Fissures apparues entre le compromis et l'acte de vente : vos droits et les démarches à faire avant de signer chez le notaire

Le compromis a été signé au printemps, le délai de rétractation de dix jours est passé, le prêt est accordé. Fin août, lors d'une dernière visite, l'acheteur découvre une fissure qui n'existait pas, au-dessus d'une porte ou à l'angle d'une façade.

Ce scénario n'a rien d'exceptionnel en Île-de-France, où l'été est à la fois la saison des sécheresses et celle des déménagements. La vente n'est pas encore réitérée chez le notaire, et c'est justement ce qui laisse à l'acheteur des moyens d'agir, à condition de s'y prendre avant la signature.

Séjour vide avant la vente, cartons empilés et fissure récente au-dessus d'une porte intérieure
En bref

Des fissures sont apparues après le compromis mais avant l'acte de vente : que peut faire l'acheteur ?

Tant que l'acte authentique n'est pas signé, le vendeur reste en général propriétaire et garde la charge du bien : il doit le conserver et le livrer dans l'état où il se trouvait au compromis (articles 1197 et 1614 du Code civil). L'acheteur doit d'abord prouver que les fissures sont nouvelles, avec ses photos de visite et un constat daté, puis prévenir le notaire par écrit avant le rendez-vous de signature. Selon la clause de sinistre du compromis et la gravité des fissures, quatre issues sont possibles : renoncer, acheter en reprenant les droits à indemnité, renégocier le prix par avenant ou reporter la signature le temps d'une expertise.

Jusqu'à l'acte, le vendeur reste en principe responsable de l'état du bien

Le Code civil pose une règle simple : la propriété, et avec elle les risques, passe à l'acheteur dès l'accord sur la chose et le prix (article 1196). Ce transfert peut toutefois être différé, et la plupart des compromis le reportent au jour de l'acte authentique. Jusqu'à cette date, le vendeur reste propriétaire, il garde la charge des risques et il doit conserver le bien avec le soin d'une personne raisonnable (article 1197).

Une autre règle joue en faveur de l'acheteur : le bien doit être délivré dans l'état où il se trouvait au moment de la vente, c'est-à-dire du compromis (article 1614). Une maison qui se fissure entre-temps n'est plus tout à fait celle que l'acheteur s'est engagé à acheter. La question n'est donc pas de savoir s'il peut réagir, mais ce qu'il peut prouver et ce que prévoit son compromis.

Le délai de rétractation n'y change rien. Il protège l'acheteur pendant dix jours contre une décision trop rapide, il ne fixe pas la date à partir de laquelle le bien devient le sien. L'usage de ces dix jours pour faire venir un expert est décrit dans l'article qui compare l'expert en fissures et le diagnostiqueur immobilier.

Tout repose sur une preuve : la fissure n'existait pas le jour du compromis

Un vendeur de bonne foi peut ne pas avoir remarqué une fissure ancienne, et un vendeur moins scrupuleux peut soutenir qu'elle était déjà là. Le premier travail consiste donc à dater la fissure. Une fissure récente se reconnaît souvent à l'œil : ses arêtes sont vives, son intérieur est propre et clair, et un peu de poudre d'enduit s'est déposée au pied du mur. Une fissure ancienne a des bords émoussés, un intérieur gris et encrassé, parfois des traces de peinture ou d'un ancien rebouchage.

Deux gros plans de fissures dans un enduit, côte à côte : à gauche, une fissure récente aux arêtes vives, à l'intérieur clair, avec de la poussière blanche au pied du mur ; à droite, une fissure ancienne aux bords émoussés, à l'intérieur gris encrassé, avec une trace de peinture sur ses lèvres.
À gauche, une fissure de quelques semaines. À droite, une fissure de plusieurs années, encrassée et repeinte sur ses bords. La différence se voit à l'œil, l'expertise la confirme.

Les pièces qui datent une fissure, de la plus solide à la plus fragile

  • Constat d'un commissaire de justice

    Dès la découverte

    Décrit et photographie la fissure à une date certaine, opposable au vendeur comme au juge.

    Preuve forte
  • Rapport d'un expert en bâtiment

    Dans les jours qui suivent

    Date la fissure par ses arêtes, son encrassement et son évolution, et dit d'où elle vient.

    Preuve forte
  • Photos de l'annonce immobilière

    Avant la première visite

    Montrent les murs tels qu'ils étaient mis en vente. Leur date se retrouve dans les échanges avec l'agence.

    Preuve utile
  • Vos photos et vidéos de visite

    Avant le compromis

    Leur date d'enregistrement figure dans le fichier. Une vue large du mur vaut plus qu'un gros plan.

    Preuve utile
  • Diagnostics annexés au compromis

    À la signature du compromis

    Décrivent parfois l'état des murs. Leur silence ne prouve pas l'absence de fissure.

    Indice
  • Témoignage de l'agent immobilier

    À tout moment

    Confirme une visite ou un état, mais l'agent est rémunéré par la vente.

    Indice

Gardez les fichiers d'origine des photos, sans les retoucher ni les recadrer. Leur date d'enregistrement fait partie de la preuve.

Le commissaire de justice, l'ancien huissier, constate ce qu'il voit, mais il ne dit ni d'où vient la fissure ni depuis quand elle existe. L'expert en bâtiment peut dire si elle est récente et si elle relève de la sécheresse. Les deux se complètent, et le choix entre eux est discuté dans l'article huissier ou expert en bâtiment.

Entre un compromis de printemps et un acte de rentrée, la maison traverse la saison où l'argile sèche

Un compromis signé en mai ou en juin aboutit le plus souvent à un acte en août ou en septembre, le temps d'obtenir le prêt et de purger les droits de préemption. Ces deux à trois mois tombent exactement sur la période où les sols argileux franciliens se dessèchent le plus.

Les arrêtés de catastrophe naturelle le confirment. Depuis 2017, les périodes de sécheresse reconnues en Île-de-France sont découpées par trimestre. Sur les 913 reconnaissances communales accordées pour les épisodes de 2017 à 2022, près des trois quarts couvrent le troisième trimestre, de juillet à septembre.

Graphique en barres des mois couverts par les reconnaissances de catastrophe naturelle pour sécheresse en Île-de-France depuis 2017 : 1 % pour janvier à mars, 23 % pour avril à juin, 73 % pour juillet à septembre et 33 % pour octobre à décembre, avec en surimpression la période type entre un compromis de juin et un acte de septembre.
Part des 913 reconnaissances communales de sécheresse en Île-de-France, épisodes de 2017 à 2022, qui couvrent chaque mois de l'année. Une reconnaissance peut couvrir plusieurs trimestres. Source : Géorisques, base Gaspar, calcul Expert Fissure IDF.

Ce calendrier a deux conséquences. Une fissure qui apparaît entre le compromis et l'acte a de bonnes chances d'être liée à la sécheresse de l'été en cours. Et l'arrêté qui pourrait la reconnaître ne paraîtra pas avant de longs mois, bien après la signature. Le sort de l'indemnité se règle alors dans l'acte lui-même, comme l'explique l'article sur la maison achetée après une sécheresse, et c'est avant de signer qu'il faut en parler.

Avant le rendez-vous chez le notaire, quatre issues sont possibles

La clause de sinistre est le premier texte à relire. La plupart des compromis en contiennent une : si le bien subit un sinistre avant l'acte, l'acheteur peut soit renoncer à la vente et récupérer son dépôt de garantie, soit maintenir l'achat en se faisant attribuer les indemnités d'assurance. Ces clauses visent souvent un bien détruit ou rendu inhabitable, et des fissures ne remplissent pas toujours ce critère. Tout dépend de leur gravité, que seul un examen technique permet d'établir.

Fissures constatées avant l'acte : quatre chemins et ce qu'ils supposent

Fissures nouvelles, constatées et datées avant l'acte

  1. ARenoncer à la vente

    À quelle conditionLa clause de sinistre le prévoit et les fissures atteignent la gravité qu'elle vise, ou le vendeur l'accepte.

    Qui agitL'acheteur, par écrit au notaire

    Le risqueLe vendeur conteste la gravité et retient le dépôt de garantie.

  2. BAcheter en reprenant les droits à indemnité

    À quelle conditionL'acte attribue clairement à l'acheteur les indemnités liées à ces fissures.

    Qui agitLe notaire rédige, le vendeur déclare le sinistre

    Le risqueLa commune peut ne jamais être reconnue en catastrophe naturelle.

  3. CRenégocier le prix par avenant

    À quelle conditionLes deux parties s'accordent sur une baisse chiffrée à partir d'une estimation des travaux.

    Qui agitLes deux parties, devant le notaire

    Le risqueUn chiffrage trop bas si la cause n'a pas été établie.

  4. DReporter la signature

    À quelle conditionLe compromis prévoit une prorogation ou le vendeur l'accepte.

    Qui agitLes deux parties, par avenant

    Le risqueL'offre de prêt a une date limite, le vendeur a peut-être déjà acheté ailleurs.

Ces chemins se combinent souvent : un report de quelques semaines pour expertiser, puis un avenant sur le prix et une clause sur les indemnités.

Refuser de signer sans passer par l'une de ces voies est risqué. Si le compromis contient une clause pénale et que le juge estime les fissures mineures, l'acheteur peut perdre son dépôt de garantie, souvent 5 à 10 % du prix. La gravité doit donc être établie avant toute décision, à partir des critères réunis dans l'article sur les signes d'une fissure dangereuse ou bénigne.

Le financement mérite aussi d'être regardé. Une banque qui apprend l'existence de fissures sérieuses peut revoir son évaluation du bien, un risque traité dans l'article sur la fissure et le prêt immobilier.

Le vendeur doit déclarer les dommages à son assureur avant la vente

Tant qu'il est propriétaire, c'est au vendeur de déclarer les fissures à son assureur habitation. Même sans arrêté publié, une déclaration datée garde la trace de l'apparition des dommages, et le dossier se complète dans les trente jours qui suivent la publication de l'arrêté, le jour où la commune est reconnue. Le vendeur qui a déjà déménagé reste tenu de le faire, comme dans le cas de la maison inoccupée fissurée par la sécheresse.

L'acheteur ne peut pas faire cette déclaration à sa place. Il peut en revanche demander, par écrit et avant l'acte, qu'elle soit faite et qu'une copie soit annexée à l'acte. Le courrier ci-dessous reprend ces demandes dans l'ordre où le notaire en a besoin.

Le courrier à adresser au notaire avant la signature, annoté

À l'attention de l'office notarial chargé de la vente

Objet : fissures apparues depuis la signature du compromis

  1. Depuis la signature du compromis, des fissures sont apparues sur la maison que nous achetons. Elles n'étaient pas visibles lors de nos visites, comme le montrent les photos jointes.1

    1. Décrire les faits sans qualifier la cause.

  2. Nous joignons le constat et le rapport d'expertise qui les décrivent et les datent.2

    2. La pièce qui date la fissure.

  3. Nous vous demandons de mettre en œuvre la clause du compromis relative aux sinistres survenus avant la réitération de la vente.3

    3. Citer la clause par son titre.

  4. Nous demandons que le vendeur déclare ces dommages à son assureur et que cette déclaration soit annexée à l'acte.4

    4. Garde la trace pour un futur arrêté.

  5. Dans l'attente, nous ne sommes pas en mesure de confirmer la date de signature prévue.5

    5. Une demande de délai, pas un refus de signer.

Envoi en recommandé avec accusé de réception ou par courriel au notaire, copie au vendeur et à l'agence.

Ce courrier pose des faits et des demandes. Il ne remplace ni le conseil du notaire ni celui d'un avocat si le vendeur conteste.

Une expertise rendue avant la signature répond aux trois questions qui décident de la suite

En quelques jours, une expertise dit si la fissure est récente, si elle vient du sol ou d'autre chose, et ce que coûtera sa réparation. Ce chiffrage donne un contenu à un avenant sur le prix, et cette datation rend la clause de sinistre applicable. L'expertise avant achat que nous réalisons est organisée pour ce calendrier serré, avec un rapport remis avant le rendez-vous de signature.

Si les fissures ne sont découvertes qu'après l'acte, les voies sont différentes et plus étroites, à commencer par le vice caché, détaillé dans l'article sur le vice caché et l'achat d'une maison fissurée. Et si la maison a déjà été réparée après une sécheresse passée, les vérifications portent sur les travaux eux-mêmes, comme l'explique l'article sur l'achat d'une maison reprise en sous-œuvre.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Puis-je encore me rétracter si les fissures apparaissent après le délai de dix jours ?

Non, le délai de rétractation est écoulé. Les recours passent par la clause de sinistre, par l'obligation du vendeur de délivrer le bien dans son état d'origine ou par un accord sur un avenant. Les conditions suspensives, comme l'obtention du prêt, restent en vigueur.

Le vendeur peut-il reboucher la fissure avant l'acte ?

Il peut entretenir son bien, mais un rebouchage destiné à masquer une fissure avant la vente l'expose à une action pour vice caché ou pour dol. Photographiez la fissure dès que vous la voyez. Ce que le vendeur doit dire et ce qu'il risque à se taire est détaillé dans l'article sur les obligations du vendeur d'une maison fissurée.

Qui paie l'expertise demandée par l'acheteur ?

L'acheteur qui la commande la paie, sauf accord avec le vendeur. Son coût peut être intégré dans la négociation d'un avenant. Les fourchettes de prix figurent dans le guide des tarifs d'expertise.

L'agent immobilier doit-il me prévenir d'une fissure apparue après le compromis ?

S'il en a connaissance, oui : son devoir de conseil continue jusqu'à la vente. Son rôle et sa responsabilité sont développés dans l'article sur l'agent immobilier face aux fissures.

La commune n'est pas reconnue en catastrophe naturelle. Faut-il attendre l'arrêté pour signer ?

Non. L'arrêté peut mettre plus d'un an à paraître et la commune peut ne jamais être reconnue. On signe après avoir réglé dans l'acte le sort des indemnités éventuelles et, si besoin, ajusté le prix. Les reconnaissances en cours d'instruction sont suivies dans l'article sur les arrêtés sécheresse attendus en 2026.

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