Un plancher hourdis est une trame que le plâtre du plafond finit par dessiner
Dans la plupart des pavillons construits depuis les années 1960, le plancher de l'étage est un plancher à poutrelles et entrevous, que tout le monde appelle plancher hourdis. Des poutrelles préfabriquées en béton armé ou précontraint sont posées d'un mur porteur à l'autre, des entrevous en béton, en terre cuite ou en polystyrène sont glissés entre elles, puis une dalle de compression coulée par-dessus solidarise l'ensemble. C'est le principe décrit par le NF DTU 23.5 ; la Fédération française du bâtiment rappelle qu'il limite l'écart entre deux poutrelles à 75 cm, et la trame la plus courante est de 60 cm.
Sous ce plancher, le plafond est souvent un enduit de plâtre appliqué directement sur le dessous des poutrelles et des entrevous. Deux matériaux qui ne boivent pas l'eau de la même façon et ne bougent pas tout à fait ensemble se touchent alors tous les 60 cm. C'est sur ces lignes de contact que le plâtre se fend en premier, ce qui explique la plupart des fissures droites et parallèles parmi les fissures de plafond que nous rencontrons.
L'écart entre deux lignes dit si la fissure suit une poutrelle
Le premier test se fait avec un mètre ruban. Mesurez la distance entre deux fissures parallèles voisines, puis entre les suivantes. Si l'écart se répète, autour de 60 cm, et si les lignes partent d'un mur porteur pour rejoindre celui d'en face, elles suivent presque certainement les poutrelles. Les fissures qui sortent de ce schéma se classent ensuite selon leur direction par rapport à la trame, avec la même logique que la lecture d'une fissure par son tracé.
Un plafond vu de dessous, avec sa trame de poutrelles
-
Sur la trame
Droite, parallèle aux poutrelles, répétée tous les 60 cm environ.
Le plâtre marque la jonction entre une poutrelle et un entrevous. Le plancher n'est pas en cause tant que les lignes restent fines et ne s'élargissent pas.
Le plus souvent bénin
-
En travers, au milieu
Perpendiculaire aux poutrelles, dans le tiers central de la pièce.
Les poutrelles fléchissent. Il faut mesurer la flèche et chercher ce qui pèse sur le plancher.
À mesurer
-
Le long d'un mur porteur
Parallèle au mur sur lequel reposent les poutrelles, à quelques centimètres de l'angle.
L'appui bouge davantage que le plancher. La cause se cherche dans le mur et ses fondations.
À relier à la façade
-
En biais depuis un angle
Oblique, elle part d'un angle de la pièce et coupe la trame.
Le plancher suit un angle de la maison qui descend. Le plafond enregistre un mouvement du bâti, pas un défaut du plancher.
Mouvement de la maison
Une fissure qui coupe la trame mérite toujours plus d'attention qu'une fissure qui la suit.
Sur un plafond de pavillon, les fissures du type A sont de loin les plus fréquentes. Elles reviennent souvent après une simple peinture, parce que la peinture ne bloque pas les petits mouvements entre poutrelle et entrevous. Les trois autres demandent de regarder au-dessus du plancher et autour de lui.
Une fissure en travers au milieu de la pièce signale des poutrelles qui fléchissent
Une poutrelle posée sur deux appuis s'incurve légèrement sous la charge, et c'est au milieu de sa portée que la courbure est la plus forte. Quand elle dépasse ce que le plâtre accepte, une fissure apparaît en travers de la trame, perpendiculaire aux poutrelles, souvent accompagnée de fissures plus courtes de part et d'autre. L'Agence qualité construction range la flexion parmi les causes de désordres des planchers à poutrelles et entrevous.
Pour savoir si cette courbure reste dans des limites normales, tendez un cordeau sous le plafond d'un mur porteur à l'autre, dans le sens des poutrelles, et mesurez l'écart au milieu. L'Eurocode 2 donne deux repères : la portée divisée par 250 pour l'aspect, et la portée divisée par 500 pour la flèche qui apparaît après la pose des cloisons et des carrelages et peut les abîmer.
Ces valeurs servent à concevoir un plancher neuf ; sur une maison existante, elles donnent un ordre de grandeur. Le plâtre a pu rattraper une partie de la courbure initiale au moment de l'enduit, si bien que le cordeau mesure surtout ce qui s'est ajouté depuis, c'est-à-dire la part qui fend les finitions.
Une flèche qui augmente a presque toujours une cause identifiable : une cloison maçonnée posée sur le plancher, une baignoire ou une bibliothèque lourde ajoutées à l'étage, ou des combles aménagés au-dessus d'un plancher prévu pour un grenier. Quand c'est la poutrelle elle-même qui se fend, les signes se lisent comme ceux d'une poutre en béton fissurée.
Une fissure le long d'un mur porteur montre que l'appui bouge
Les poutrelles reposent par leurs extrémités sur les murs porteurs. Si l'un de ces murs descend, parce que ses fondations tassent ou que le sol se rétracte dessous, le plancher le suit avec un léger décalage, et le plâtre se fend sur une ligne parallèle au mur, à quelques centimètres de l'angle entre le mur et le plafond.
Cette fissure ne se présente presque jamais seule. Elle s'accompagne en général d'une fissure sur le même mur en façade, d'une porte qui frotte dans la même zone ou d'un joint de carrelage qui s'ouvre le long de la plinthe à l'étage. Quand ces signes se rejoignent, c'est le tassement différentiel des fondations qu'il faut examiner, et non le plancher. La fissure en biais qui part d'un angle de la pièce, la lettre D du plan, appartient à la même famille : elle suit un angle de la maison qui s'enfonce.
Ce qui se passe à l'étage confirme ou contredit la lecture du plafond
Un plancher a deux faces. Ce que montre le sol de l'étage, au-dessus de la fissure, permet souvent de trancher entre un plâtre qui se fend sans conséquence et un plancher qui travaille. Les cinq situations que nous rencontrons le plus souvent se présentent ainsi, la face du dessus en haut de chaque coupe et le plafond en bas.
Le plafond et le sol de l'étage, lus ensemble
À l'étageRien : carrelage intact, cloisons droites.
Au plafondLignes parallèles tous les 60 cm environ.
Plâtre
Jonctions du plâtre. Une surveillance suffit, et une toile de rénovation si les lignes gênent.
À l'étageSol légèrement creux au centre, cloison posée dessus fendue en biais ou décollée en pied.
Au plafondFissure en travers, au milieu de la pièce.
Plancher
Flexion du plancher. Mesurer la flèche et chercher la charge ajoutée.
À l'étageJoint de carrelage ouvert le long de la plinthe du même mur, porte qui frotte.
Au plafondFissure parallèle à un mur porteur.
Fondations
Appui qui descend. Regarder la façade et les fondations de ce mur.
À l'étageFissure fine et rectiligne dans le carrelage, qui file vers un tableau électrique ou une prise.
Au plafondRien.
Exécution
Gaine noyée dans une dalle de compression trop mince, une pose que le DTU interdit sous 5 cm d'épaisseur.
À l'étageRien, du moins au début.
Au plafondBéton éclaté sous une poutrelle, acier rouillé visible.
Structure
Corrosion de l'armature. La poutrelle perd de la résistance sans que l'étage ne montre rien.
Une même fissure de plafond n'a pas le même poids selon ce qu'on trouve au-dessus : c'est la paire qui se lit, jamais l'une des deux faces seule.
Le quatrième cas surprend souvent : le plafond est intact, et c'est le sol de l'étage qui se fend en ligne droite. La gaine passée dans une dalle trop mince crée une zone affaiblie que le simple retrait du béton suffit à ouvrir. Les règles de pose citées par la FFB demandent au moins 5 cm de béton entre la gaine et les entrevous, et un treillis passé au-dessus. Son tracé parfaitement droit la distingue d'une fissure de dalle en béton liée au sol.
En sous-sol ou au garage, un talon de poutrelle qui éclate demande une visite rapide
Dans un sous-sol, un garage ou un vide sanitaire, le plafond est souvent le plancher brut, sans plâtre, et l'humidité atteint directement le béton des poutrelles. Quand l'acier rouille, il gonfle et fait éclater le béton qui l'enrobe : un éclat se détache sous la poutrelle, une coulure brune apparaît, puis l'armature devient visible. Dans les caves plus anciennes, où des voûtains de brique reposent sur des poutrelles en fer, la même rouille soulève la brique et ouvre une fissure droite le long du fer, un cas que nous traitons avec les voûtes de cave fissurées.
Ce désordre ne se voit pas depuis l'étage, et c'est ce qui le rend sérieux : la poutrelle perd de la section d'acier sans que personne ne remarque rien au-dessus. Sa cause tient presque toujours à l'humidité du local, qu'il s'agisse d'un sous-sol ou d'un garage mal ventilé ou d'un vide sanitaire humide.
Un éclat isolé se traite après avoir vérifié l'état de l'acier sur toute la longueur de la poutrelle ; plusieurs poutrelles touchées demandent un calcul avant toute réparation. Nous faisons ce relevé en regardant ensemble le plafond, l'étage et le sous-sol, au cours d'une expertise de fissures, pour que la réparation vise la bonne cause.
