Loi Barusseau et surprime Cat-Nat : ce qui change vraiment pour les propriétaires fissurés

Depuis le début de l'année 2026, la formule "loi Barusseau" circule beaucoup dans les recherches de propriétaires touchés par des fissures de sécheresse, souvent avec l'idée confuse que leur prime d'assurance aurait déjà augmenté à cause d'un texte qui, en réalité, n'est pas encore définitivement voté. Deux choses distinctes se sont mélangées dans le débat public : une hausse de tarif déjà appliquée depuis le 1er janvier 2025, et une proposition de loi encore en cours de navette parlementaire qui, elle, prépare des changements plus larges.

Un expert aide des propriétaires à décrypter une ligne de leur avis d'échéance d'assurance habitation, attablés dans une cuisine lumineuse de pavillon francilien
En bref

La loi Barusseau a-t-elle déjà changé le montant de mon assurance fissure ?

Une partie du changement est déjà en vigueur depuis le 1er janvier 2025, indépendamment de la loi Barusseau : le taux de surprime catastrophe naturelle appliqué à votre prime multirisque habitation est passé de 12 % à 20 %, pour tous les assurés sans distinction. La proposition de loi Barusseau, elle, n'est pour l'instant adoptée qu'en première lecture à l'Assemblée nationale (8 avril 2026) : elle prévoit la fin de la reconstruction systématique à l'identique après sinistre et ouvre la possibilité, par décret, de moduler davantage les primes des résidences secondaires et des biens professionnels de plus de 20 millions d'euros. Elle n'est pas encore promulguée.

Ce qui est déjà en vigueur depuis le 1er janvier 2025, sans attendre aucune loi

Le changement le plus concret pour les propriétaires n'a pas attendu la loi Barusseau : depuis le 1er janvier 2025, le taux de surprime catastrophe naturelle prélevé sur chaque contrat multirisque habitation (MRH) est passé de 12 % à 20 %. Cette surprime finance le régime Cat-Nat dans son ensemble (sécheresse, inondation, séisme, mouvement de terrain) et s'applique uniformément, quel que soit votre profil de risque individuel ou votre historique de sinistres.

Ce relèvement a été décidé par le gouvernement pour faire face à l'explosion du coût des sinistres liés au retrait-gonflement des argiles (RGA), devenu le premier poste de dépense du régime Cat-Nat devant les inondations. Il figure sur votre avis d'échéance sous la ligne "majoration catastrophes naturelles" ou équivalent selon l'assureur, et vous pouvez le vérifier directement sans attendre une communication spécifique de votre compagnie.

Gros plan sur un avis d'échéance d'assurance habitation posé sur une table, avec une ligne soulignée au stylo.
La hausse de la surprime catastrophe naturelle figure sur l'avis d'échéance de tous les contrats multirisque habitation depuis janvier 2025, indépendamment de la loi Barusseau.

Franchises RGA : les montants applicables en 2026

Ces franchises légales s'appliquent une seule fois par arrêté de reconnaissance, quel que soit le nombre de désordres constatés sur le bien lors du même épisode. Elles restent dues même après indemnisation complète du sinistre : la franchise n'est jamais elle-même remboursée. Pour la procédure de déclaration et les délais associés, la démarche est détaillée dans le guide sur l'assurance fissure et la catastrophe naturelle.

Type de bienFranchise hors RGAFranchise spécifique RGA
Habitation (particulier)380 €1 520 €
Véhicule terrestre à moteur380 €Non concerné
Bien à usage professionnel10 % des dommages, plancher 1 140 €10 % des dommages, plancher 3 050 €

La proposition de loi Barusseau : ce qu'elle prévoit, et ce qu'elle ne prévoit pas encore

Le texte porte un objectif plus large que la seule question tarifaire : il vise à inscrire dans la loi une politique nationale d'adaptation au changement climatique et à adapter en conséquence les mécanismes d'assurance. Deux mesures concernent directement les propriétaires fissurés.

La première met fin au principe de reconstruction systématique "à l'identique" après un sinistre indemnisé au titre du régime Cat-Nat : l'indemnisation pourrait être conditionnée à des travaux de reconstruction plus résilients face au risque identifié (par exemple des fondations renforcées en zone d'exposition RGA forte), plutôt qu'à une remise en état strictement conforme à l'existant.

La seconde ouvre, par décret d'application encore non publié, la possibilité de moduler à la hausse les primes d'assurance pour les résidences secondaires et pour les biens professionnels dont la valeur dépasse 20 millions d'euros. Aucun taux ni aucun seuil de déclenchement précis n'est fixé dans le texte lui-même : ces paramètres, s'ils sont un jour appliqués, dépendront entièrement du décret.

Un texte adopté en première lecture, pas encore promulgué

La proposition de loi du député Fabrice Barusseau a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale en première lecture le 8 avril 2026. Elle doit encore être examinée par le Sénat avant toute promulgation : aucune de ses mesures n'est donc obligatoire à ce jour, y compris la modulation de primes évoquée plus bas.

Hausse déjà appliquée ou modulation seulement possible : le comparatif par profil d'assuré

Avant 2025 Depuis 2025 / si la loi Barusseau est promulguée

Résidence principale

12%
20%

Déjà appliqué depuis le 1er janvier 2025, sans lien avec la loi Barusseau.

Bien professionnel < 20 M€

12%
20%

Même hausse déjà appliquée, aucune modulation supplémentaire prévue pour ce profil.

Résidence secondaire

12%
20%

Hausse déjà appliquée ; une modulation additionnelle est seulement rendue possible par la loi Barusseau, si elle est promulguée et si un décret fixe un taux.

Bien professionnel > 20 M€

12%
20%

Même situation : modulation additionnelle possible mais non chiffrée à ce jour.

Déjà appliqué Possible, non chiffré

France Assureurs (taux de surprime Cat-Nat 2025) ; Assemblée nationale, proposition de loi Barusseau adoptée en 1ère lecture le 8 avril 2026.

La partie hachurée représente une hausse seulement possible, conditionnée à la promulgation du texte puis à un décret d'application non encore publié.

Ce que la loi Barusseau ne change pas (et qu'on lui attribue parfois à tort)

Deux autres évolutions récentes du dossier RGA sont régulièrement associées à tort à la loi Barusseau, alors qu'elles suivent des calendriers et des textes totalement distincts. Le Fonds de prévention argile, lancé en octobre 2025 avec une enveloppe de 30 millions d'euros, finance des diagnostics de vulnérabilité et certains travaux préventifs sur des logements pas encore fissurés, mais reste expérimenté dans 11 départements pilotes qui n'incluent aucun département francilien à ce jour.

L'arrêté du 9 janvier 2026, qui a actualisé la carte d'exposition au RGA et étendu depuis le 1er juillet 2026 l'obligation d'étude géotechnique préalable à la vente d'un terrain à bâtir en zone d'exposition moyenne, relève lui aussi d'un texte réglementaire distinct, sans lien direct avec le régime d'indemnisation Cat-Nat que modifie la proposition Barusseau.

Un propriétaire tient un courrier d'assurance ouvert devant sa maison en meulière francilienne.
Deux dispositifs récents sont parfois confondus avec la loi Barusseau alors qu'ils en sont indépendants.

Ce qu'il faut retenir avant de signer un avenant ou de contester une hausse

Si votre prime a augmenté depuis 2025, la cause la plus probable reste la hausse générale de la surprime Cat-Nat, applicable à tous les contrats et sans lien avec votre situation personnelle. Un assureur ne peut pas, à ce jour, justifier une hausse supplémentaire en invoquant la loi Barusseau, puisque son décret d'application n'existe pas encore.

Si votre logement présente déjà des fissures liées au RGA, l'enjeu prioritaire reste la procédure d'indemnisation elle-même, pas l'évolution tarifaire : la méthode complète pour objectiver le lien entre le désordre et l'épisode de sécheresse est détaillée dans le guide sur la fissure liée au retrait-gonflement des argiles, et les aides mobilisables au moment des travaux sont recensées dans un point dédié aux financements 2026.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

La loi Barusseau est-elle déjà en vigueur en août 2026 ?

Non. Elle a été adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale le 8 avril 2026, mais doit encore passer devant le Sénat avant toute promulgation. Aucune de ses mesures n'est donc juridiquement contraignante à ce jour.

Pourquoi ma prime d'assurance habitation a-t-elle déjà augmenté si la loi n'est pas votée ?

Cette hausse vient très probablement du relèvement du taux de surprime catastrophe naturelle, passé de 12 % à 20 % depuis le 1er janvier 2025 par décision gouvernementale distincte, applicable à tous les contrats indépendamment de la loi Barusseau.

Les résidences secondaires paient-elles déjà plus cher à cause de la loi Barusseau ?

Pas encore. La loi Barusseau ouvre seulement la possibilité d'une modulation supplémentaire pour ce profil, par décret. Sans promulgation du texte puis publication de ce décret, aucun taux différencié ne peut légalement être appliqué.

Qu'est-ce que la fin de la reconstruction à l'identique changerait concrètement ?

Si cette mesure est adoptée définitivement, l'indemnisation d'un sinistre Cat-Nat pourrait être conditionnée à une reconstruction plus résiliente face au risque identifié, plutôt qu'à une remise en état strictement conforme à l'existant, notamment en zone d'exposition RGA forte.

Le Fonds de prévention argile fait-il partie de la loi Barusseau ?

Non, ce sont deux dispositifs indépendants. Le Fonds de prévention argile a été lancé en octobre 2025 par une décision distincte et reste limité à 11 départements pilotes n'incluant aucun département francilien.

Où vérifier le taux de surprime réellement appliqué sur mon contrat ?

Le taux figure sur votre avis d'échéance annuel, généralement sous une ligne dédiée aux catastrophes naturelles. En cas de doute sur son calcul, votre assureur ou votre courtier est tenu de vous communiquer le détail du calcul de la prime sur demande écrite.

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