Cheminée et conduit de fumée fissurés après une sécheresse : reconnaître le danger, trouver la cause, faire couvrir la réparation

Les fissures d'une maison sèche se cherchent d'ordinaire sur les murs, autour des fenêtres, au-dessus des portes. Personne ne monte regarder la souche de la cheminée, et c'est souvent le ramoneur, à l'automne, qui découvre qu'elle s'est ouverte pendant l'été.

Une cheminée fissurée n'est pas un désordre comme les autres. Elle abîme la maison comme n'importe quelle fissure, mais elle peut aussi laisser entrer dans les pièces et dans les combles ce que le conduit était censé emmener dehors.

Souche de cheminée en briques fissurée en escalier au-dessus d'une toiture en tuiles, solin décollé à sa base
En bref

Une cheminée peut-elle se fissurer à cause de la sécheresse, et peut-on continuer à s'en servir ?

Oui. Haute, lourde et rigide, la cheminée réagit fortement au moindre tassement de la maison : la souche se fend au-dessus du toit, le solin se décolle, un joint du conduit se décale dans les combles. Tant qu'un professionnel n'a pas vérifié l'étanchéité du conduit, n'allumez ni le foyer ni l'appareil raccordé, car une fissure laisse passer les fumées et le monoxyde de carbone. La cheminée fait partie du bâtiment : ses dommages se déclarent avec les autres fissures dans le dossier de catastrophe naturelle.

La cheminée encaisse les mouvements du sol plus mal que le reste de la maison

Une cheminée est un élément haut, lourd et rigide, qui traverse tous les niveaux de la maison. Elle repose souvent sur son propre massif ou sur un mur pignon, elle passe à travers des planchers et une charpente en bois qui bougent chacun à leur façon, et elle se termine par une souche qui dépasse du toit sans rien pour la tenir.

Quand le sol argileux se rétracte sous un angle de la maison, cette colonne se comporte comme un levier. Une rotation à peine mesurable au pied devient un déplacement visible au sommet, et l'effort se concentre aux endroits où la cheminée rencontre quelque chose qui ne suit pas le même mouvement : le plancher, la charpente, la couverture.

Cinq endroits cèdent en premier quand une cheminée suit un tassement

12345
18 mm au sommet d'une cheminée de 9 m quand le pied tourne de 2 mm par mètre
  1. La souche, au-dessus du toit

    Fissure horizontale ou en escalier dans les joints, briques qui bougent, mitron de travers.

    Risque : Chute de briques sur la toiture ou dans le jardin.

  2. La traversée de toiture

    Solin décollé, jour entre la souche et les tuiles, trace d'eau sur le conduit dans les combles.

    Risque : Infiltrations qui mouillent la charpente et l'isolant.

  3. La traversée du plancher des combles

    Fissure autour du conduit au plafond de l'étage, enduit fendu en carré autour du coffrage.

    Risque : Fumées qui passent dans les combles par un joint ouvert.

  4. Le raccordement de l'appareil

    Tuyau de raccordement qui a glissé, jeu au niveau de la plaque d'étanchéité ou de la trappe de ramonage.

    Risque : Fuite de fumées directement dans la pièce chauffée.

  5. Le pied de la cheminée

    Fissure qui part de l'angle du foyer ou du coffre, décalage entre la cheminée et le mur auquel elle est adossée.

    Risque : Désolidarisation de la cheminée et du mur porteur.

Ces cinq points se retrouvent sur la plupart des cheminées de maisons individuelles, qu'elles soient en briques, en boisseaux ou habillées d'un coffrage.

La souche est la partie la plus exposée. Elle n'est tenue que par sa base, elle prend le vent, et son mortier a souvent l'âge de la maison. Quand la cheminée est adossée à un pignon, son comportement dépend aussi de celui du mur : les signes à regarder sur un mur pignon fissuré après une sécheresse valent pour le conduit qu'il porte.

Un conduit fissuré laisse passer les fumées là où elles ne doivent pas aller

Un conduit de fumée n'a qu'une fonction : emmener les gaz de combustion au-dessus du toit sans qu'ils s'échappent en chemin. Une fissure, un joint décalé entre deux boisseaux ou un raccordement qui a glissé suffisent à rompre cette étanchéité. Les fumées trouvent alors une autre sortie, dans les combles, dans une chambre traversée par le conduit ou dans la pièce où se trouve l'appareil.

Le danger principal ne se voit ni ne se sent : c'est le monoxyde de carbone, produit par toute combustion incomplète, qu'elle vienne d'un foyer au bois, d'un poêle ou d'une chaudière raccordée au conduit. Les chiffres franciliens rappellent que les appareils raccordés sont en première ligne.

Graphique en forme de cheminée : en Île-de-France en 2024, 228 épisodes d'intoxication au monoxyde de carbone et 611 personnes intoxiquées ; 54 % des cas liés à des chaudières et chauffe-eau défectueux, 24 % à des braseros, barbecues ou chauffages d'appoint, 22 % à d'autres sources.
Plus d'un cas sur deux en Île-de-France vient d'une chaudière ou d'un chauffe-eau défectueux, c'est-à-dire d'appareils qui rejettent leurs fumées par un conduit.

Avant toute vérification, l'appareil reste éteint

N'allumez ni le foyer ni le poêle tant qu'un ramoneur ou un fumiste n'a pas contrôlé le conduit. Si une chaudière y est raccordée, faites-la vérifier avant la saison de chauffe. Maux de tête, nausées ou vertiges de plusieurs personnes dans la même pièce imposent d'aérer, de sortir et d'appeler le 15, le 18 ou le 112.

L'Agence régionale de santé d'Île-de-France a recensé en 2024 228 épisodes d'intoxication au monoxyde de carbone dans un cadre privé, qui ont touché 611 personnes. Ses recommandations commencent par la même consigne : faire ramoner mécaniquement tous les conduits de fumée par un professionnel qualifié et faire vérifier les installations de chauffage. Ces chiffres ne disent pas combien d'intoxications viennent d'un conduit fissuré, mais ils montrent que la sortie des fumées d'un appareil raccordé n'est jamais un détail.

Le second risque est l'incendie. Dans les combles, le conduit passe à quelques centimètres des chevrons, des pannes et de l'isolant. Un joint ouvert laisse sortir des gaz chauds et, lors d'un feu de cheminée, des braises. Les dégâts qu'un départ de feu laisse sur la structure relèvent d'un autre diagnostic, décrit dans l'article sur les fissures après un incendie, mais le point de départ est souvent un conduit dont personne n'avait vérifié l'état.

Coupe d'une cheminée qui traverse une toiture : la souche penche légèrement, le solin est décollé et laisse entrer la pluie, un joint du conduit est décalé et laisse s'échapper de la fumée près d'un chevron en bois.
Au même endroit, la souche qui bascule ouvre le solin à la pluie, et le joint décalé dans les combles libère les fumées à côté du bois de charpente.

Trois causes laissent trois signatures différentes sur le conduit

Une cheminée fissurée n'a pas forcément souffert de la sécheresse. Deux autres causes, très courantes, laissent des fissures dans un conduit : le feu de cheminée, quand le dépôt de suie et de goudron s'embrase et fait monter le conduit en température en quelques minutes, et la dilatation répétée des boisseaux juste au-dessus d'un foyer trop sollicité.

Les trois causes ne fissurent pas le conduit de la même façon, et la différence compte : seule la première relève de la catastrophe naturelle. Un feu de cheminée se déclare au titre de l'incendie, et la dilatation relève de l'usure de l'installation.

Trois empilements de boisseaux de conduit côte à côte : à gauche, fissures verticales sur tous les boisseaux et intérieur noirci de suie ; au centre, un seul joint décalé avec une fissure oblique ; à droite, un réseau de fines fissures sur les deux boisseaux au-dessus du foyer.
À gauche, le feu de cheminée fend tous les boisseaux. Au centre, le mouvement du bâti décale un seul joint. À droite, la dilatation fissure seulement le bas du conduit.

Cinq indices suffisent pour distinguer le feu, le mouvement et la chaleur

Feu de cheminée

Mouvement du sol

Dilatation répétée

Où se trouvent les fissures du conduit

Sur toute la hauteur, à chaque boisseau
À un ou deux niveaux, souvent aux traversées
Juste au-dessus du foyer

Suie épaisse, goudron brillant, traces de surchauffe

Toujours présents
Absents ou normaux
Parfois, si l'appareil est très sollicité

Joint décalé ou souche inclinée

Non
Oui, c'est le signe le plus parlant
Non

Fissures ailleurs dans la maison apparues au même moment

Non
Oui, aux angles des ouvertures et aux murs
Non

Moment d'apparition

Après un épisode de forte chauffe, en hiver
À la fin de l'été ou à l'automne
Progressivement, au fil des saisons de chauffe

Plus la case est foncée, plus l'indice oriente vers la cause de la colonne. Aucun indice ne suffit seul : c'est leur accord qui désigne la cause.

Le certificat de ramonage prend ici toute sa valeur. Il prouve que le conduit était entretenu et qu'il n'avait pas d'anomalie signalée avant l'été. Sans lui, l'assureur peut opposer qu'une fissure du conduit vient d'un feu de cheminée ou d'un défaut d'entretien plutôt que de la sécheresse. Le règlement sanitaire départemental impose un ramonage régulier : deux fois par an pour un appareil au bois, dont une pendant la saison de chauffe, et au moins une fois par an pour les autres combustibles, selon les règles de votre département.

Le constat se fait depuis le jardin, depuis les combles et avec une caméra

La première observation ne demande pas de monter sur le toit. Avec des jumelles, depuis le jardin ou la rue, regardez si la souche est bien droite par rapport aux lignes du toit, si une fissure la traverse, si le solin colle encore aux tuiles et si le mitron est en place. Photographiez la souche sous plusieurs angles, en notant la date.

Dans les combles, avec une lampe, suivez le conduit sur toute sa hauteur. Des coulures d'eau sur le coffrage, des traces noires autour d'un joint, une odeur de suie froide ou un isolant noirci signalent une fuite. Les pièces de charpente voisines méritent le même regard, avec les repères décrits dans l'article sur les fissures de charpente.

  • L'inspection vidéo du conduit, réalisée par un ramoneur ou un fumiste, montre l'intérieur boisseau par boisseau et localise les joints ouverts.
  • L'essai au fumigène consiste à remplir le conduit de fumée froide en bouchant le haut : la fumée sort par chaque défaut d'étanchéité, dans les combles comme dans les pièces.
  • Le suivi de la souche, avec un repère photographique pris toujours du même point, montre si l'inclinaison continue d'évoluer ou si elle s'est arrêtée.

La question de l'évolution compte autant que la fissure elle-même. Une souche qui continue de basculer à l'automne suivant ne se répare pas comme une souche stabilisée. Les méthodes pour le savoir sont détaillées dans l'article qui explique si une fissure bouge encore.

La cheminée se déclare avec les autres fissures du sinistre sécheresse

La cheminée fait partie du bâtiment assuré. Si la commune est reconnue en état de catastrophe naturelle pour la sécheresse et que les fissures de la cheminée viennent du même mouvement de sol que celles des murs, elles entrent dans le même dossier. Elles doivent figurer dans la déclaration envoyée dans les trente jours qui suivent la publication de l'arrêté, avec les photos de la souche et du conduit, selon la méthode décrite dans le guide pour déclarer une fissure à son assurance.

En pratique, la cheminée est souvent oubliée. L'expert de l'assureur fait le tour des façades et des pièces, et ne monte pas dans les combles si personne ne le lui demande. Signalez la cheminée dès la déclaration, joignez le compte rendu du ramoneur et le certificat de ramonage, et demandez que le conduit soit inspecté pendant la visite.

La réparation dépend de ce qui a cédé. Un solin se refait, une souche fendue se démonte et se remonte, souvent sur une hauteur réduite et avec un chaînage. À l'intérieur, un tubage en acier inoxydable rend son étanchéité au conduit, mais il ne traite pas la cause : si la maison continue de bouger, le tubage suit la cheminée et la fissure de la souche reviendra. C'est le diagnostic de la maison entière qui fixe l'ordre des travaux, et un diagnostic de fissures par un expert indépendant relie la cheminée aux autres désordres pour que le dossier tienne face à l'assureur.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Puis-je faire un feu dans ma cheminée si la souche est fissurée mais que le conduit semble intact ?

Non, pas avant un contrôle. Une souche fissurée signale un mouvement de la cheminée entière, et le conduit peut avoir un joint ouvert plus bas, dans les combles, sans que rien ne se voie de l'extérieur. Une inspection vidéo et un essai au fumigène tranchent la question en une visite.

Le ramoneur refuse de délivrer son certificat à cause de la fissure. Que faire ?

Gardez son compte rendu écrit : il date la découverte de la fissure et décrit son emplacement, deux éléments utiles pour le dossier de sinistre. Ne remettez pas l'appareil en service, faites établir un devis de réparation et signalez le désordre à votre assureur.

Un tubage suffit-il à réparer un conduit fissuré par la sécheresse ?

Il rétablit l'étanchéité du conduit, ce qui supprime le danger immédiat. Il ne répare ni la souche ni le mouvement qui a fissuré la cheminée. Si la maison continue de bouger, la souche doit être reprise et la cause traitée avec le reste de la maison.

La chute de briques de la souche sur la voiture du voisin est-elle couverte ?

Les dommages causés à un tiers relèvent de votre responsabilité civile, pas de la garantie catastrophe naturelle de votre maison. Prévenez votre assureur sans attendre et, si la souche menace de tomber, faites sécuriser la zone.

Ma cheminée n'est plus utilisée depuis des années. Faut-il quand même la déclarer ?

Oui. Même condamnée, elle fait partie du bâtiment, et une souche fendue peut tomber ou laisser entrer l'eau dans la charpente. Sa réparation entre dans le chiffrage du sinistre au même titre qu'un mur fissuré.

Zones d'intervention

Ce sujet vous concerne particulièrement si vous habitez ici

Secteurs d'Île-de-France les plus concernés par ce sujet.

→ Saint-Germain-en-Laye (78) → Rueil-Malmaison (92) → Pontoise (95)