Avant la réception, la maison reste aux risques du constructeur
L'article 1788 du Code civil est ancien et très clair : si l'ouvrage périt ou se dégrade avant d'être livré, la perte est pour l'entrepreneur qui fournit la matière. Dans un contrat de construction de maison individuelle, le constructeur s'engage en outre à livrer une maison conforme et sans désordre. Une fissure liée au sol, apparue pendant le chantier, est donc son affaire, quelle qu'en soit la cause.
Pour faire face à ce risque, la plupart des constructeurs souscrivent une assurance tous risques chantier. Certaines de ces polices couvrent aussi les catastrophes naturelles pour l'ouvrage en cours. C'est l'assureur du constructeur qui est concerné, jamais celui du maître d'ouvrage.
Ce graphique résume pourquoi la question se pose cette année. À la mi-août, l'indice d'humidité des sols superficiels n'atteignait qu'un cinquième de sa valeur habituelle, en moyenne sur les 1 266 communes de la région. Une fondation coulée en avril sur une argile encore gorgée d'eau a vu ce sol se rétracter sous elle avant même que la maison ne soit chargée de sa toiture.
Depuis 2020, la loi impose pourtant une étude de sol dans les zones d'aléa moyen ou fort, et le constructeur doit suivre ses recommandations. Les obligations liées à l'étude de sol imposée par la loi ELAN sont un premier point à vérifier : si l'étude préconisait des fondations plus profondes et qu'elles n'ont pas été réalisées, la fissure relève d'un défaut d'exécution.
Une fissure de jeunesse et une fissure de sol n'apparaissent pas au même moment
Toutes les fissures d'une maison neuve ne viennent pas du sol. Le béton et les mortiers se rétractent en séchant, et ce retrait produit des fissures fines, souvent sans gravité. La meilleure façon de les distinguer d'un mouvement de fondation consiste à se demander quand elles sont apparues, et si elles reviennent.
Chaque cause de fissure a sa fenêtre d'apparition après la pose
Fissure de jeunesse, en général sans gravitéTassement à surveillerMouvement du sol, à faire expertiser
-
Retrait plastique
Le béton frais perd son eau en surface, surtout par temps chaud et venteux.
-
Retrait thermique
Le béton se contracte en refroidissant après la prise.
-
Retrait de séchage
Les murs et les chapes sèchent lentement pendant un à deux ans.
-
Tassement sous la charge
Le sol se tasse quand la maison prend son poids, charpente et toiture comprises.
-
Retrait de l'argile
Le sol argileux se rétracte à chaque été sec, et la fissure se rouvre d'une année sur l'autre.
Temps écoulé depuis le coulage ou la pose, échelle logarithmique
Les durées sont des ordres de grandeur. Une fissure qui s'élargit l'été et se referme l'hiver signe presque toujours un mouvement du sol.
Une fissure apparue dans les jours qui suivent le coulage, fine et en réseau, relève presque toujours du retrait. Une fissure en escalier qui part de l'angle d'une baie plusieurs mois plus tard, après un été sec, raconte autre chose. L'identification du type de fissure repose sur ces indices, croisés avec l'étude de sol et les dates du chantier.
Sur un mur en blocs béton, la lecture est facilitée par le dessin des joints : une fissure dans un mur en parpaing qui suit les joints en marches d'escalier traduit un mouvement de l'appui, pas un retrait du mortier.
Votre meilleur levier est l'échéancier de paiement
Dans un contrat de construction de maison individuelle avec fourniture du plan, le Code de la construction plafonne les sommes que le constructeur peut appeler à chaque étape. Chaque appel de fonds est un moment où vous pouvez constater l'état du chantier et poser vos questions par écrit.
Suspendre un paiement est une décision sérieuse. Sans motif solide et documenté, le constructeur peut appliquer des pénalités de retard prévues au contrat. Une fissure constatée, photographiée et signalée par écrit avant l'appel de fonds constitue en revanche un motif à faire valoir.
Ce qu'il faut vérifier avant de régler chaque appel de fonds
-
15 %
Ouverture du chantier
+15 % · À vérifier
Le terrassement correspond au plan d'implantation et l'étude de sol a été remise. -
25 %
Achèvement des fondations
+10 % · À vérifier
La profondeur des semelles est conforme à l'étude de sol. Demandez les photos des fouilles avant coulage. -
40 %
Achèvement des murs
+15 % · À vérifier
Aucune fissure en escalier ne part des angles des baies ni des chaînages. -
60 %
Mise hors d'eau
+20 % · À vérifier
La charpente est posée. C'est le premier moment où la maison porte son poids complet. -
75 %
Cloisons et mise hors d'air
+15 % · À vérifier
Les menuiseries ferment sans forcer et les doublages ne se fendent pas aux angles. -
95 %
Équipements, plomberie, menuiserie, chauffage
+20 % · À vérifier
Les carrelages et les chapes ne présentent pas de fissure traversante. -
100 %
Solde de 5 %
+5 % · À vérifier
Il se règle huit jours après la remise des clés sans réserve, ou à la levée des réserves.
Les pourcentages sont des plafonds cumulés. Le contrat peut prévoir des appels plus faibles, jamais plus élevés.
Source : Code de la construction et de l'habitation, article R231-7
L'étape des fondations mérite une attention particulière, parce qu'elle ne se revoit plus ensuite. Une semelle trop peu profonde, un béton coulé sur une fouille restée ouverte sous la pluie ou un sol remanié font partie des malfaçons de chantier qui causent des fissures que l'on ne découvre qu'après le premier été sec.
Plusieurs garanties peuvent jouer avant la remise des clés
Avant la réception, le paysage des assurances n'est pas celui que l'on connaît pour une maison habitée. Quatre acteurs peuvent être concernés, chacun dans un rôle précis.
Qui intervient avant la réception, et à quel titre
Phase : chantier en cours
Votre propre assurance habitation n'intervient pas : elle ne commence à couvrir la maison qu'à la remise des clés.
L'assurance dommages-ouvrage est souvent présentée comme une garantie qui démarre après la réception. C'est vrai dans la grande majorité des cas, mais le texte prévoit une ouverture avant, quand le contrat avec l'entreprise a été résilié pour inexécution. La différence entre dommages-ouvrage et décennale reste la même : l'une préfinance, l'autre indemnise après recherche de responsabilité.
À la réception, une fissure de sol justifie de ne pas signer en l'état
La réception est l'acte par lequel vous acceptez l'ouvrage, avec ou sans réserves. C'est elle qui transfère la garde de la maison et fait démarrer les garanties légales. Les réflexes à avoir ce jour-là sont détaillés dans le guide sur la fissure dans une maison neuve, notamment la rédaction précise des réserves.
Refuser la réception est possible, mais seulement quand l'ouvrage n'est pas en état d'être reçu, par exemple face à un désordre de structure sérieux. Un refus pour quelques fissures de retrait serait jugé abusif. Entre les deux, les réserves détaillées restent la voie normale.
Se faire accompagner ce jour-là change beaucoup de choses. Un diagnostic de fissure réalisé juste avant la réception permet de rédiger des réserves techniques, datées et localisées, que le constructeur ne pourra pas balayer d'une phrase.
Une réserve bien formulée vaut aussi pour la suite. Si la fissure réapparaît après sa reprise, elle relève de la garantie de parfait achèvement pendant un an, puis de la décennale si elle compromet la solidité de la maison.
Huit jours après les clés, vous pouvez encore signaler une fissure
Le jour de la réception, on regarde vite, avec un conducteur de travaux pressé à côté. Le Code de la construction tient compte de cette réalité : quand le maître d'ouvrage n'était pas assisté d'un professionnel à la réception, il dispose de huit jours après la remise des clés pour dénoncer, par lettre recommandée avec accusé de réception, les vices apparents qu'il n'avait pas signalés (article L231-8).
Ce délai est court et ne se rattrape pas. Il se prépare dès le premier soir.
Une tâche par jour pour ne rien laisser passer
-
Jour 1
Photographier chaque mur, chaque angle de baie et chaque plafond, pièce par pièce, avec la date.
-
Jour 2
Faire le tour extérieur, pied de mur compris, et noter toute fissure dans l'enduit ou le soubassement.
-
Jour 3
Ouvrir et fermer chaque porte et chaque fenêtre. Une menuiserie qui force est un indice.
-
Jour 4
Poser un repère au crayon aux deux extrémités de chaque fissure repérée.
-
Jour 5
Comparer avec le procès-verbal de réception et lister ce qui n'y figure pas.
-
Jour 6
Revenir aux repères posés le jour 4 et noter si une fissure a dépassé son trait.
-
Jour 7
Rédiger la lettre en décrivant chaque désordre, sa pièce et son emplacement, photos à l'appui.
-
Jour 8
Envoyer la lettre recommandée avec accusé de réception, de préférence avant ce dernier jour.
Ce délai de huit jours ne vaut que si vous n'étiez pas assisté d'un professionnel lors de la réception.
Les repères posés au crayon ne remplacent pas un vrai suivi, mais ils donnent une première indication. Pour une fissure qui inquiète, un fissuromètre pour mesurer l'évolution fournit dans les semaines suivantes une mesure que le constructeur et son assureur ne pourront pas contester.
Le garant de livraison prend le relais si le constructeur disparaît avant la fin du chantier
Un constructeur fragilisé peut faire défaut au pire moment, avec des fissures à reprendre sur un chantier à l'arrêt. Le contrat de construction de maison individuelle impose dans ce cas une garantie de livraison (article L231-6). Le garant doit faire achever la maison et reprendre les désordres liés à une mauvaise exécution, en prenant en charge le surcoût au-delà d'une franchise qui ne peut pas dépasser 5 % du prix convenu.
Le garant n'intervient qu'à partir du moment où il est saisi. Adressez-lui une mise en demeure dès que le chantier s'arrête, en y joignant les constats de fissures. Ce qui se passe ensuite, quand le constructeur a été liquidé après la livraison, relève d'un autre mécanisme : les recours décrits pour un constructeur liquidé et la garantie décennale passent par son assureur décennal.