Le mâchefer se reconnaît à sa cassure
Sous l'enduit, impossible de deviner le matériau. Il faut chercher un endroit où le mur est à nu : un éclat d'enduit tombé au pied d'une façade, l'intérieur d'une cave, d'un garage ou d'un comble, le tableau d'une fenêtre que l'on a refait. La charte de ravalement de Sucy-en-Brie le décrit comme un matériau « très friable et d'aspect ingrat », destiné à être toujours enduit.
Quatre cassures à comparer, à la loupe
Mâchefer
Gris sombre à noir, criblé de scories, de bulles et d'éclats couleur rouille. S'effrite sous la pointe d'un tournevis.
Léger, sonne creux
Meulière
Pierre brun ocre trouée de cavités, très dure. Posée en moellons irréguliers, souvent en soubassement.
Lourde, ne se raye pas
Brique pleine
Pâte rouge homogène, arêtes nettes, joints réguliers. Fréquente dans les pavillons de la même époque.
Dense, sonne plein
Parpaing béton
Gris clair, gravillons serrés et réguliers. Plutôt dans les extensions et les maisons d'après-guerre.
Bloc creux, alvéoles
Un même pavillon mélange souvent plusieurs matériaux : meulière en soubassement, mâchefer ou brique au-dessus, béton dans les linteaux et les extensions.
Le mâchefer se présente en blocs moulés ou en béton coulé entre des banches. Sa composition varie d'un chantier à l'autre, selon la provenance des scories et la part de chaux ou de ciment, d'où des murs plus ou moins résistants dans une même rue. On en trouve aussi en petits morceaux insérés dans les joints de certaines façades en meulière, à titre décoratif.
Ces pavillons forment une couronne autour de Paris
Le recensement ne connaît pas les matériaux, mais il connaît l'âge des maisons. Les pavillons achevés entre 1919 et 1945, époque où le mâchefer était le plus employé, sont plus de 30 000 en Seine-Saint-Denis, plus de 28 000 dans le Val-de-Marne et près de 25 000 dans les Hauts-de-Seine. Dans ce dernier département, ils représentent 29 % des maisons occupées.
C'est l'héritage des lotissements de l'entre-deux-guerres, accélérés par la loi Loucheur de 1928 qui a financé l'accession à la propriété des ménages modestes. Le référentiel de rénovation RENOSTANDARD décrit ce type de pavillon : environ 80 m² sur deux niveaux, un soubassement en meulière, des murs enduits, des planchers sur solives métalliques. Toutes ces maisons ne sont pas en mâchefer, mais c'est dans ce parc qu'il faut le chercher.
Ces communes de petite couronne reposent souvent sur des argiles sensibles à la sécheresse. À Aulnay-sous-Bois comme à Champigny-sur-Marne, les pavillons d'avant-guerre font partie des maisons que nous voyons le plus souvent fissurées après un été sec.
Les fissures se concentrent aux jonctions entre matériaux
Quand l'argile se rétracte sous un angle de la maison, tout le mur subit le même mouvement. Mais les matériaux n'y répondent pas pareil : la meulière et le béton sont rigides, le mâchefer cède plus vite. La fissure s'ouvre donc là où deux matériaux se touchent, plus que dans la masse du mur.
Trois endroits reviennent sans cesse. Le premier est la ligne entre le soubassement en meulière et le mur au-dessus, où naît souvent une fissure horizontale. Le deuxième se trouve aux angles des fenêtres, où un linteau en béton s'appuie sur des blocs plus tendres. Le troisième est la liaison avec une extension en parpaing, ajoutée plus tard sur des fondations différentes.
Le schéma ressemble à celui d'autres maisons anciennes, avec une différence : dans le mâchefer, les lèvres de la fissure s'effritent et s'élargissent avec le temps, même quand le sol a cessé de bouger. Les écarts de comportement entre bâti ancien et récent sont détaillés dans l'article sur la fissure dans une maison ancienne en meulière ou une maison neuve.
Un enduit ciment ou une peinture étanche aggrave les dégâts
Le mâchefer est poreux : il absorbe l'humidité du sol et de l'air, et doit pouvoir la rendre. Pendant des décennies, ces pavillons ont été réenduits au ciment ou repeints avec des peintures plastiques, au nom de la protection de la façade. C'est souvent l'inverse qui s'est produit.
Trois revêtements sur un même mur en mâchefer
Coupe d'un mur : le mâchefer à gauche, le revêtement au centre, l'extérieur à droite. Les flèches suivent la vapeur d'eau qui sort du mur.
Enduit à la chaux
Laisse respirer
Souple, il suit les petits mouvements et laisse sortir la vapeur. Le mur sèche, le mâchefer garde sa cohésion.
Enduit ciment
Enferme l'humidité
Rigide, il se fissure au premier mouvement du sol. L'eau entre par la fissure et ne ressort plus : le mâchefer se gorge d'eau et se désagrège derrière.
Peinture plastique
Cloque et s'écaille
Le film étanche bloque la vapeur, qui le soulève en cloques puis le fait s'écailler. Le référentiel RENOSTANDARD relève ces écaillements sur les pavillons de cette époque.
Le ciment peut aussi réagir avec certains composés soufrés du mâchefer en présence d'eau, ce qui fait gonfler le mur. C'est une raison de plus pour garder le mur sec.
Ce mécanisme brouille le diagnostic : un mur humide se dégrade et se fissure sans que le sol y soit pour rien. Avant de conclure, il faut écarter cette piste, comme l'explique l'article sur la différence entre fissure et humidité par remontées capillaires. Une isolation par l'extérieur mal choisie produit le même effet, un cas traité dans l'article sur les fissures après une isolation thermique par l'extérieur.
Il faut distinguer ce qui vient du sol de ce qui vient du mur
Devant un pavillon en mâchefer fissuré, deux causes se superposent souvent : un sol qui bouge, et un mur qui se dégrade seul. La réparation n'est pas la même, et l'indemnisation au titre de la sécheresse ne couvre que la première. Voici la fiche que nous gardons en tête lors d'une visite.
Fiche d'identité
Le pavillon de banlieue de l'entre-deux-guerres
- Époque
- Années 1920 à 1950
- Cadre
- Lotissement, souvent sous la loi Loucheur de 1928
- Surface
- Environ 80 m² sur deux niveaux
- Murs
- Mâchefer, brique pleine ou les deux, toujours enduits
- Soubassement
- Meulière
- Planchers
- Solives métalliques
- Fondations
- Souvent peu profondes, à sonder
- Polluants
- Amiante en façade, plomb dans les peintures
À vérifier sur place
- Une fissure qui traverse le soubassement en meulière vient presque toujours du sol.
- Un enduit qui sonne creux et s'effrite sans fissure traversante relève plutôt du mur et de l'humidité.
- Une fissure plus large en haut qu'en bas, près d'un angle, signale un tassement de la fondation.
- Des portes qui frottent à l'étage après l'été confirment un mouvement d'ensemble.
Les solives métalliques rouillent quand le mur reste humide : leurs appuis se contrôlent dès qu'une fissure longe un plancher.
Faire la part des deux causes demande de regarder la forme des fissures, leur évolution et l'état du mur autour. C'est l'objet de notre identification du type de fissure. Si le doute porte sur la profondeur des fondations ou la nature du sol, une étude de sol G5 tranche.
On stabilise d'abord, on répare le mur ensuite
Reboucher une fissure dans un mur en mâchefer tant que le sol bouge, c'est la voir revenir au prochain été. Si le sol est en cause, la première étape porte sur la maison entière : limiter les variations d'humidité au pied des murs, puis, selon la gravité, un ceinturage par tirants métalliques qui solidarise les façades, ou une reprise en sous-œuvre par micropieux quand les fondations doivent être reprises.
Le mur se traite ensuite avec des matériaux compatibles. On dégage les parties désagrégées, on pose des agrafes en acier inoxydable scellées au mortier de chaux, on regarnit les vides, puis on refait un enduit à la chaux. Les résines rigides et le ciment pur créent un point dur contre lequel le mâchefer voisin se fissure à nouveau.
Piquer un vieil enduit libère une poussière abondante, et ces pavillons ont souvent reçu des enduits ou des peintures contenant de l'amiante ou du plomb. Le mâchefer lui-même peut contenir des résidus de métaux. Avant d'ouvrir, lisez les précautions décrites dans l'article sur l'amiante et le plomb à vérifier avant des travaux de fissures.
Un mur en mâchefer s'indemnise comme un autre
La garantie catastrophe naturelle ne distingue pas les matériaux. Si la commune est reconnue et que la sécheresse est la cause déterminante des fissures, le pavillon est indemnisé, mâchefer ou non. La difficulté vient souvent de l'expert mandaté par l'assureur, tenté d'attribuer les désordres à la faiblesse du matériau ou à son vieillissement.
Ce débat se gagne sur les faits : des fissures qui traversent le soubassement, qui suivent les angles de la maison, qui sont apparues après un été sec et se retrouvent chez les voisins. Un mur qui se dégrade seul n'explique pas une porte qui frotte à l'étage. La manière de démontrer ce lien est détaillée dans l'article sur le lien de causalité entre sécheresse et fissures.
Si l'assureur refuse en invoquant le matériau, une contre-expertise d'assurance remet les deux causes à leur place, poste par poste. Les recours possibles après un refus sont décrits dans l'article pour contester un refus d'indemnisation.