Sécheresse et retrait-gonflement des argiles : ce que révèle la trajectoire nationale des sinistres

Un nouvel arrêté catastrophe naturelle sécheresse, encore. Depuis quelques années, ces arrêtés ne cessent de se multiplier en Île-de-France, et ce n'est pas un hasard de calendrier : c'est la traduction locale d'une tendance nationale que les données de la Caisse Centrale de Réassurance documentent précisément depuis plus de trente ans.

Sol argileux craquelé par la sécheresse au pied de la fondation d'un pavillon francilien
En bref

Pourquoi les arrêtés catastrophe naturelle sécheresse se multiplient-ils depuis quelques années ?

Parce que le retrait-gonflement des argiles (RGA) est devenu le 2e risque naturel le plus indemnisé en France après les inondations, avec un coût annuel moyen qui a été multiplié par plus de deux entre la période 1989-2015 et 2016-2020, avant un pic historique en 2022. La Caisse Centrale de Réassurance anticipe une hausse durable de 40 à 60 % de la sinistralité nationale d'ici 2050.

Le retrait-gonflement des argiles, 2ᵉ risque naturel le plus coûteux en France

Le retrait-gonflement des argiles (RGA) désigne le phénomène par lequel un sol argileux se rétracte en période de sécheresse puis regonfle en période humide, provoquant des mouvements différentiels sous les fondations. Il s'agit aujourd'hui du deuxième risque naturel le plus indemnisé en France après les inondations, avec plusieurs milliards d'euros de dommages estimés lors des années les plus sévères.

Ce phénomène n'a rien de nouveau, mais son coût, lui, a nettement changé d'échelle depuis le milieu des années 2010 - une évolution que les données de réassurance permettent de suivre année par année.

Une facture qui a changé d'échelle depuis 2016

Les données publiées par la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), qui réassure le régime Cat-Nat pour l'ensemble des assureurs français, permettent de suivre l'évolution du coût annuel des sinistres sécheresse sur une longue période.

1989 – 2015 (moyenne annuelle) 0,4 Md€
2016 – 2020 (moyenne annuelle) 1 Md€
2022 (record historique) 3,5 Md€
2023 (estimation) 0,9 Md€
2024 0,24 Md€

Caisse Centrale de Réassurance (CCR), coût annuel des sinistres sécheresse indemnisés au titre du régime Cat-Nat

Malgré le net repli de 2023 et 2024, années moins sévères climatiquement, la CCR anticipe une hausse durable de la sinistralité nationale d'ici 2050 (voir plus bas) : ces deux années ne marquent pas une inversion de tendance.

Pourquoi les arrêtés se multiplient en Île-de-France précisément

L'Île-de-France concentre une part importante de ce risque national : sols argileux étendus, bâti pavillonnaire ancien aux fondations souvent superficielles, et densité de constructions individuelles particulièrement élevée pour une région française. C'est ce qui explique la fréquence des arrêtés catastrophe naturelle sécheresse qui se succèdent commune par commune depuis plusieurs cycles.

Tous les départements franciliens ne sont pas exposés de façon identique : notre classement des départements les plus exposés au RGA détaille ces écarts, utile pour resituer votre commune dans cette trajectoire nationale plutôt que de la lire isolément.

2050 : une sinistralité en hausse de 40 à 60 % selon la CCR

Une projection qui ne dépend pas que du climat

La CCR projette une hausse de la sinistralité Cat-Nat nationale de l'ordre de 40 % d'ici 2050 sous le seul effet du changement climatique, et jusqu'à 60 % en intégrant la croissance de l'exposition du bâti (constructions nouvelles sur sols sensibles, densification). Le RGA est l'un des principaux moteurs de cette trajectoire, aux côtés des inondations.

En attendant un arrêté, suivre l'évolution de sa fissure au fissuromètre

Face à un cycle sécheresse-réhydratation qui s'étale sur plusieurs mois, la pire erreur consiste à attendre passivement la publication d'un arrêté sans rien documenter entre-temps. Un fissuromètre posé dès l'apparition d'une fissure permet de constituer un historique daté du mouvement, précieux pour toute déclaration ultérieure.

Fissuromètre à plaques posé sur une fissure de façade extérieure pour suivre son évolution saisonnière
Un fissuromètre posé dès l'apparition de la fissure permet de documenter son évolution sur un cycle sécheresse-réhydratation complet.
Schéma d'un fissuromètre à plaques posé sur une fissure liée au retrait-gonflement des argiles, pour suivre son évolution saisonnière 0246810 1 2 3 4

Plaque fixe scellée

Collée d'un côté de la fissure, elle porte la grille millimétrée qui sert de référence à chaque relevé saisonnier.

Plaque mobile

Scellée de l'autre côté, elle suit les mouvements du support au fil du cycle sécheresse-réhydratation.

Grille graduée

Repères millimétrés permettant de lire l'écartement horizontal et le décalage vertical d'une saison à l'autre.

Repère de lecture

Sa position, comparée à la lecture d'origine, objective si la fissure se referme l'hiver ou continue de s'élargir - une donnée qui pèse dans un dossier Cat-Nat.

Un historique de relevés sur un cycle complet distingue une fissure qui « respire » normalement avec les saisons d'une fissure dont le mouvement s'aggrave d'année en année.

Ce qu'un propriétaire francilien peut faire dès maintenant

  • Vérifier si votre commune fait l'objet d'un arrêté catastrophe naturelle sécheresse en cours ou récent, et noter la date de publication au Journal officiel qui fait courir le délai de déclaration.
  • Déclarer le sinistre à votre assureur dans les 30 jours suivant la publication de l'arrêté, par lettre recommandée, en joignant photos datées et description des désordres.
  • Poser un témoin ou un fissuromètre dès l'apparition d'une fissure, sans attendre un éventuel arrêté, pour disposer d'un historique de mouvement le jour où il faudra déclarer un sinistre.
  • Ne pas reboucher une fissure avant qu'un expert ne l'ait examinée : une réparation prématurée peut effacer des éléments utiles à l'expertise Cat-Nat.
  • En cas de doute sur l'éligibilité ou de refus d'indemnisation, faire réaliser une contre-expertise indépendante avant d'abandonner la démarche.
Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Le RGA est-il vraiment le risque naturel qui progresse le plus en France ?

Il figure parmi les tout premiers en coût, juste derrière les inondations, et sa trajectoire financière a nettement changé d'échelle depuis 2016 selon les données de la Caisse Centrale de Réassurance. Sa progression future dépend à la fois du climat et de la croissance de l'exposition du bâti sur sols argileux.

Pourquoi 2023 et 2024 affichent-elles des coûts plus bas que 2022 ?

2022 reste une année record en raison d'une sécheresse particulièrement sévère et étendue. Un repli les années suivantes reflète des conditions climatiques moins extrêmes, pas une inversion de la tendance de fond anticipée par la CCR à horizon 2050.

Faut-il attendre un arrêté catastrophe naturelle pour agir ?

Non : poser un fissuromètre et documenter une fissure dès son apparition ne dépend d'aucun arrêté, et renforce un futur dossier de déclaration si un arrêté finit par être publié pour votre commune.

Toutes les communes d'Île-de-France sont-elles concernées de la même façon ?

Non, l'exposition varie fortement selon la nature du sol et le type de bâti. Notre classement des départements franciliens les plus exposés détaille ces écarts département par département.

Que faire si mon assureur refuse d'indemniser malgré un arrêté reconnu ?

Un refus après reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle peut être contesté : voir notre article dédié sur contester un refus d'indemnisation, qui détaille les recours amiables et judiciaires disponibles.