Tierce expertise après une sécheresse : quand deux experts ne s'accordent pas sur vos fissures

Vous avez fait appel à un expert d'assuré. Il a revu le chiffrage de l'assureur, relevé des fissures oubliées, contesté une cause écartée trop vite. Plusieurs échanges plus tard, les deux professionnels campent sur leurs positions : l'un voit une sécheresse, l'autre un défaut de construction, ou bien les deux admettent la sécheresse mais leurs chiffrages diffèrent de moitié.

Entre cette impasse et le tribunal, il existe une étape que beaucoup de contrats prévoient noir sur blanc et que peu d'assurés utilisent : la tierce expertise. Voici comment elle fonctionne, ce qu'elle peut trancher et ce qu'elle ne peut pas trancher, combien elle coûte et comment la déclencher sans perdre de temps.

Deux rapports d'expertise fermés, à onglets gris et ocre, posés sur une table devant une porte-fenêtre ouverte sur une façade fissurée en escalier, un troisième dossier fermé entre eux
En bref

Que faire quand l'expert de l'assurance et votre propre expert ne sont pas d'accord sur des fissures de sécheresse ?

Relire la clause d'expertise de votre contrat. La plupart des contrats habitation prévoient qu'en cas de désaccord persistant, les deux experts désignent ensemble un troisième expert, et que les trois décident à la majorité des voix. Si les deux premiers ne s'entendent même pas sur ce nom, c'est le président du tribunal judiciaire du lieu du sinistre qui le désigne, sur simple requête. Chaque partie paie son propre expert et, en général, la moitié des honoraires du tiers. C'est une voie plus rapide et moins coûteuse que le procès, à condition que le désaccord entre bien dans le périmètre de la clause.

La clause qui organise le désaccord

La tierce expertise n'est pas une procédure prévue par la loi pour la sécheresse. Elle naît du contrat. Dans la partie consacrée au règlement des sinistres, les conditions générales d'une assurance habitation contiennent presque toujours une clause d'expertise, rédigée sur un modèle très répandu. La garantie catastrophe naturelle étant attachée à ce contrat, la même clause s'applique à un sinistre sécheresse.

Le mécanisme tient en trois temps. Chaque partie choisit son expert. Si les deux experts ne parviennent pas à un accord, ils s'adjoignent un troisième, et les trois opèrent ensemble en décidant à la majorité. Si l'une des parties ne nomme pas son expert, ou si les deux experts ne s'entendent pas sur le choix du troisième, la désignation revient au président du tribunal judiciaire du lieu du sinistre, saisi par une requête que les deux parties peuvent signer ensemble, ou une seule après avoir convoqué l'autre par lettre recommandée.

Trois experts, une majorité : comment la décision se forme

2/3

Deux voix sur trois

Expert de l'assureur

Mandaté et payé par l'assureur

Tiers expert

Choisi par les deux, ou désigné par le juge

Expert de l'assuré

Mandaté et payé par vous

Le tiers rejoint votre expert

La cause ou le chiffrage défendu par votre expert devient la position retenue. L'assureur est tenu par ce résultat dans les limites de la clause.

Le tiers rejoint l'expert de l'assureur

La position de l'assureur est confirmée. Il reste la voie judiciaire, mais avec un avis de plus contre vous.

Le tiers propose une position intermédiaire

Elle ne devient une décision que si l'un des deux premiers experts s'y rallie. Sans ralliement, il n'y a pas de majorité et le désaccord reste entier.

Le tiers expert ne départage pas deux rapports sur dossier : il revoit la maison, entend les deux experts et forme son propre avis. C'est une expertise à part entière, pas un arbitrage sur pièces.

Le vocabulaire varie d'un contrat à l'autre : « tiers expert », « troisième expert », « expert départiteur ». La mécanique reste la même. Avant toute démarche, retrouvez les conditions générales en vigueur à la date du sinistre, et non la dernière version reçue, car c'est celle-là qui fixe les règles du jeu.

Ce que le tiers expert peut trancher, et ce qu'il ne peut pas

C'est le point que la plupart des assurés découvrent trop tard. Beaucoup de clauses d'expertise visent « l'évaluation des dommages » : elles permettent de faire trancher un désaccord sur le montant, par exemple quand l'assureur admet la sécheresse mais ne chiffre que la reprise des enduits alors que votre expert chiffre une reprise en sous-œuvre. D'autres clauses, plus larges, confient aux experts « les causes et circonstances du sinistre » en plus de l'évaluation. Dans ce cas, la question technique de la cause entre aussi dans la mission.

En sécheresse, le désaccord porte très souvent sur la cause : l'assureur retient un défaut de fondation, une fuite, une construction récente mal conçue, et en déduit que la sécheresse n'est pas la cause déterminante. Si la clause ne couvre que l'évaluation, le tiers expert ne pourra pas trancher ce point. Et quelle que soit la clause, une question de droit, comme l'application d'une exclusion du contrat, reste du ressort du juge, pas d'un expert.

Illustration à plat vue de dessus : deux rapports d'expertise ouverts côte à côte montrent le même plan de maison fissurée, l'un avec des repères rouges sur les fondations, l'autre avec des repères ocre sur le sol argileux ; un troisième dossier fermé est posé entre les deux.
Même maison, même fissures, deux lectures : la tierce expertise ne sert qu'à départager ce qui entre dans la mission écrite.

Fixer la mission par écrit avant de commencer

Avant que le tiers expert ne se déplace, faites rédiger un court protocole signé par l'assureur et par vous : les questions posées au tiers, la répartition des honoraires, et l'engagement des deux parties à respecter le résultat. Sans ce document, chacun peut contester après coup ce que le tiers avait le droit de trancher.

Qui paie quoi : la répartition des honoraires

La clause règle aussi l'argent, et la règle la plus répandue est simple : chacun paie son expert, et les honoraires du tiers expert sont partagés par moitié. Si le tiers a été désigné par le juge, les frais de cette désignation se partagent de la même façon. C'est ce qui rend la tierce expertise sensiblement moins coûteuse qu'une expertise judiciaire, dont la provision est avancée par celui qui la demande.

Deux sources de financement méritent d'être vérifiées avant d'engager la dépense. Certains contrats habitation comportent une garantie « honoraires d'expert » qui rembourse tout ou partie de votre expert dans une limite fixée au contrat, et une assurance de protection juridique peut prendre en charge les frais d'expertise d'un litige avec votre propre assureur, selon ses conditions. Les limites de ces deux garanties sont détaillées dans l'article sur la protection juridique pour financer un expert ou un avocat.

Le ticket de la tierce expertise

Honoraires, clause la plus répandue

Vous L'assureur

Votre expert

Pendant toute la discussion, puis pendant la réunion à trois

100 %

L'expert de l'assureur

Rémunéré par l'assureur, jamais refacturé à l'assuré

100 %

Le tiers expert

Visite, réunion contradictoire, avis écrit

50 % 50 %

Désignation par le juge

Seulement si les experts ne s'entendent pas sur un nom

50 % 50 %

À vérifier dans votre contrat : une garantie « honoraires d'expert » peut réduire la première ligne.

Certains contrats prévoient une autre répartition, par exemple la charge du tiers expert entièrement à l'assureur. La clause de votre contrat l'emporte toujours sur la pratique courante.

Déclencher la tierce expertise, étape par étape

La démarche est écrite du début à la fin. Il ne s'agit pas de menacer l'assureur d'un tiers expert au téléphone, mais de constater formellement le désaccord puis de mettre la clause en œuvre, en gardant la trace de chaque envoi.

  1. Faire constater le désaccord par écrit

    Votre expert adresse à l'expert de l'assureur une note qui résume les points d'accord et les points de désaccord, poste par poste. Ce document délimite ce que le tiers aura à trancher.

  2. Invoquer la clause par lettre recommandée

    Vous écrivez à l'assureur en citant l'article des conditions générales qui prévoit le recours à un troisième expert, et vous demandez sa mise en œuvre. Gardez l'accusé de réception.

  3. S'accorder sur un nom

    Les deux experts proposent chacun un ou deux noms et retiennent un tiers qui n'a travaillé pour aucune des parties sur ce dossier. Un expert inscrit sur une liste de cour d'appel est souvent accepté plus facilement par les deux côtés.

  4. À défaut d'accord, saisir le président du tribunal judiciaire

    Une requête, signée par les deux parties ou par vous seul après convocation de l'assureur, demande la désignation du tiers expert. Le juge ne tranche pas le fond : il nomme l'expert.

  5. Signer le protocole et organiser la réunion

    Mission, honoraires, calendrier et engagement de respecter le résultat. Puis visite de la maison en présence des trois experts, et avis écrit du tiers, signé par la majorité.

La tierce expertise a aussi un effet utile sur le calendrier. L'article L. 114-2 du Code des assurances prévoit que la désignation d'un expert à la suite d'un sinistre interrompt la prescription. Pour un sinistre sécheresse, le délai pour agir contre l'assureur est de cinq ans si le contrat a été souscrit après le 29 décembre 2021, et de deux ans pour les contrats déjà en cours à cette date : tant que la discussion entre experts dure, gardez ce délai en tête et faites dater chaque désignation.

Tierce expertise ou expertise judiciaire : choisir la bonne porte

La tierce expertise n'est pas toujours la meilleure option. Lorsque la clause ne couvre pas le point litigieux, lorsque l'assureur refuse de la mettre en œuvre, ou lorsque le dossier appelle des investigations lourdes comme une étude de sol, le référé-expertise devant le tribunal peut être plus adapté. Les différences entre les formes d'expertise sont posées dans l'article sur l'expertise amiable, judiciaire et la contre-expertise ; le tableau suivant se limite à ce qui distingue la tierce expertise du juge.

CritèreTierce expertise contractuelleExpertise judiciaire
FondementLa clause d'expertise du contratUne ordonnance du juge, le plus souvent en référé
Qui choisit l'expertLes deux experts, ou le président du tribunal à défaut d'accordLe juge
Ce qu'il peut trancherCe que la clause et le protocole lui confientLes questions techniques posées par l'ordonnance, cause comprise
Coût pour vousVotre expert et la moitié du tiers, en règle généraleVotre expert, la provision de l'expert judiciaire, souvent un avocat
Durée habituelleQuelques semaines à quelques moisSouvent plus d'un an jusqu'au rapport définitif
Portée du résultatEngage les parties dans les limites de la missionÉclaire le juge, qui reste libre de sa décision
Mon contrat ne contient aucune clause d'expertise. Est-ce fini ?
Non. Rien n'empêche l'assureur et vous de convenir d'une tierce expertise par un protocole signé, même sans clause. Si l'assureur refuse, le référé-expertise reste ouvert.
L'assureur refuse de désigner un tiers expert alors que la clause existe.
La clause prévoit précisément ce cas : la partie qui ne nomme pas son expert, ou qui bloque le choix du tiers, peut être contournée par une requête au président du tribunal judiciaire du lieu du sinistre.
Puis-je contester le résultat de la tierce expertise ?
En principe, le résultat engage les deux parties dans les limites de la mission. Une contestation reste possible devant le juge en cas d'irrégularité de la procédure, de dépassement de la mission ou d'erreur manifeste, mais elle est difficile.
Faut-il un expert d'assuré pour demander une tierce expertise ?
Dans les faits, oui : la clause suppose deux experts en désaccord. Sans expert de votre côté, il n'y a pas de second avis à départager, seulement une contestation de l'avis de l'assureur.

Arriver à la tierce expertise avec un dossier solide

Un tiers expert se forge son opinion sur des éléments vérifiables. Les dossiers qui l'emportent sont ceux qui, dès la visite de l'expert de l'assurance, ont documenté la chronologie des fissures et fait mesurer ce qui pouvait l'être : c'est tout l'enjeu d'une visite de l'expert d'assurance bien préparée. Les dossiers fragiles sont ceux où la cause repose sur des affirmations, dans un sens comme dans l'autre.

Lorsque le désaccord porte sur la cause, les pièces qui pèsent le plus sont une étude de sol, des sondages au pied des fondations et un suivi des fissures dans le temps. L'article sur le lien de causalité entre sécheresse et fissures détaille la façon dont un expert l'établit. Un expert d'assuré qui a déjà mené la contre-expertise connaît le dossier et prépare la réunion à trois : c'est lui qui présente vos arguments au tiers.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

La tierce expertise est-elle obligatoire avant d'aller au tribunal ?

Pas en règle générale. Certains contrats la présentent comme un préalable, et un juge peut alors inviter les parties à l'épuiser avant de statuer. Lisez la clause : si elle emploie des termes impératifs, mieux vaut la mettre en œuvre avant d'assigner.

Combien de temps dure une tierce expertise ?

Le plus souvent quelques semaines à quelques mois, selon la rapidité avec laquelle les experts s'accordent sur un nom et la disponibilité du tiers. Une désignation par le juge ajoute le délai de la requête.

Le tiers expert peut-il être un expert judiciaire ?

Oui, et c'est même fréquent. Il intervient alors à titre privé, dans le cadre de la clause, et non comme expert désigné par un tribunal. Son inscription sur une liste de cour d'appel rassure simplement les deux parties sur son expérience.

Que se passe-t-il si les trois experts ont trois avis différents ?

Il n'y a pas de majorité, donc pas de décision au sens de la clause. Le désaccord reste entier et la voie judiciaire redevient la seule issue, avec trois rapports que le juge pourra examiner.

Zones d'intervention

Ce sujet vous concerne particulièrement si vous habitez ici

Secteurs d'Île-de-France les plus concernés par ce sujet.

→ Aulnay-sous-Bois (93) → Sartrouville (78) → Champigny-sur-Marne (94)