Fissure sur un bien loué détenu par une SCI : assurance PNO, MRH du locataire, qui déclare et qui répare

Beaucoup de particuliers détiennent un bien locatif via une Société Civile Immobilière plutôt qu'en direct, pour des raisons de transmission ou de gestion patrimoniale. Cette structure juridique change la manière dont un sinistre fissure se gère, sans que cela soit toujours anticipé au moment de la mise en location : c'est la SCI, personne morale, qui est propriétaire et bailleur, pas l'associé qui la gère au quotidien, et c'est donc son assurance, pas celle de ses associés à titre personnel, qui doit couvrir le bien.

La confusion la plus fréquente porte sur le rôle respectif de deux contrats qui coexistent sur un même logement loué : l'assurance propriétaire non occupant souscrite par le bailleur, et l'assurance multirisque habitation souscrite par le locataire. Ces deux contrats ne couvrent pas le même risque et n'interviennent pas pour les mêmes désordres, une distinction déterminante quand une fissure apparaît.

Ce guide détaille le rôle de chaque assurance face à une fissure sur un bien loué détenu en SCI, le statut légal réel de la PNO selon que le bien est en copropriété ou non, et la procédure de déclaration et de prise en charge à suivre. Pour la répartition générale des obligations d'entretien entre bailleur et locataire, indépendamment de la structure juridique du propriétaire, voir le point consacré à qui répare une fissure en logement loué.

Façade d'un immeuble locatif francilien avec une fissure fine visible et une affichette à louer discrète
En bref

Une fissure apparaît sur un logement loué détenu par une SCI : est-ce l'assurance du bailleur ou celle du locataire qui intervient ?

Ni tout à fait l'une ni tout à fait l'autre, et la réponse dépend de la nature du désordre. Une fissure qui affecte la structure du bâtiment (façade, gros œuvre, fondations) relève de l'obligation d'entretien et de réparation du bailleur, donc de son assurance propriétaire non occupant (PNO) si la SCI en a souscrit une. La MRH du locataire ne couvre que ses biens personnels et sa responsabilité d'occupant, jamais la structure du bâtiment. Le point souvent ignoré est que la PNO n'est légalement obligatoire que lorsque le bien est en copropriété (loi ALUR de 2015) : hors copropriété, une SCI qui loue une maison individuelle n'a aucune obligation légale de souscrire une PNO, alors même que sa responsabilité de bailleur reste pleinement engagée en cas de sinistre.

PNO et MRH : deux contrats, deux risques, jamais le même désordre

L'assurance propriétaire non occupant couvre le bâti lui-même : structure, gros œuvre, équipements fixes, ainsi que la responsabilité civile du bailleur en tant que propriétaire, y compris pendant les périodes de vacance locative. L'assurance multirisque habitation du locataire couvre à l'inverse ses biens mobiliers personnels et sa responsabilité civile d'occupant, notamment les dommages qu'il pourrait causer au logement ou aux voisins par son propre fait (dégât des eaux provoqué, incendie d'origine domestique).

Une fissure de façade, une fissure traversante liée à un mouvement de terrain, ou un désordre affectant les fondations relèvent structurellement du bâti, donc du champ de la PNO du bailleur, jamais de la MRH du locataire. La MRH n'entre en jeu que si la fissure a endommagé les biens personnels du locataire, par exemple un dégât des eaux consécutif à une fissure qui a fait céder une canalisation encastrée.

Deux contrats d'assurance séparés sur une table, l'un avec un bail et des clés pour le bailleur, l'autre avec un carton et une lampe pour le locataire.
PNO et MRH restent deux contrats distincts, chacun rattaché à un risque précis, jamais interchangeables sur une fissure du bâti.

PNO obligatoire ou non : ce que change la copropriété

Le statut légal de la PNO dépend directement du régime juridique de l'immeuble, un point rarement clarifié auprès des SCI qui gèrent un bien locatif en direct plutôt qu'en copropriété.

Quand le bien loué est un lot de copropriété, la SCI copropriétaire reste soumise aux mêmes règles de diagnostic que tout autre copropriétaire dès qu'une fissure affecte des parties communes, un point détaillé dans l'analyse consacrée au diagnostic d'une fissure en immeuble collectif.

Deux situations bien distinctes déterminent si la SCI est légalement tenue de souscrire une PNO pour le bien qu'elle loue.

Obligatoire

Bien en copropriété

Article 9-1, loi n°65-557 du 10 juillet 1965, issu de la loi ALUR

Depuis 2015, tout copropriétaire, occupant ou non, doit être assuré au minimum en responsabilité civile pour les dommages qu'il pourrait causer aux tiers, aux voisins ou aux parties communes. Une SCI propriétaire d'un lot en copropriété doit donc souscrire une PNO, sous peine de pouvoir être assurée d'office par le syndic à ses frais.

Facultatif

Maison individuelle hors copropriété

Aucune obligation légale générale

Une SCI qui loue une maison individuelle, non soumise au statut de la copropriété, n'a aucune obligation légale de souscrire une PNO. Sa responsabilité de bailleur reste pourtant pleinement engagée en cas de sinistre affectant un tiers ou le locataire, ce qui rend la souscription fortement conseillée en pratique, même sans obligation.

Coût moyen d'une assurance PNO en 2026

Appartement 10,68 € / mois

Fourchette usuelle : 60 à 160 € par an selon surface et localisation

Maison individuelle 15,08 € / mois

Fourchette usuelle : 180 à 380 € par an selon surface et localisation

Moyennes de marché 2026, comparateurs d'assurance habitation (source : Selectra).

Le coût d'une PNO reste, dans l'immense majorité des cas, très inférieur au risque financier qu'elle couvre en cas de sinistre structurel non assuré.

Une fissure apparaît en cours de bail : qui déclare, dans quel ordre

La déclaration d'un sinistre fissure sur un bien loué suit un enchaînement précis, que la SCI gère elle-même ou délègue à une agence de gestion locative.

Courrier papier de signalement d'une fissure accompagné de trois photos de façade, d'un trombone et d'un stylo.
Un signalement écrit et daté, photos à l'appui, fixe la date de connaissance du désordre par le bailleur.
  1. Le locataire signale la fissure au bailleur ou à son mandataire

    Ce signalement doit être écrit (courrier, mail, ou constat lors d'un état des lieux), daté, avec photos, pour fixer la date de connaissance du désordre par le bailleur.

  2. La SCI qualifie l'origine du désordre avant toute déclaration

    Fissure liée à un mouvement de terrain, à un défaut d'entretien, à un désordre structurel préexistant : cette qualification détermine quel contrat et quelle garantie mobiliser, notamment si un arrêté de catastrophe naturelle est nécessaire.

  3. La SCI déclare le sinistre auprès de sa PNO, dans les délais contractuels

    Pour un sinistre catastrophe naturelle sécheresse, le délai court à compter de la publication de l'arrêté au Journal officiel, pas de la date de constat de la fissure par le locataire.

  4. Le locataire déclare séparément à sa MRH uniquement si ses biens propres sont endommagés

    La fissure du bâti reste hors du champ de sa police ; seuls les dommages à ses meubles ou équipements personnels relèvent de sa propre déclaration.

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Un locataire qui déclare seul un sinistre fissure structurel à sa MRH s'expose à un refus de prise en charge : la garantie catastrophe naturelle sur le bâti est rattachée au contrat du propriétaire, pas à celui de l'occupant, même si c'est le locataire qui a constaté le désordre en premier.

Cet enchaînement reprend les grandes étapes de la procédure applicable à toute déclaration de sinistre fissure, détaillée pas à pas dans le guide de déclaration d'une fissure à l'assurance, avec ici les particularités propres au bien loué.

Réparation, relogement et loyer pendant les travaux : ce qui reste à la charge de chacun

Une fois le sinistre pris en charge, la répartition des conséquences pratiques distingue encore une fois nettement le rôle du bailleur et celui du locataire, la SCI restant seule responsable des travaux sur le bâti.

Échafaudage partiel devant une façade francilienne occupée, autour d'une reprise d'enduit localisée après réparation d'une fissure.
Les travaux de reprise peuvent se dérouler dans un immeuble habité, sans nécessairement justifier un relogement complet.
Situation pendant les travauxÀ la charge de la SCI (bailleur)À la charge du locataire
Réparation de la fissure et reprise structurelleOui, financée par l'indemnité PNO et complétée si nécessaireNon
Relogement temporaire si le logement devient inhabitableGénéralement pris en charge par la garantie relogement de la PNO si souscrite en optionNon, sauf clause contraire du bail
Réduction ou suspension du loyer pendant l'indisponibilité partiellePeut être due au locataire au prorata de la perte de jouissanceSans objet
Dommages aux biens personnels du locataire liés au sinistreNonOui, via sa propre MRH

Ce partage reste identique à celui applicable à un bailleur personne physique : la structure juridique de la SCI ne modifie pas les obligations d'entretien et de jouissance paisible dues au locataire au titre de la loi du 6 juillet 1989, elle change uniquement quel contrat d'assurance porte la charge financière du sinistre.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Une SCI familiale doit-elle obligatoirement souscrire une assurance PNO ?

Seulement si le bien loué est en copropriété : l'obligation légale issue de la loi ALUR de 2015 vise tout copropriétaire, occupant ou non, y compris une SCI. Pour une maison individuelle hors copropriété, aucune obligation légale n'impose la PNO, même si sa souscription reste fortement recommandée compte tenu de la responsabilité de bailleur qui demeure engagée.

La MRH du locataire peut-elle un jour couvrir une fissure de structure ?

Non, jamais directement. La MRH couvre les biens personnels du locataire et sa responsabilité d'occupant, pas le bâti lui-même. Une fissure structurelle relève systématiquement de l'assurance du propriétaire, qu'il s'agisse d'une PNO pour un bien loué ou d'une multirisque habitation classique si le propriétaire occupe lui-même le logement.

Si la SCI n'a pas de PNO, le locataire peut-il se retourner directement contre elle ?

Oui. L'absence de PNO ne supprime pas la responsabilité de la SCI en tant que bailleur au titre de son obligation d'entretien et de délivrance d'un logement décent. Le locataire, ou son assureur MRH par subrogation, peut engager une action directe contre la SCI pour obtenir réparation, sans qu'un contrat PNO manquant ne fasse écran à cette responsabilité.

Qui déclare un sinistre catastrophe naturelle sécheresse quand le bien est loué via une SCI ?

C'est la SCI, en tant que propriétaire assurée, qui déclare le sinistre auprès de sa PNO dans le délai fixé à compter de la publication de l'arrêté de catastrophe naturelle. Le locataire n'a pas qualité pour déclarer ce sinistre au titre du bâti auprès de l'assureur du bailleur, mais peut et doit informer la SCI dès qu'il constate le désordre.

Le gérant de la SCI engage-t-il sa responsabilité personnelle en l'absence de PNO ?

La SCI, en tant que personne morale, reste le titulaire de l'obligation d'entretien envers le locataire. La responsabilité personnelle du gérant peut néanmoins être recherchée en cas de faute de gestion caractérisée, par exemple s'il a été alerté d'un désordre structurel et n'a pris aucune mesure ni souscrit d'assurance adaptée alors que la situation l'exigeait manifestement.

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