La cheminée encaisse les mouvements du sol plus mal que le reste de la maison
Une cheminée est un élément haut, lourd et rigide, qui traverse tous les niveaux de la maison. Elle repose souvent sur son propre massif ou sur un mur pignon, elle passe à travers des planchers et une charpente en bois qui bougent chacun à leur façon, et elle se termine par une souche qui dépasse du toit sans rien pour la tenir.
Quand le sol argileux se rétracte sous un angle de la maison, cette colonne se comporte comme un levier. Une rotation à peine mesurable au pied devient un déplacement visible au sommet, et l'effort se concentre aux endroits où la cheminée rencontre quelque chose qui ne suit pas le même mouvement : le plancher, la charpente, la couverture.
Cinq endroits cèdent en premier quand une cheminée suit un tassement
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La souche, au-dessus du toit
Fissure horizontale ou en escalier dans les joints, briques qui bougent, mitron de travers.
Risque : Chute de briques sur la toiture ou dans le jardin.
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La traversée de toiture
Solin décollé, jour entre la souche et les tuiles, trace d'eau sur le conduit dans les combles.
Risque : Infiltrations qui mouillent la charpente et l'isolant.
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La traversée du plancher des combles
Fissure autour du conduit au plafond de l'étage, enduit fendu en carré autour du coffrage.
Risque : Fumées qui passent dans les combles par un joint ouvert.
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Le raccordement de l'appareil
Tuyau de raccordement qui a glissé, jeu au niveau de la plaque d'étanchéité ou de la trappe de ramonage.
Risque : Fuite de fumées directement dans la pièce chauffée.
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Le pied de la cheminée
Fissure qui part de l'angle du foyer ou du coffre, décalage entre la cheminée et le mur auquel elle est adossée.
Risque : Désolidarisation de la cheminée et du mur porteur.
Ces cinq points se retrouvent sur la plupart des cheminées de maisons individuelles, qu'elles soient en briques, en boisseaux ou habillées d'un coffrage.
La souche est la partie la plus exposée. Elle n'est tenue que par sa base, elle prend le vent, et son mortier a souvent l'âge de la maison. Quand la cheminée est adossée à un pignon, son comportement dépend aussi de celui du mur : les signes à regarder sur un mur pignon fissuré après une sécheresse valent pour le conduit qu'il porte.
Un conduit fissuré laisse passer les fumées là où elles ne doivent pas aller
Un conduit de fumée n'a qu'une fonction : emmener les gaz de combustion au-dessus du toit sans qu'ils s'échappent en chemin. Une fissure, un joint décalé entre deux boisseaux ou un raccordement qui a glissé suffisent à rompre cette étanchéité. Les fumées trouvent alors une autre sortie, dans les combles, dans une chambre traversée par le conduit ou dans la pièce où se trouve l'appareil.
Le danger principal ne se voit ni ne se sent : c'est le monoxyde de carbone, produit par toute combustion incomplète, qu'elle vienne d'un foyer au bois, d'un poêle ou d'une chaudière raccordée au conduit. Les chiffres franciliens rappellent que les appareils raccordés sont en première ligne.
Avant toute vérification, l'appareil reste éteint
N'allumez ni le foyer ni le poêle tant qu'un ramoneur ou un fumiste n'a pas contrôlé le conduit. Si une chaudière y est raccordée, faites-la vérifier avant la saison de chauffe. Maux de tête, nausées ou vertiges de plusieurs personnes dans la même pièce imposent d'aérer, de sortir et d'appeler le 15, le 18 ou le 112.
L'Agence régionale de santé d'Île-de-France a recensé en 2024 228 épisodes d'intoxication au monoxyde de carbone dans un cadre privé, qui ont touché 611 personnes. Ses recommandations commencent par la même consigne : faire ramoner mécaniquement tous les conduits de fumée par un professionnel qualifié et faire vérifier les installations de chauffage. Ces chiffres ne disent pas combien d'intoxications viennent d'un conduit fissuré, mais ils montrent que la sortie des fumées d'un appareil raccordé n'est jamais un détail.
Le second risque est l'incendie. Dans les combles, le conduit passe à quelques centimètres des chevrons, des pannes et de l'isolant. Un joint ouvert laisse sortir des gaz chauds et, lors d'un feu de cheminée, des braises. Les dégâts qu'un départ de feu laisse sur la structure relèvent d'un autre diagnostic, décrit dans l'article sur les fissures après un incendie, mais le point de départ est souvent un conduit dont personne n'avait vérifié l'état.
Trois causes laissent trois signatures différentes sur le conduit
Une cheminée fissurée n'a pas forcément souffert de la sécheresse. Deux autres causes, très courantes, laissent des fissures dans un conduit : le feu de cheminée, quand le dépôt de suie et de goudron s'embrase et fait monter le conduit en température en quelques minutes, et la dilatation répétée des boisseaux juste au-dessus d'un foyer trop sollicité.
Les trois causes ne fissurent pas le conduit de la même façon, et la différence compte : seule la première relève de la catastrophe naturelle. Un feu de cheminée se déclare au titre de l'incendie, et la dilatation relève de l'usure de l'installation.
Cinq indices suffisent pour distinguer le feu, le mouvement et la chaleur
Feu de cheminée
Mouvement du sol
Dilatation répétée
Où se trouvent les fissures du conduit
Suie épaisse, goudron brillant, traces de surchauffe
Joint décalé ou souche inclinée
Fissures ailleurs dans la maison apparues au même moment
Moment d'apparition
Plus la case est foncée, plus l'indice oriente vers la cause de la colonne. Aucun indice ne suffit seul : c'est leur accord qui désigne la cause.
Le certificat de ramonage prend ici toute sa valeur. Il prouve que le conduit était entretenu et qu'il n'avait pas d'anomalie signalée avant l'été. Sans lui, l'assureur peut opposer qu'une fissure du conduit vient d'un feu de cheminée ou d'un défaut d'entretien plutôt que de la sécheresse. Le règlement sanitaire départemental impose un ramonage régulier : deux fois par an pour un appareil au bois, dont une pendant la saison de chauffe, et au moins une fois par an pour les autres combustibles, selon les règles de votre département.
Le constat se fait depuis le jardin, depuis les combles et avec une caméra
La première observation ne demande pas de monter sur le toit. Avec des jumelles, depuis le jardin ou la rue, regardez si la souche est bien droite par rapport aux lignes du toit, si une fissure la traverse, si le solin colle encore aux tuiles et si le mitron est en place. Photographiez la souche sous plusieurs angles, en notant la date.
Dans les combles, avec une lampe, suivez le conduit sur toute sa hauteur. Des coulures d'eau sur le coffrage, des traces noires autour d'un joint, une odeur de suie froide ou un isolant noirci signalent une fuite. Les pièces de charpente voisines méritent le même regard, avec les repères décrits dans l'article sur les fissures de charpente.
- L'inspection vidéo du conduit, réalisée par un ramoneur ou un fumiste, montre l'intérieur boisseau par boisseau et localise les joints ouverts.
- L'essai au fumigène consiste à remplir le conduit de fumée froide en bouchant le haut : la fumée sort par chaque défaut d'étanchéité, dans les combles comme dans les pièces.
- Le suivi de la souche, avec un repère photographique pris toujours du même point, montre si l'inclinaison continue d'évoluer ou si elle s'est arrêtée.
La question de l'évolution compte autant que la fissure elle-même. Une souche qui continue de basculer à l'automne suivant ne se répare pas comme une souche stabilisée. Les méthodes pour le savoir sont détaillées dans l'article qui explique si une fissure bouge encore.
La cheminée se déclare avec les autres fissures du sinistre sécheresse
La cheminée fait partie du bâtiment assuré. Si la commune est reconnue en état de catastrophe naturelle pour la sécheresse et que les fissures de la cheminée viennent du même mouvement de sol que celles des murs, elles entrent dans le même dossier. Elles doivent figurer dans la déclaration envoyée dans les trente jours qui suivent la publication de l'arrêté, avec les photos de la souche et du conduit, selon la méthode décrite dans le guide pour déclarer une fissure à son assurance.
En pratique, la cheminée est souvent oubliée. L'expert de l'assureur fait le tour des façades et des pièces, et ne monte pas dans les combles si personne ne le lui demande. Signalez la cheminée dès la déclaration, joignez le compte rendu du ramoneur et le certificat de ramonage, et demandez que le conduit soit inspecté pendant la visite.
La réparation dépend de ce qui a cédé. Un solin se refait, une souche fendue se démonte et se remonte, souvent sur une hauteur réduite et avec un chaînage. À l'intérieur, un tubage en acier inoxydable rend son étanchéité au conduit, mais il ne traite pas la cause : si la maison continue de bouger, le tubage suit la cheminée et la fissure de la souche reviendra. C'est le diagnostic de la maison entière qui fixe l'ordre des travaux, et un diagnostic de fissures par un expert indépendant relie la cheminée aux autres désordres pour que le dossier tienne face à l'assureur.