Fissure RGA et assurance : risque-t-on la résiliation après un sinistre sécheresse ?

L'arrêté catastrophe naturelle est enfin publié, le dossier RGA a été indemnisé, les travaux de reprise sont en cours ou déjà terminés. Puis arrive, quelques mois plus tard, une lettre de l'assureur qui annonce que le contrat ne sera pas reconduit à sa prochaine échéance. Beaucoup de propriétaires découvrent à ce moment-là que la protection contre un sinistre reconnu s'arrête là où commence la liberté contractuelle de l'assureur sur le renouvellement.

Propriétaire assis à sa table lisant un courrier d'assurance, fissure de façade visible par la fenêtre en arrière-plan
En bref

Un sinistre fissure lié à la sécheresse peut-il entraîner la résiliation de mon assurance habitation ?

Non, pas en cours de contrat : la loi interdit à un assureur de résilier une multirisque habitation au seul motif qu'un sinistre catastrophe naturelle a été indemnisé. Ce qu'il peut en revanche faire, à l'échéance annuelle du contrat, c'est refuser de le renouveler  : c'est un non-renouvellement, une décision juridiquement différente de la résiliation, mais dont l'effet pratique  (devoir retrouver un assureur)  est similaire.

Résiliation et non-renouvellement : deux décisions que la loi traite différemment

Les deux mots sont souvent confondus alors qu'ils désignent des actes juridiquement distincts, avec des règles de protection très différentes pour l'assuré. La résiliation met fin au contrat avant son terme normal. Le non-renouvellement, lui, consiste simplement à ne pas reconduire le contrat à sa date d'échéance annuelle, ce qui est un exercice bien plus large de la liberté contractuelle de l'assureur.

SituationL'assureur peut-il y mettre fin ?Base légale
Résiliation en cours de contrat, au seul motif d'un sinistre catastrophe naturelle indemniséNon, formellement interditArticle L125-2 du Code des assurances
Résiliation en cours de contrat, pour un autre motif prévu au contrat (non-paiement de prime, fausse déclaration...)Oui, dans les conditions générales du contratCode des assurances, droit commun des contrats
Non-renouvellement à l'échéance annuelleOui, sous réserve d'un préavis écrit dans le délai contractuelArticle L113-12 du Code des assurances

Ce que l'article L125-2 protège précisément

Le Code des assurances interdit à l'assureur de résilier une garantie catastrophe naturelle en cours de contrat au seul motif qu'un sinistre a été indemnisé au titre de cette garantie. Cette protection ne couvre pas la décision de ne pas reconduire le contrat à son échéance : c'est un régime différent, avec ses propres règles de préavis, détaillé plus bas.

Le non-renouvellement à l'échéance : ce que l'assureur peut faire, et comment

Un contrat multirisque habitation se reconduit tacitement chaque année, sauf décision contraire de l'une des parties. Rien n'oblige un assureur à reconduire indéfiniment un contrat qu'il juge trop exposé au risque de retrait-gonflement des argiles, tant qu'il respecte un formalisme précis : notification écrite, dans le délai de préavis fixé par le contrat (généralement deux à trois mois avant l'échéance), sans obligation légale de motiver sa décision par le sinistre lui-même.

C'est cette absence d'obligation de motivation qui rend la situation difficile à contester frontalement : l'assureur n'a pas à écrire noir sur blanc que le refus de renouveler tient au sinistre RGA. Un dossier de sinistre correctement déclaré et documenté dès le départ reste néanmoins l'élément qui pèse le plus dans l'appréciation du risque que fait l'assureur au moment de décider s'il reconduit ou non le contrat.

  • Vérifiez la date d'échéance annuelle de votre contrat multirisque habitation, indiquée sur votre dernier avis d'échéance ou vos conditions particulières.
  • Un préavis de non-renouvellement doit vous parvenir par écrit dans le délai fixé au contrat, le plus souvent deux mois avant l'échéance : un courrier tardif peut être contesté sur ce seul motif de forme.
  • L'absence de courrier ne signifie pas reconduction automatique dans tous les cas : relisez la clause de tacite reconduction de votre contrat pour connaître le délai exact qui s'applique à vous.
  • Un refus de renouvellement n'efface jamais l'indemnisation déjà perçue pour le sinistre passé : elle reste acquise, seule la couverture future est concernée.

Plus aucun assureur n'accepte de vous couvrir : le rôle du Bureau Central de Tarification

Quand un non-renouvellement RGA se double d'un refus des autres compagnies sollicitées, jugeant le bien trop exposé, un recours légal existe précisément pour cette situation : le Bureau Central de Tarification (BCT), une autorité administrative indépendante prévue par le Code des assurances pour garantir l'accès à l'assurance obligatoire des biens catastrophes naturelles.

Le principe est simple sur le papier : après un refus d'assurance (matérialisé par une lettre de refus ou l'absence de réponse dans un délai donné), le propriétaire saisit le BCT, qui fixe lui-même la prime que l'assureur désigné est tenu d'accepter. L'assureur ne peut pas refuser le contrat une fois la décision du BCT rendue, mais il peut, en pratique, fixer une prime plus élevée que celle du marché standard.

Sans assurance habitation, une copropriété ou un prêt immobilier sont directement exposés

Une multirisque habitation n'est pas légalement obligatoire pour un propriétaire occupant, mais elle l'est en copropriété au titre de l'immeuble et systématiquement exigée par les banques en garantie d'un prêt en cours. Un refus d'assurance non résolu peut donc avoir des conséquences bien au-delà du simple confort de couverture.

Refus reçu+15 j+1 mois+2 mois
Saisine du Bureau Central de Tarification (BCT)

À engager dès réception du refus écrit ou de l'absence de réponse d'un assureur sollicité, dossier de refus à l'appui.

Instruction du dossier par le BCT

Le BCT examine le dossier et fixe la prime que l'assureur désigné devra appliquer ; le délai varie selon la complexité et la charge du bureau.

Prise d'effet du contrat imposé

L'assureur désigné ne peut refuser le contrat une fois la décision rendue, mais peut appliquer la prime fixée, parfois supérieure au marché standard.

Axe temps indicatif et compressé. Plus la saisine du BCT intervient tôt après un refus, moins la période sans couverture habitation se prolonge.

Ce qui pèse réellement sur la décision d'un assureur

Un assureur qui évalue s'il reconduit un contrat exposé au RGA ne regarde pas seulement le fait qu'un sinistre a existé, mais la qualité du dossier qui l'accompagne. Un rapport d'expertise indépendant qui identifie précisément la cause, documente l'ampleur réelle des désordres et atteste que des travaux de reprise adaptés ont bien été réalisés donne à l'assureur une lecture du risque très différente d'un dossier resté vague sur ces points.

C'est également ce même dossier qui sert de base si le montant de l'indemnisation initiale a dû être discuté, ou si un refus ou une offre jugée insuffisante a nécessité de contester la décision de l'assureur : un dossier technique solide sert la négociation de l'indemnisation autant que le maintien de l'assurabilité du bien dans la durée.

Experte en bâtiment montrant un rapport d'expertise détaillé à un propriétaire devant la façade fissurée de sa maison
Un rapport qui identifie clairement la cause, l'ampleur et les travaux réalisés est l'élément qui pèse le plus dans la lecture du risque que fait l'assureur.
Élément du dossierDossier imprécisDossier documenté
Cause du désordreSimplement « fissures liées à la sécheresse »RGA identifié, mécanisme et zone d'impact précisés par l'expert
Ampleur réelleEstimation visuelle sommaireRelevés chiffrés, profondeur des fondations vérifiée
Travaux réalisésNon tracés ou non justifiésFactures et rapport de réception des travaux de reprise

Changer d'assureur avec un antécédent de sinistre RGA

Rien n'empêche de solliciter un nouvel assureur après un non-renouvellement, mais la déclaration des sinistres antérieurs lors de la souscription reste une obligation : omettre un sinistre RGA connu expose à une nullité du nouveau contrat en cas de découverte ultérieure, une sanction bien plus lourde que la simple majoration de prime que l'honnêteté du dossier peut entraîner.

Le nouvel assureur peut-il refuser de me couvrir ?
Oui, un assureur reste libre de refuser un nouveau contrat, y compris à un propriétaire dont le sinistre a déjà été réparé. C'est précisément cette situation que le Bureau Central de Tarification est chargé de débloquer si plusieurs refus s'accumulent.
Une prime plus élevée est-elle systématique ?
Non, elle n'a rien d'automatique : elle dépend de l'appréciation individuelle du risque par chaque assureur, de l'exposition RGA de la commune et de la qualité du dossier de sinistre présenté, pas uniquement du fait qu'un sinistre existe.
Faut-il attendre la fin des travaux de reprise avant de changer d'assureur ?
C'est généralement préférable : un dossier attestant que les travaux préconisés par l'expert ont bien été exécutés rassure davantage un nouvel assureur qu'un sinistre encore ouvert ou des travaux en cours.
Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Mon assureur peut-il résilier mon contrat après un sinistre sécheresse indemnisé ?

Non, l'article L125-2 du Code des assurances interdit à l'assureur de résilier en cours de contrat au seul motif qu'un sinistre catastrophe naturelle a été indemnisé. Il peut en revanche décider de ne pas reconduire le contrat à son échéance annuelle, ce qui est une décision juridiquement différente.

Qu'est-ce que le Bureau Central de Tarification (BCT) ?

C'est une autorité administrative indépendante qui peut être saisie après un refus d'assurance sur un bien exposé au risque catastrophe naturelle. Le BCT fixe la prime que l'assureur désigné est tenu d'accepter, garantissant ainsi l'accès à une assurance, même si la prime imposée peut être supérieure à celle du marché standard.

Dois-je déclarer un ancien sinistre RGA à un nouvel assureur ?

Oui, systématiquement. Omettre un sinistre antérieur connu lors de la souscription d'un nouveau contrat expose à une nullité de ce contrat en cas de découverte ultérieure, une sanction bien plus lourde qu'une prime légèrement majorée en toute transparence.

Le préavis de non-renouvellement doit-il être motivé par l'assureur ?

Non, la loi n'impose pas à l'assureur de justifier sa décision de ne pas reconduire le contrat par le sinistre lui-même. Le formalisme porte sur le délai de préavis écrit, généralement deux à trois mois avant l'échéance selon les conditions du contrat, pas sur la motivation de fond.

Un dossier d'expertise solide protège-t-il vraiment contre un non-renouvellement ?

Il ne l'empêche pas juridiquement, l'assureur restant libre de sa décision à l'échéance, mais un dossier qui documente clairement la cause du désordre, son ampleur réelle et l'exécution des travaux préconisés donne à l'assureur une lecture du risque nettement plus favorable qu'un dossier resté imprécis.

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