Réparation en nature après une sécheresse : faut-il laisser l'entreprise de l'assureur réparer ?

Le rapport d'expertise est arrivé, la garantie est acquise, et la lettre de l'assureur ne parle pas d'un chèque : elle annonce qu'une entreprise partenaire va prendre contact pour réaliser les travaux. Pour beaucoup de propriétaires, c'est un soulagement. Pas d'avance, pas de devis à comparer, pas de chantier à organiser.

C'est aussi une décision qui engage la maison pour dix ans, prise souvent en quelques jours. Voici ce que la loi permet à l'assureur, ce que chaque formule vous laisse ou vous retire, et ce qu'il faut exiger avant de dire oui.

Petit chantier de reprise devant un pavillon de banlieue, échelle et brouette au pied d'une façade enduite où court une fine fissure sous une fenêtre
En bref

Est-on obligé d'accepter que l'entreprise de l'assureur répare les fissures de sa maison ?

Non. L'article L. 125-2 du Code des assurances autorise l'assureur à proposer une indemnisation ou une réparation en nature, mais les délais de mise en œuvre ne courent qu'à partir de votre accord. La réparation en nature a de vrais avantages : pas d'avance de frais, une entreprise missionnée dans le mois. Elle a aussi un prix : c'est l'assureur qui choisit l'entreprise et la technique, et vous perdez la main sur le périmètre des travaux. En contrepartie, si la réparation qu'il a définie échoue, l'assureur peut voir sa propre responsabilité engagée, en plus de la garantie décennale de l'entreprise. Avant de répondre, il faut obtenir par écrit le détail des travaux, l'étude de sol qui les justifie et l'attestation décennale de l'entreprise.

Ce que la loi permet à l'assureur, et ce qu'elle ne lui permet pas

L'article L. 125-2 du Code des assurances, dans sa version en vigueur, prévoit que l'assureur fait « une proposition d'indemnisation ou de réparation en nature » dans le mois qui suit la réception du rapport d'expertise définitif. Le mot important est proposition : la réparation en nature n'est pas imposée. Le même article fait d'ailleurs courir les délais suivants « à compter de la réception de l'accord de l'assuré ».

Ces délais diffèrent selon la voie choisie. En argent, l'assureur dispose de vingt et un jours pour verser l'indemnité après votre accord. En nature, il dispose d'un mois pour missionner l'entreprise de réparation. Dans les deux cas, un retard non justifié par un cas fortuit ou de force majeure fait courir des intérêts au taux légal sur l'indemnité due. Les recours en cas de lenteur sont détaillés dans l'article sur les délais de l'assureur après une sécheresse.

Silence ne vaut pas accord

Une lettre qui annonce la visite d'une entreprise partenaire n'est pas un accord de votre part. Tant que vous n'avez pas accepté la proposition par écrit, vous pouvez demander des précisions, la discuter ou demander une indemnité en argent.

Qui tient la main, étape par étape

Les deux formules aboutissent au même résultat sur le papier : une maison réparée aux frais de l'assurance. La différence tient à la personne qui décide à chaque étape. En argent, l'assureur fixe le montant, puis vous reprenez la main. En nature, il la garde presque jusqu'au bout.

Deux voies, six étapes : qui décide ?

VousL'assureurL'entreprise
Indemnité enargent Réparation ennature 1Chiffrage 2Entreprise 3Technique 4Chantier 5Réception 6Échec
Indemnité enargent Réparation ennature 1 2 3 4 5 6 ChiffrageEntrepriseTechniqueChantierRéceptionÉchec
  1. 1

    Chiffrer les dommages

    En argent : l'expert de l'assureur chiffre ; vous pouvez opposer vos devis et une contre-expertise.

    En nature : l'expert de l'assureur définit la solution que son entreprise exécutera.

  2. 2

    Choisir l'entreprise

    En argent : vous consultez, comparez et signez avec qui vous voulez.

    En nature : l'assureur désigne une entreprise de son réseau.

  3. 3

    Choisir la technique

    En argent : avec l'entreprise ou un maître d'œuvre, dans l'enveloppe versée.

    En nature : la technique découle du rapport de l'expert et du devis de l'entreprise partenaire.

  4. 4

    Suivre le chantier

    En argent : vous êtes le client, l'entreprise vous rend des comptes.

    En nature : l'entreprise rend compte à l'assureur qui la paie.

  5. 5

    Réceptionner les travaux

    En argent : vous signez le procès-verbal, avec ou sans réserves.

    En nature : c'est souvent votre seule prise : ne signez pas sans avoir tout vérifié.

  6. 6

    Si les fissures reviennent

    En argent : vous agissez contre l'entreprise que vous avez choisie, au titre de sa décennale.

    En nature : l'entreprise répond sur sa décennale, et l'assureur peut aussi répondre de la réparation qu'il a définie.

La dernière borne est la seule où la réparation en nature vous donne davantage de prises que l'indemnité en argent.

Code des assurances, article L. 125-2 ; Code civil, articles 1240 et 1792

Le périmètre des travaux, là où tout se joue

Dans une réparation en nature, le devis n'est pas une négociation entre vous et l'entreprise. Il découle de ce que l'expert de l'assureur a retenu dans son rapport. Si ce rapport ne traite que les fissures visibles, sans stabiliser les fondations, l'entreprise rebouchera, agrafera et repeindra, et le sol continuera de bouger au prochain été.

La loi donne pourtant de quoi exiger une réparation durable. Le même article L. 125-2 précise que l'indemnisation couvre, dans la limite de la valeur du bien, les travaux permettant un arrêt des désordres existants. Et l'article L. 125-4 inclut dans la garantie le coût des études géotechniques nécessaires à la remise en état, ainsi que les frais d'architecte et de maîtrise d'œuvre quand ils sont nécessaires. Une proposition qui ne s'appuie sur aucune étude de sol mérite donc une question écrite.

Illustration technique en coupe d'un pavillon sur sol argileux : en haut, les fissures de façade traitées en surface ; en bas, les fondations superficielles et la couche d'argile qui se rétracte, zone laissée hors du périmètre des travaux
Même maison, deux périmètres. Le premier referme ce qui se voit, le second traite ce qui fait bouger la maison. Seul le second répond à l'exigence d'arrêt des désordres.
À demander avant d'accepterPourquoi
Le rapport d'expertise définitif completC'est lui qui fixe ce que l'entreprise fera, et ce qu'elle ne fera pas.
Le devis détaillé de l'entreprise partenairePour vérifier que les fondations sont traitées, pas seulement les murs.
L'étude géotechnique, ou la raison de son absenceSans connaître le sol, choisir entre injection, micropieux ou longrines relève du pari.
L'attestation d'assurance décennale de l'entrepriseElle doit couvrir l'activité réalisée, par exemple la reprise en sous-œuvre.
Le nom de celui qui signera la réceptionPour savoir qui pourra émettre des réserves et à qui s'adresser ensuite.

Les techniques de stabilisation les plus proposées ont chacune leurs limites, présentées pour l'injection de résine expansive et pour la reprise en sous-œuvre par micropieux. Savoir laquelle convient à votre sol est précisément ce que l'étude géotechnique doit établir.

Pied de façade d'un pavillon francilien percé d'une rangée régulière de trous rebouchés, trace d'une injection de résine sous les fondations
Une rangée de points d'injection au pied du mur. La technique a ses indications ; encore faut-il qu'une étude de sol les ait vérifiées.

Si la réparation échoue, qui répond ?

C'est le point que les propriétaires connaissent le moins, et il joue plutôt en leur faveur. Quand l'assureur choisit l'entreprise et définit les travaux, il ne se contente plus de payer : il intervient dans la réparation. La Cour de cassation en a tiré les conséquences. Un assureur qui avait imposé des travaux contre l'avis de l'entreprise spécialisée a été jugé responsable de la réapparition des désordres (Cass. 3e civ., 17 septembre 2014, n° 13-19.977). Cette responsabilité est de nature quasi délictuelle : elle ne découle pas du contrat d'assurance, mais de la faute commise dans la définition de la réparation.

L'inverse a aussi été jugé : un assureur qui n'avait pas la charge des travaux et s'était borné à verser l'indemnité n'en répond pas (Cass. 3e civ., 16 septembre 2021, n° 19-24.382). Autrement dit, plus l'assureur prend la main sur la réparation, plus il s'expose si elle ne tient pas.

Petit chantier de reprise en sous-œuvre le long d'un pavillon : tranchée ouverte au pied du mur, têtes de micropieux en acier et foreuse compacte sur chenilles
Une reprise en sous-œuvre engage la décennale de l'entreprise qui l'exécute. Quand l'assureur l'a choisie et a défini les travaux, sa propre responsabilité peut s'y ajouter.

Les garanties qui partent de la réception, à l'échelle du temps

10 ans 2 ans 1 an Réception
  • 1 an

    Parfait achèvement

    L'entreprise doit reprendre tous les désordres signalés à la réception ou dans l'année qui suit, quelle que soit leur gravité.

  • 2 ans

    Bon fonctionnement

    Les équipements dissociables du bâti posés par l'entreprise, rarement en cause dans une reprise de fondations.

  • 10 ans

    Décennale

    Les désordres qui compromettent la solidité de la maison ou la rendent impropre à sa destination, cas typique d'une reprise de fondations qui ne tient pas.

Hors des cercles : la responsabilité de l'assureur

Elle ne part pas de la réception. Comme toute action en responsabilité extracontractuelle, elle se prescrit en principe par cinq ans à compter du jour où vous avez connu le dommage.

Le rayon de chaque cercle est proportionnel à sa durée : la première année, décisive pour les réserves, n'occupe qu'un point au centre de dix ans de décennale.

Code civil, articles 1792, 1792-3, 1792-6 et 2224 ; Cass. 3e civ., 17 septembre 2014, n° 13-19.977 ; Cass. 3e civ., 16 septembre 2021, n° 19-24.382

Pour la comparaison, l'assureur dommages-ouvrage d'une maison neuve est tenu, lui, de financer une réparation efficace et pérenne, et répond de son insuffisance (Cass. 3e civ., 29 juin 2017, n° 16-19.634). L'assureur catastrophe naturelle n'est pas soumis à la même obligation de résultat, d'où l'importance de la faute à démontrer. Le fonctionnement des garanties des constructeurs est détaillé à propos de la garantie décennale et des recours pour malfaçon.

La réception, votre seul vrai moment de contrôle

Dans une réparation en nature, la réception des travaux est l'étape où vous reprenez la parole. Elle marque le point de départ des garanties de l'entreprise, et tout ce qui n'y est pas noté devient plus difficile à faire reprendre. Il est courant qu'on vous présente le procès-verbal à signer le jour même de la fin du chantier, parfois sur une tablette, pendant que l'équipe range le matériel.

Rien n'oblige à signer sur-le-champ. Vous pouvez prendre le temps d'examiner la maison, et mentionner sur le procès-verbal chaque défaut constaté : fissure non reprise, enduit mal raccordé, porte qui frotte encore, terrain non remis en état. Une fissure refermée en surface ne dit rien de la stabilité des fondations ; la vraie réponse viendra des saisons suivantes.

Jauge de surveillance de fissure en plastique transparent, graduée, fixée à cheval sur une fissure réparée d'un mur enduit
Une jauge posée à cheval sur une fissure réparée, relevée à chaque saison, dira si la réparation tient mieux que n'importe quel procès-verbal.

Poser une ou deux jauges après les travaux et noter leurs relevés à la fin de chaque été constitue la meilleure preuve si les désordres reviennent. Si la réparation cède malgré tout, les démarches pour distinguer une réparation ratée d'un nouvel épisode sont développées dans l'article sur la maison déjà indemnisée qui se refissure.

Accepter, refuser ou négocier

La réparation en nature convient bien lorsque le rapport d'expertise traite réellement la cause, fondations comprises, et que l'entreprise proposée est qualifiée et assurée pour ce type d'ouvrage. Elle mérite d'être discutée, voire refusée, lorsque les travaux se limitent à l'aspect des murs, lorsque vous avez déjà une entreprise de confiance, ou lorsque vous envisagez des travaux plus larges que la seule réparation.

Entre les deux, la réponse la plus utile est souvent un accord sous conditions, adressé par écrit. Si le chiffrage ou la solution vous paraissent insuffisants, une contre-expertise d'assurance permet de les discuter sur pièces avant que le chantier ne commence.

Modèle de réponse

Réponse à une proposition de réparation en nature

Prénom Nom

Adresse du bien sinistré

N° de contrat et de sinistre

Service sinistres

Nom de l'assureur

Adresse

À [ville], le [date]

Lettre recommandée avec accusé de réception

Objet : proposition de réparation en nature, sinistre sécheresse n° [référence]

Madame, Monsieur,

J'ai bien reçu votre proposition de faire réaliser les travaux de réparation de mon habitation par l'entreprise [nom], au titre de la garantie catastrophe naturelle.

Avant de vous faire connaître ma réponse, je vous remercie de me transmettre le rapport d'expertise définitif, le devis détaillé des travaux retenus, l'étude géotechnique sur laquelle repose la solution choisie, ainsi que l'attestation d'assurance décennale de l'entreprise en cours de validité pour ces travaux.

Je vous remercie également de me préciser qui signera le procès-verbal de réception des travaux, et de me confirmer que les frais d'étude et de maîtrise d'œuvre prévus par l'article L. 125-4 du Code des assurances sont inclus dans la prise en charge.

Je rappelle que, conformément à l'article L. 125-2 du même code, le délai de mise en œuvre de la réparation ne courra qu'à compter de la réception de mon accord.

Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

Prénom Nom

Pièces jointes

  • Copie de votre courrier de proposition
  • Photographies datées des désordres

Cette lettre ne vaut ni accord ni refus : elle suspend votre réponse le temps d'obtenir les pièces, sans laisser croire que vous avez accepté.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

L'assureur peut-il m'imposer son entreprise ?

Non. L'article L. 125-2 parle d'une proposition, et les délais de réparation courent à compter de l'accord de l'assuré. Vous pouvez demander une indemnité en argent à la place.

Si je refuse la réparation en nature, l'indemnité sera-t-elle plus faible ?

Elle est calculée sur le chiffrage de l'expert, avec la même franchise légale. Un écart peut apparaître si l'entreprise partenaire bénéficie de tarifs négociés que vos propres devis ne retrouvent pas. Dans ce cas, vos devis détaillés sont la base de la discussion.

Qui paie si l'entreprise partenaire fait faillite pendant le chantier ?

L'assureur reste tenu de sa garantie catastrophe naturelle. Pour les travaux déjà réalisés, l'assurance décennale souscrite par l'entreprise continue de s'appliquer même après sa disparition.

Puis-je ajouter des travaux à la réparation en nature, par exemple une rénovation ?

Pas dans le cadre de la garantie. Il faut alors conclure un contrat séparé avec l'entreprise, ce qui mêle deux chantiers et complique la recherche de responsabilités si un désordre apparaît. Une indemnité en argent laisse plus de souplesse pour ce type de projet.

L'entreprise partenaire a refermé les fissures mais n'a pas touché aux fondations. Que faire ?

Relire le rapport d'expertise : si les fondations devaient être traitées, le chantier est incomplet et doit faire l'objet de réserves. Si le rapport ne les prévoyait pas, c'est la solution retenue par l'expert qu'il faut contester, idéalement avec l'appui d'une étude de sol.

Combien de temps après mon accord le chantier doit-il commencer ?

La loi fixe un mois pour missionner l'entreprise, pas pour démarrer les travaux. Demandez par écrit un planning prévisionnel au moment de donner votre accord.

La réparation en nature change-t-elle quelque chose à la franchise ?

Non. La franchise légale reste à votre charge : elle vous sera réclamée ou déduite selon les modalités prévues par l'assureur et l'entreprise.

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