Retrait-gonflement des argiles en Île-de-France : le classement réel des départements les plus exposés

77, 91, 95 : sur la plupart des sites spécialisés, y compris certains de nos propres guides, la grande couronne francilienne est citée en bloc comme la zone la plus exposée au retrait-gonflement des argiles (RGA). C'est vrai en tendance, mais imprécis : à l'intérieur même de ces trois départements, l'écart d'exposition réelle est important, et deux départements de petite couronne affichent un risque loin d'être négligeable.

Pavillon francilien avec sol de jardin craquelé par la sécheresse et fissure discrète au pied du mur, illustrant l'exposition au retrait-gonflement des argiles
En bref

Quel département d'Île-de-France est le plus exposé au retrait-gonflement des argiles (RGA) ?

Sur les communes suivies par notre observatoire, l'Essonne (91) et la Seine-et-Marne (77) arrivent en tête, avec respectivement 75 % et 50 % de communes classées en exposition forte, et le plus grand nombre d'arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse par commune. Les Hauts-de-Seine (92) et le Val-de-Marne (94) suivent avec un risque élevé mais plus hétérogène. Paris fait figure à part : la donnée d'exposition RGA n'y est pas modélisée par Géorisques, ce qui ne signifie pas une absence de risque mais un mécanisme de sinistre différent (sous-sol urbain dense, cavités, vibrations de chantier).

Classement des départements franciliens par exposition RGA

DépartementCommunes en exposition forteCommunes en exposition moyenne à forteArrêtés sécheresse (moyenne / commune suivie)Niveau de risque global
Essonne (91)75 %100 %5,1Très élevé
Seine-et-Marne (77)50 %87,5 %6,9Très élevé
Hauts-de-Seine (92)30 %70 %2,4Élevé
Val-de-Marne (94)25 %100 %3,3Élevé
Yvelines (78)12,5 %50 %5,1Modéré
Seine-Saint-Denis (93)12,5 %100 %2,3Modéré
Val-d'Oise (95)0 %62,5 %4,3Modéré
Paris (75)non modélisénon modélisé1,0Contexte urbain différent
Contexte urbain différent

Les 8 départements franciliens regroupés par niveau de risque RGA réel (voir tableau ci-dessus)

Pourquoi l'Essonne et la Seine-et-Marne concentrent le risque le plus élevé

Ces deux départements combinent les deux facteurs qui aggravent mécaniquement le RGA : une proportion importante de sols argileux affleurants, et un habitat pavillonnaire étalé construit sur des fondations souvent superficielles, sans étude de sol systématique avant les années 2000. Le nombre élevé d'arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse par commune (près de 7 en moyenne en Seine-et-Marne) confirme que ce n'est pas qu'un risque théorique : ces communes ont déjà été reconnues sinistrées à plusieurs reprises depuis les sécheresses des années 2000.

À l'inverse, le Val-d'Oise, souvent classé dans le même « bloc grande couronne », affiche une exposition nettement plus modérée dans notre échantillon (aucune commune suivie en exposition forte). Cela illustre la limite d'un raisonnement uniquement par zone géographique large : la nature du sous-sol varie fortement d'une commune à l'autre, y compris à l'intérieur d'un même département.

Paris et la petite couronne dense : un risque différent, pas absent

Paris ne figure dans aucune base d'exposition RGA officielle par arrondissement : le sous-sol y est massivement remblayé et bâti depuis plus d'un siècle, ce qui change fondamentalement le mécanisme de sinistre. Cela ne signifie pas que les fissures y sont rares - simplement qu'elles répondent à d'autres causes : chantiers du Grand Paris Express, cavités liées aux anciennes carrières de gypse, vibrations de chantier ou tassements liés à des travaux de voisinage.

Les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne, en petite couronne, affichent quant à eux une exposition RGA réelle et non négligeable sur les communes suivies - un point souvent sous-estimé car ces départements sont rarement cités dans les classements grand public, focalisés sur la grande couronne.

Ce que change la nouvelle carte RGA entrée en vigueur le 1er juillet 2026

Le zonage national d'exposition au retrait-gonflement des argiles a été refondu par l'arrêté du 9 janvier 2026, publié au Journal officiel le 2 février 2026 et applicable depuis le 1er juillet 2026. La carte de 2020 qu'il remplace reposait sur une modélisation géologique ; la nouvelle croise cette modélisation avec près de 446 000 sinistres réellement recensés entre 1989 et 2022, ce qui la rapproche du terrain.

Résultat : les zones d'aléa moyen à fort passent de 48 % à 55 % du territoire métropolitain, soit de l'ordre de 12 millions de maisons individuelles concernées, environ les deux tiers du parc exposé. Les reclassements les plus marqués concernent le Centre-Val de Loire, la Bourgogne-Franche-Comté, l'Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand Est, mais aucune région n'est figée : une commune franchement classée en aléa faible en 2020 peut être remontée d'un cran.

Concrètement, pour un propriétaire francilien : les obligations déclenchées par ce zonage (étude géotechnique préalable, information de l'acquéreur) ne visent que les ventes de terrains à bâtir et les contrats de construction conclus à partir du 1er juillet 2026. Une maison déjà construite n'a donc rien de nouveau à respecter. Ce qui change en revanche, c'est la référence : si votre état des risques a été établi avant cette date, il s'appuie sur l'ancienne carte, et le classement de votre parcelle a pu bouger entre-temps. C'est ce classement à jour qui sera lu lors d'une expertise ou d'une déclaration de sinistre.

Nous avons depuis étendu la mesure à l'ensemble de la région, en croisant les deux jeux de données officiels avec le contour exact des 1266 communes franciliennes, et non plus sur un échantillon. Le résultat est plus net que ce que laissait voir un simple relevé ponctuel : 295 communes voient leur exposition augmenter, contre 72 en baisse. Surtout, le mouvement ne touche pas les départements que l'on cite d'habitude. Les Yvelines et le Val-d'Oise concentrent les reclassements, avec plus d'une commune sur deux en hausse, quand la Seine-et-Marne et l'Essonne restent quasiment stables. Le détail commune par commune est publié dans notre observatoire du risque fissure.

Méthodologie : comment ce classement a été construit

Cette analyse s'appuie sur les données Géorisques (niveau d'exposition RGA officiel à trois paliers - faible, moyen, fort - et historique des arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse) collectées pour les communes suivies par notre site, soit huit à vingt communes par département selon la taille du département. Ce n'est donc pas une analyse exhaustive de toutes les communes franciliennes, mais un échantillon représentatif suffisant pour dégager des tendances départementales fiables. Pour l'exposition exacte d'une parcelle précise, la carte officielle Géorisques (georisques.gouv.fr) reste la référence à consulter à l'adresse.

Précision sur la version de la carte utilisée : la collecte a été refaite le 11 août 2026, après l'entrée en vigueur du nouveau zonage. Nous avons vérifié que l'API Géorisques sert bien la carte 2026 et non l'ancienne, en reclassant nos 78 communes directement dans les deux jeux de données officiels téléchargés sur Géorisques (AleaRG_L93 pour la carte de 2020, AleaRG_2025_L93 pour celle de 2026). Sur les quatre communes de notre panel dont le niveau d'exposition diffère entre les deux cartes, la valeur servie par l'API correspond systématiquement au zonage 2026. Les niveaux repris dans le tableau sont donc bien ceux de la carte en vigueur.

Ce qu'il faut faire si votre commune ressort à risque

  • Vérifier l'historique Cat-Nat de votre commune - le nombre d'arrêtés sécheresse déjà pris donne une indication concrète, au-delà du seul niveau d'exposition théorique.
  • Surveiller les signes caractéristiques - fissures en escalier suivant les joints de maçonnerie, aggravation marquée en période estivale, porte ou fenêtre qui coince.
  • Ne pas attendre la sécheresse suivante pour agir - un diagnostic avec pose de témoin permet de confirmer si le mouvement est actif avant d'engager une réparation.
  • Anticiper la déclaration d'assurance - en cas de sinistre avéré, le délai de déclaration après arrêté de catastrophe naturelle est strict et ne se rouvre pas.
Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

La carte RGA a changé au 1er juillet 2026 : ce classement est-il encore valable ?

Oui, dans ses grandes lignes. L'arrêté du 9 janvier 2026 actualise le zonage national et fait passer les zones d'aléa moyen à fort de 48 % à 55 % du territoire métropolitain, en croisant la modélisation géologique avec près de 446 000 sinistres recensés entre 1989 et 2022. Les reclassements les plus marqués concernent le Centre-Val de Loire, la Bourgogne-Franche-Comté, l'Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand Est, pas l'Île-de-France : en croisant les deux cartes officielles avec le contour des 1266 communes franciliennes, nous relevons 295 communes en hausse et 72 en baisse, la quasi-totalité des reclassements se concentrant dans les Yvelines et le Val-d'Oise. La hiérarchie entre départements reste donc la même. En revanche, pour une parcelle précise, c'est la version 2026 de la carte Géorisques qui fait foi : un état des risques établi avant juillet 2026 s'appuie encore sur l'ancien zonage.

Pourquoi la grande couronne (77, 91, 95) est-elle systématiquement citée comme la plus exposée au RGA ?

Parce qu'elle concentre le pavillonnaire individuel construit sur sol argileux avec des fondations souvent superficielles, contrairement à Paris et à une partie de la petite couronne où le bâti est plus dense, plus ancien dans sa conception de fondation, et où le sol a été davantage remblayé/artificialisé. Mais ce classement en bloc masque des écarts réels à l'intérieur même de la grande couronne : nos données montrent que l'Essonne et la Seine-et-Marne sont nettement plus concernées que le Val-d'Oise, qui reste modéré.

Ma commune n'apparaît pas explicitement dans l'analyse : comment savoir si elle est exposée ?

Le classement ci-dessous s'appuie sur un échantillon de communes suivies par notre observatoire dans chaque département (huit à vingt selon le département), pas sur l'intégralité des communes franciliennes. Pour connaître l'exposition RGA précise de votre parcelle, la carte officielle Géorisques (georisques.gouv.fr) donne un résultat à l'adresse, et notre diagnostic sur site permet de croiser cette donnée avec l'état réel de votre bâti.

Que faire si mon département ou ma commune est classé en exposition forte ?

Une exposition forte n'est pas un diagnostic : elle signifie que le risque géologique existe, pas que votre maison est déjà sinistrée. Si vous observez des fissures (en escalier, à l'angle des ouvertures, aggravées en été), un diagnostic différentiel permet de confirmer ou d'écarter le RGA comme cause, avant d'engager toute réparation ou déclaration d'assurance.