligation née d'effondrements, pas d'un texte technique

Le dispositif descend directement de la loi n° 2024-322 du 9 avril 2024 relative à l'habitat dégradé. Son objet affiché est la prévention des effondrements de bâtiments d'habitation, après une série de drames qui ont montré qu'un immeuble peut s'écrouler sans avoir jamais fait l'objet d'un signalement : rue d'Aubagne à Marseille le 5 novembre 2018, huit morts ; rue de la Rousselle à Bordeaux dans la nuit du 20 au 21 juin 2021 ; rue Pierre-Mauroy à Lille le 12 novembre 2022, un mort.

Le législateur a donc inséré un article L.126-6-1 dans le code de la construction et de l'habitation. Cet article ouvre aux communes la faculté de délimiter des secteurs dans lesquels tout bâtiment d'habitation collectif doit être diagnostiqué. Mais un article de loi qui renvoie à un décret ne produit aucun effet tant que ce décret n'est pas paru : il a fallu attendre le 12 août 2025 pour que le contenu du diagnostic, les compétences du professionnel et la procédure de délimitation soient enfin fixés.

De la loi à l'obligation : la chaîne réglementaire du diagnostic structurel

9 avril 2024

Loi n° 2024-322

Loi habitat dégradé

Crée l'article L.126-6-1 du code de la construction et de l'habitation et ouvre aux communes la faculté d'imposer un diagnostic structurel dans des secteurs délimités.

12 août 2025

Décret n° 2025-814

Décret d'application

Fixe le contenu du diagnostic, les compétences exigées du professionnel et les modalités de délimitation des secteurs. Publié au Journal officiel du 14 août 2025.

15 août 2025

Articles R.126-43-1 à R.126-43-11

Entrée en vigueur

Le dispositif devient applicable. Les communes peuvent délibérer, notifier et exiger la transmission des rapports.

Date variable

Délibération du conseil municipal

Délimitation du secteur

La commune arrête le périmètre concerné. La délibération est annexée au document d'urbanisme dans un délai de trois mois.

Notification + 18 mois

Obligation individuelle

Transmission du rapport

Le propriétaire ou le syndicat des copropriétaires fait réaliser le diagnostic et adresse le rapport au maire.

Tant qu'aucune délibération n'a été prise sur votre commune, l'obligation reste théorique. C'est la délibération, et elle seule, qui transforme une faculté municipale en devoir pour les propriétaires.

Chaîne réglementaire reconstituée à partir de la loi n° 2024-322, du décret n° 2025-814 et des articles R.126-43-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation.

Votre immeuble est-il concerné ? Quatre questions suffisent

Le champ d'application est plus étroit qu'on ne le croit en lisant les titres de presse. Quatre conditions doivent être réunies simultanément, et il suffit qu'une seule manque pour que rien ne soit exigible. La condition la plus filtrante est la troisième : sans délibération municipale, aucun propriétaire n'a d'obligation, quel que soit l'âge ou l'état de son bâtiment.

Arbre d'éligibilité au diagnostic structurel

S'agit-il d'un bâtiment d'habitation collectif ?

Non → sortie

Maison individuelle, local commercial isolé, bâtiment tertiaire ou industriel : hors du dispositif.

↓ Oui

La réception des travaux remonte-t-elle à plus de quinze ans ?

Non → sortie

L'obligation ne se déclenche qu'à l'expiration du délai de quinze ans suivant la réception.

↓ Oui

Le bâtiment est-il situé dans un secteur délimité par délibération ?

Non → sortie

Aucune obligation. Le diagnostic reste possible à titre volontaire, et souvent utile.

↓ Oui

La délibération a-t-elle été notifiée ou affichée ?

Non → sortie

Le délai de dix-huit mois n'a pas commencé à courir. Vérifiez les dates d'affichage en mairie.

↓ Oui

Diagnostic obligatoire

Dix-huit mois pour faire réaliser le diagnostic et transmettre le rapport au maire, puis un renouvellement au moins tous les dix ans.

Les secteurs visés par le texte sont ceux qui présentent une proportion importante d'habitat ancien, ou dont les bâtiments sont susceptibles de présenter des faiblesses structurelles en raison de leur époque de construction, de leurs caractéristiques techniques, des matériaux employés ou de la nature du sol.

Conditions cumulatives issues de l'article L.126-6-1 du code de la construction et de l'habitation.

Le dernier critère mérite une attention particulière en Île-de-France : la nature du sol fait explicitement partie des motifs de délimitation d'un secteur. Une commune assise sur d'anciennes carrières, sur des remblais ou des alluvions compressibles, ou sur des argiles sensibles au retrait-gonflement dispose donc d'un fondement solide pour délibérer.

Diagnostic structurel, DTG, PPPT : trois documents que l'on confond

C'est la source principale de malentendus dans les conseils syndicaux. Une copropriété peut être soumise aux trois obligations en même temps, sans qu'aucune ne dispense des autres. Elles ne partent pas du même texte, ne regardent pas la même chose et ne sont pas destinées au même interlocuteur.

Trois obligations distinctes, trois logiques différentes

Diagnostic structurel 2025

Ce qui le déclenche

Une délibération du conseil municipal délimitant un secteur

Fondement

Article L.126-6-1 du CCH et décret n° 2025-814

Ce qu'il regarde

La structure, les désordres qui l'affectent et le risque pour la sécurité des occupants et des tiers

Qui le reçoit

Le maire de la commune

Renouvellement

Au moins tous les dix ans

DTG 2017

Ce qui le déclenche

La mise en copropriété d'un immeuble de plus de dix ans, ou une procédure engagée par l'autorité publique

Fondement

Article L.731-1 du code de la construction et de l'habitation

Ce qu'il regarde

L'état apparent des parties communes et des équipements communs, la situation au regard des obligations légales

Qui le reçoit

L'assemblée générale des copropriétaires

Renouvellement

Aucune périodicité imposée

PPPT 2023

Ce qui le déclenche

L'âge de la copropriété, au-delà de quinze ans, selon un calendrier échelonné

Fondement

Article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965

Ce qu'il regarde

Les travaux nécessaires sur dix ans, leur ordre de priorité et leur financement

Qui le reçoit

L'assemblée générale des copropriétaires

Renouvellement

Actualisation tous les dix ans

Un plan pluriannuel de travaux à jour ne dispense pas du diagnostic structurel : le premier planifie des travaux à partir d'une projection budgétaire, le second constate un état structurel et l'adresse à l'autorité de police du bâtiment.

Comparatif établi à partir du code de la construction et de l'habitation et de la loi du 10 juillet 1965.

Le calendrier réel : trois mois, dix-huit mois, un mois

Les délais du décret s'enchaînent, et chacun a un point de départ propre. Confondre le point de départ du délai de dix-huit mois avec la date de la délibération est l'erreur la plus fréquente : le décompte part de la notification, ou de la dernière date d'affichage, pas du vote du conseil municipal.

Les délais fixés par le texte

15 ans

3 mois

18 mois

1 mois

10 ans

Seuil de déclenchement

Décompté depuis la réception des travaux de construction du bâtiment. En deçà, aucune obligation.

Annexion au document d'urbanisme

Délai dans lequel la délibération délimitant le secteur est annexée au plan local d'urbanisme.

Transmission du rapport au maire

Décompté à partir de la notification de la délibération, ou de la dernière date d'affichage.

Effet de la mise en demeure

Passé ce délai après la demande du maire, la commune peut faire réaliser le diagnostic aux frais du propriétaire.

Renouvellement

Le diagnostic est renouvelé au moins une fois tous les dix ans dans le secteur délimité.

Le diagnostic réalisé d'office par la commune est recouvré comme en matière de contributions directes. Autrement dit, la facture ne se négocie pas : elle se recouvre par les voies du Trésor public.

Délais issus de l'article L.126-6-1 du CCH et des articles R.126-43-1 et suivants.

Ce que le rapport doit contenir, et qui a le droit de le signer

Le décret ne se contente pas d'exiger un diagnostic : il en normalise le contenu et verrouille le profil de celui qui le réalise. C'est probablement l'apport le plus utile du texte, parce qu'il rend enfin comparables des rapports qui, jusque-là, allaient de la note de deux pages à l'étude de structure complète.

La méthode combine une analyse documentaire, à partir des pièces que le propriétaire ou le syndic doit remettre, et un examen visuel des parties communes ainsi que des parties privatives accessibles. Le rapport est établi sous format numérique.

Le rapport imposé par le décret

Identification

Le diagnostiqueur, les personnes ayant participé aux investigations, les dates de visite.

Le bâtiment

Localisation, description architecturale et constructive, nombre de niveaux, mode de fondation connu.

Les éléments structurels

Description des éléments diagnostiqués et des désordres observés, en parties communes et en parties privatives accessibles.

L'historique

Les travaux réalisés sur le bâtiment et leur incidence sur la stabilité, les diagnostics et arrêtés antérieurs.

Les recommandations

Les travaux à conduire, hiérarchisés, et l'appréciation du risque pour la sécurité des occupants et des tiers.

Les investigations complémentaires

Les sondages, mesures ou études que le diagnostiqueur estime nécessaires pour pouvoir conclure.

Ce que le professionnel doit justifier

Formation Diplôme sanctionnant au moins cinq années d'études dans le domaine des techniques du bâtiment ou du génie civil, ou titre équivalent
Expérience Deux années au moins de pratique professionnelle dans ce domaine
Assurance Responsabilité civile professionnelle de 1 000 000 € par sinistre et 1 500 000 € par année d'assurance
Indépendance Attestation d'impartialité vis-à-vis du propriétaire, du syndic et des entreprises susceptibles de réaliser les travaux

L'interdiction de rétribution, directe ou indirecte, par une entreprise susceptible d'intervenir sur le bâtiment écarte de fait les diagnostics offerts en amont d'un devis de travaux.

Contenu et conditions issus des articles R.126-43-1 à R.126-43-11 du code de la construction et de l'habitation.

Ces exigences rejoignent celles qu'il faut appliquer au choix de tout intervenant : l'appellation exacte que porte un professionnel du bâtiment devient ici un critère réglementaire, et non plus seulement un critère de confiance.

Ce que le diagnostic révèle vraiment dans un immeuble ancien

Sur le terrain francilien, un diagnostic structurel en secteur d'habitat ancien remonte rarement des surprises spectaculaires. Il remonte des accumulations : des planchers bois dont les entrées de solives ont travaillé, des refends percés au fil des décennies sans reprise de charge correcte, des descentes d'eau qui ont saturé un mur pignon, des tassements différentiels de fondation anciens que personne n'a jamais instrumentés.

La difficulté du diagnostiqueur n'est pas de voir ces désordres, elle est de les hiérarchiser. Un immeuble peut porter cinquante fissures dont quarante-huit sont sans conséquence et deux appellent une décision rapide. C'est exactement le travail de tri que suppose la distinction entre une fissure structurelle et une fissure esthétique, appliquée cette fois à l'échelle d'un bâtiment entier plutôt qu'à un mur.

Cage d'escalier d'un immeuble d'habitation ancien avec fissures sur le mur porteur et l'enduit dégradé, aucune personne dans le cadre
Les parties communes accessibles constituent le premier terrain d'observation imposé par le décret.

Le rapport conclut à des désordres : et après ?

Le décret organise la production d'un constat, pas la réparation. Une fois le rapport transmis au maire, deux logiques se séparent. La logique administrative appartient à la commune : si le rapport décrit un risque pour la sécurité des occupants ou des tiers, le maire dispose de ses pouvoirs de police et peut engager une procédure de mise en sécurité, avec les conséquences que cela emporte pour les occupants. Le déroulé de cette procédure et ses délais sont détaillés dans l'analyse consacrée à la procédure d'arrêté de péril appliquée aux fissures.

La logique privée appartient à la copropriété. Les recommandations hiérarchisées du rapport doivent être portées à l'ordre du jour d'une assemblée générale, avec la question des majorités et du financement. C'est le point de bascule où beaucoup de dossiers s'enlisent, et où il vaut la peine de savoir comment faire voter des travaux de structure en assemblée générale avant que la commune ne reprenne la main.

Un dernier point, souvent ignoré : le diagnostic structurel n'est pas une expertise de responsabilité. Il décrit un état, il ne désigne aucun responsable et ne mobilise aucune garantie. Si les désordres relevés semblent imputables à un tiers, à un chantier voisin, à une sécheresse ou à une malfaçon, il faut engager en parallèle une démarche distincte et contradictoire avec les assureurs concernés.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Qui paie le diagnostic structurel dans une copropriété ?

Le coût est supporté par le syndicat des copropriétaires, donc réparti selon les tantièmes de parties communes générales. Le syndic engage la dépense au titre de l'obligation légale. Si le diagnostic n'est pas transmis et que la commune le fait réaliser d'office, la facture est recouvrée comme en matière de contributions directes, ce qui retire toute marge de discussion sur le montant.

Que se passe-t-il si l'immeuble a moins de quinze ans ?

L'obligation ne s'applique pas. Le délai de quinze ans court à compter de la réception des travaux de construction. Un immeuble plus récent qui présente des désordres relève d'un autre terrain, celui des garanties de construction, notamment la garantie de parfait achèvement et la garantie décennale, avec des délais et des interlocuteurs différents.

Le diagnostic structurel remplace-t-il le PPPT ?

Non, et l'inverse est vrai aussi. Le plan pluriannuel de travaux relève de la loi du 10 juillet 1965 et s'adresse à l'assemblée générale ; le diagnostic structurel relève du code de la construction et de l'habitation et s'adresse au maire. Leurs contenus se recoupent partiellement, mais aucun des deux ne dispense de l'autre.

Un diagnostiqueur immobilier classique peut-il le réaliser ?

Rarement. Le décret exige un diplôme sanctionnant au moins cinq années d'études dans le domaine des techniques du bâtiment, deux années d'expérience, et des compétences couvrant les pathologies du bâtiment, les structures, la géotechnique et les matériaux. Les certifications habituelles des diagnostics de vente ne couvrent pas ce champ.

Comment savoir si ma commune a délimité un secteur ?

La délibération du conseil municipal est publique et doit être annexée au document d'urbanisme dans les trois mois. Elle est consultable en mairie et sur le portail de publicité des actes de la commune. En pratique, les propriétaires concernés reçoivent une notification, et les dates d'affichage font courir le délai de dix-huit mois.

Le rapport doit-il être communiqué aux copropriétaires ?

Le décret impose la transmission au maire. Rien n'interdit, et tout recommande, de le porter à la connaissance de l'assemblée générale : ses recommandations hiérarchisées constituent la base des résolutions de travaux à venir, et son absence de diffusion expose le syndic à une contestation lors du vote.

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