Fissures en EHPAD : qui paie entre la foncière propriétaire et l'exploitant ?

Un EHPAD n'appartient presque jamais à la société qui le fait fonctionner. D'un côté une foncière de santé ou un investisseur institutionnel, propriétaire des murs. De l'autre un groupe exploitant, locataire au titre d'un bail commercial de longue durée, qui gère le quotidien de l'établissement et de ses résidents. Quand une fissure structurelle apparaît, cette séparation entre propriété et exploitation devient le premier obstacle avant même la question technique.

S'ajoute à ce partage financier un cadre réglementaire spécifique aux établissements recevant du public de type J (hébergement de personnes âgées et de personnes handicapées), qui impose des obligations de sécurité que ni le statut de bailleur ni celui d'exploitant ne suffisent à éteindre. Ce texte détaille qui paie quoi, et ce que la réglementation ERP impose en parallèle du strict partage contractuel des réparations.

Façade d'un bâtiment d'EHPAD francilien avec une fissure verticale nette près d'une fenêtre de chambre, rampe d'accès visible, aucune personne dans le cadre
En bref

Qui doit payer la réparation d'une fissure structurelle dans un EHPAD, le propriétaire des murs ou la société qui l'exploite ?

Par défaut, les grosses réparations relevant de l'article 606 du code civil (structure, gros œuvre, fondations) restent à la charge du bailleur, souvent une foncière de santé, tandis que l'exploitant assume l'entretien courant. Mais la quasi-totalité des baux commerciaux d'EHPAD dérogent à ce principe et transfèrent une partie du gros entretien à l'exploitant : la réponse dépend du texte du bail avant toute règle générale.

Un double statut réglementaire qui complique la question

Un EHPAD cumule deux qualifications qui n'obéissent pas aux mêmes textes. En tant que bâtiment, il relève du code civil et du bail commercial qui le régit entre bailleur et exploitant. En tant que lieu recevant du public, il est classé établissement recevant du public de type J au sens du code de la construction et de l'habitation, avec des obligations de sécurité qui s'imposent à l'exploitant responsable de la sécurité des résidents, indépendamment de qui doit financer les travaux.

RegistreCe qu'il fixeQui est visé
Code civil, article 606Répartition par défaut des grosses réparations (structure, gros œuvre) vs entretien courantBailleur / locataire
Bail commercial d'EHPADRépartition contractuelle réelle, qui déroge presque toujours à l'article 606Foncière / groupe exploitant
Réglementation ERP type JObligation de sécurité et d'accessibilité, indépendamment du financement des travauxExploitant, responsable devant la commission de sécurité
Diagnostic structurel obligatoire (bâti en zone RGA)Obligation d'évaluation de l'état structurel selon exposition au retrait-gonflement des argilesPropriétaire du bâtiment

Ce que dit le bail commercial, au-delà de l'article 606

L'article 606 du code civil réserve en principe au propriétaire les grosses réparations (gros murs, voûtes, poutres, couvertures entières) et laisse l'entretien courant au locataire. Mais dans la quasi-totalité des baux commerciaux d'EHPAD signés avec des foncières de santé, une clause de renonciation à l'article 606 transfère tout ou partie du clos et couvert à l'exploitant, en contrepartie d'un loyer généralement plus favorable ou d'un bail plus long.

Cette variabilité contractuelle explique pourquoi deux EHPAD voisins, propriétés de deux foncières différentes, peuvent traiter la même fissure de façon totalement opposée. Avant toute discussion technique, la première étape reste de relire la clause de répartition des travaux et des grosses réparations inscrite au bail, généralement en annexe des conditions particulières. Le bâti lui-même reste par ailleurs couvert par une assurance propriétaire non occupant souscrite par la foncière, distincte de l'assurance d'exploitation portée par le groupe gestionnaire.

Ce qui reste au bailleur selon la clause type du bail

Bail conforme à l'article 606 (rare en EHPAD)

90% 10%

Fondations, structure, gros œuvre restent au bailleur.

Bail avec renonciation partielle (le plus fréquent)

50% 50%

Structure et fondations restent au bailleur, le clos-couvert courant passe à l'exploitant.

Bail avec renonciation totale à l'article 606

15% 85%

L'exploitant absorbe l'essentiel des réparations, y compris certains désordres structurels selon le seuil contractuel.

Bailleur (foncière)

Exploitant

La rédaction exacte de la clause de renonciation, et le seuil de coût au-delà duquel elle bascule vers le bailleur, doivent être vérifiés bail par bail : aucune de ces trois configurations n'est la règle légale par défaut.

Analyse du mécanisme de l'article 606 du code civil et des pratiques usuelles des baux commerciaux de santé, à confronter systématiquement au bail réellement signé.

L'obligation de sécurité ERP ne dépend d'aucun de ces arbitrages

Indépendamment de qui doit payer, l'exploitant reste seul responsable devant la commission de sécurité et d'accessibilité de la solidité apparente du bâtiment et de la sécurité des résidents. Une fissure qui menace la stabilité d'un mur porteur ou d'un plancher peut justifier une mise en demeure, voire une fermeture partielle ou totale prononcée par le maire sur avis de la commission, quelle que soit l'issue du contentieux avec le bailleur sur le financement des travaux.

Plan d'évacuation ERP affiché sur un mur près d'une issue de secours, fissure verticale nette visible sur le mur juste au-dessus, aucune personne dans le cadre
L'obligation de sécurité ERP s'apprécie indépendamment de la question du bail : une fissure qui menace une issue de secours impose une mise en sécurité immédiate.
  1. Sécurisation immédiate

    Mesures conservatoires prises par l'exploitant dès le signalement, sans attendre l'arbitrage sur le financement.

  2. Diagnostic structurel indépendant

    Un diagnostic fissure objectif sert à la fois à qualifier le risque pour les résidents et à documenter la nature du désordre pour la discussion contractuelle avec le bailleur.

  3. Notification au bailleur selon le bail

    La plupart des baux imposent un délai et une forme précise (lettre recommandée, expertise contradictoire) pour déclencher l'obligation de réparation du bailleur.

  4. Arbitrage sur la nature de la réparation

    Grosse réparation relevant de l'article 606 ou clause de renonciation, entretien courant : le diagnostic technique pèse directement dans cette qualification contractuelle.

L'exploitant ne peut pas attendre l'accord du bailleur pour sécuriser

Face à un désordre présentant un risque pour la sécurité des résidents, l'exploitant doit engager les mesures conservatoires immédiates (étaiement, périmètre de sécurité, relogement temporaire si nécessaire) sans attendre l'issue de la discussion financière avec le propriétaire. Le partage du coût final se règle ensuite, séparément.

Trois obligations qui s'empilent, indépendantes les unes des autres

Ce qui rend la gestion d'une fissure en EHPAD plus complexe qu'ailleurs, c'est que trois couches d'obligations s'appliquent simultanément, sans qu'aucune ne suspende les deux autres. Négocier le financement au titre du bail ne dispense pas de l'obligation de sécurité ERP, qui elle-même ne dispense pas de l'obligation de diagnostic structurel si le bâtiment est exposé au retrait-gonflement des argiles.

L'Île-de-France compte plusieurs centaines d'EHPAD, dont une partie significative occupe des bâtiments construits avant les années 1990, période où les techniques de fondation adaptées aux sols argileux étaient beaucoup moins systématiques qu'aujourd'hui. Ce contexte pousse de plus en plus de foncières de santé et de groupes exploitants à anticiper le diagnostic des fondations plutôt que d'attendre l'apparition d'un désordre visible.

Les trois couches d'obligation qui s'appliquent en parallèle

Bail commercial (art. 606 et clausesdérogatoires) Règle qui paie, ne règle jamais l'urgence desécurité. Bailleur / exploitant Sécurité ERP type J Impose d'agir dès qu'un risque pour lesrésidents existe, indépendamment du financement. Exploitant seul, devant la commission de sécurité Diagnostic structurel réglementaire (zoneRGA) Obligation d'évaluation de l'état du bâti,distincte des deux premières. Propriétaire du bâtiment

Aucune de ces trois obligations n'attend la résolution des deux autres : traiter l'une en pensant avoir traité les trois est l'erreur la plus fréquente observée sur ce type de dossier.

Articulation du code civil, du code de la construction et de l'habitation (ERP type J) et de la réglementation applicable au diagnostic structurel en zone d'exposition au retrait-gonflement des argiles.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Le bailleur peut-il refuser de payer une fissure structurelle en EHPAD ?

Cela dépend de la clause de répartition inscrite au bail. Si le bail a renoncé à l'article 606 pour le désordre concerné, le bailleur peut légitimement renvoyer la charge à l'exploitant, d'où l'importance de qualifier précisément la nature du désordre avant toute discussion.

Une fissure peut-elle entraîner la fermeture d'un EHPAD ?

Oui, si la commission de sécurité et d'accessibilité estime que la solidité du bâtiment n'est plus assurée. Le maire peut alors prononcer une fermeture partielle ou totale, indépendamment de l'état du contentieux financier entre bailleur et exploitant.

Qui doit faire réaliser le diagnostic structurel, le bailleur ou l'exploitant ?

En pratique, l'exploitant le déclenche souvent en premier car il porte la responsabilité de sécurité immédiate, mais le bail précise généralement à qui revient le coût de cette expertise selon l'origine du désordre.

L'assurance de l'exploitant couvre-t-elle les réparations structurelles ?

Rarement en totalité : l'assurance multirisque de l'exploitant couvre le fonctionnement et le contenu, tandis que le bâti relève le plus souvent de l'assurance propriétaire non occupant souscrite par le bailleur.

Zones d'intervention

Ce sujet vous concerne particulièrement si vous habitez ici

Secteurs d'Île-de-France les plus concernés par ce sujet.

Saint-Germain-en-Laye (78) Massy (91) Pontoise (95) Saint-Maur-des-Fossés (94)