Expert sécheresse RGA : la qualification devient obligatoire au 12 août 2026

Depuis le 12 août 2026, un expert d'assurance qui intervient sur un sinistre de sécheresse ne peut plus improviser. Deux décrets et un arrêté publiés le 11 août au Journal officiel imposent, pour la première fois, une qualification professionnelle spécifique aux personnes morales chargées des expertises en assurance sur les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols argileux.

Bureau d'expert avec un rapport d'expertise sécheresse ouvert, dossier de sinistre et loupe posée sur un plan de façade fissurée, aucune personne dans le cadre
En bref

La qualification des experts d'assurance sécheresse est-elle obligatoire depuis août 2026 ?

Oui. Le décret n° 2026-765, le décret n° 2026-766 et l'arrêté du 9 août 2026, publiés au Journal officiel le 11 août 2026 et entrés en vigueur le 12 août 2026, imposent aux personnes morales réalisant des expertises d'assurance sur des sinistres liés au retrait-gonflement des argiles une qualification professionnelle : au moins 70 heures de formation initiale (dont 35 heures de terrain), ou une expérience d'au moins 30 sinistres traités sur les 5 dernières années complétée par 14 heures de formation, plus 14 heures de formation continue tous les deux ans.

Pourquoi ce décret : un constat d'inégalité entre assurés

Le phénomène de retrait-gonflement des argiles laisse des signatures particulières sur un bâtiment : fissures en escalier sur les angles, décollement d'un dallage, aggravation nette en fin d'été. Un expert habitué aux sinistres dégât des eaux ou incendie ne les reconnaît pas toujours, et rattache parfois le désordre à un défaut de construction ou à un vice antérieur, ce qui écarte la garantie catastrophe naturelle.

Plusieurs associations de sinistrés et rapports parlementaires ont documenté cette hétérogénéité des conclusions selon le cabinet mandaté, à sinistre pourtant comparable. Le décret du 9 août 2026 ne crée pas un nouvel ordre professionnel, mais fixe un socle minimal de compétence en dessous duquel une personne morale ne peut plus se présenter comme expert sécheresse pour le compte d'un assureur.

Illustration graphique en aplats de couleur comparant deux lectures d'une même fissure en escalier : conclusion erronée qui écarte la sécheresse contre conclusion correcte qui l'identifie

Les deux voies pour devenir expert qualifié

Le texte ouvre deux chemins d'accès à la qualification, l'un fondé sur la formation, l'autre sur l'expérience déjà acquise. Dans les deux cas, la formation continue reste obligatoire pour conserver la qualification dans la durée.

Comparaison des deux voies d'accès à la qualification professionnelle des experts d'assurance sécheresse : soit 70 heures de formation dont 35 heures de terrain, soit une expérience de 30 sinistres traités sur 5 ans complétée par 14 heures de formation Voie formation Formation terrain (35 h) Formation théorique (35 h) 70 heures avant toute intervention Voie expérience 30 sinistres traités sur 5 ans Formation complémentaire (14 h) Expérience justifiée + 14 heures

Dans les deux cas : 14 heures de formation continue obligatoires tous les deux ans

Source : arrêté du 9 août 2026 relatif à la qualification professionnelle des personnes morales chargées des expertises en assurance sécheresse (JO du 11 août 2026).

Deux chemins mènent à la qualification, mais aucun n'est facultatif : à défaut, la structure ne peut plus légalement intervenir sur un dossier sécheresse pour le compte d'un assureur.

Ce qui change concrètement pour un dossier en cours

Le texte s'applique aux missions d'expertise engagées à compter du 12 août 2026 ; il ne prévoit pas d'annulation rétroactive des rapports déjà rendus avant cette date. Pour un dossier ouvert après cette date en revanche, l'assuré dispose d'un nouveau levier.

  • Le cabinet mandaté par l'assureur doit désormais pouvoir justifier de sa qualification sur simple demande
  • L'absence de qualification constitue un motif sérieux pour demander une contre-expertise ou contester les conclusions rendues
  • La qualification porte sur la personne morale (le cabinet), pas uniquement sur l'expert physique présent lors du rendez-vous
  • Le modèle de rapport d'expertise, déjà encadré par l'arrêté du 24 janvier 2025, reste applicable en parallèle de cette nouvelle exigence de qualification

Ce que le décret ne change pas

La qualification professionnelle porte sur la compétence de l'expert, pas sur son indépendance vis-à-vis de l'assureur qui le mandate et le rémunère : les deux sujets, bien que liés, restent juridiquement distincts.

Comment vérifier que l'expert mandaté par votre assureur est qualifié

Rien n'oblige l'assureur à annoncer spontanément la qualification de l'expert qu'il mandate. La vérification reste à l'initiative de l'assuré, avant ou après le rendez-vous d'expertise.

Illustration graphique en aplats de couleur détaillant l'anatomie d'un rapport d'expertise sécheresse conforme, avec mentions obligatoires mises en évidence par icônes
  1. Demander par écrit l'attestation de qualification du cabinet

    La demande, adressée à l'assureur ou directement au cabinet d'expertise, doit rester tracée par courrier ou e-mail pour figurer au dossier en cas de litige ultérieur.

  2. Vérifier la mention de qualification dans le rapport

    Un rapport conforme mentionne l'organisme ayant délivré la qualification et sa date de validité, au même titre que les autres mentions obligatoires du modèle type.

  3. Solliciter une contre-expertise indépendante en cas de doute

    Un diagnostic contradictoire, réalisé par un cabinet distinct de celui mandaté par l'assureur, objective l'origine du désordre indépendamment de la qualification en cause.

  4. Croiser les conclusions avec une étude de sol G5 si le désaccord persiste

    Une étude de sol G5, diagnostic géotechnique établi par un bureau d'études distinct, apporte une preuve technique supplémentaire, utile si la qualification de l'expert d'assurance reste contestée.

  5. Conserver tous les échanges avant toute décision de l'assureur

    En cas de refus d'indemnisation, ces éléments permettent d'argumenter un recours amiable puis, si nécessaire, une saisine du médiateur de l'assurance.

Calendrier et zones grises encore en discussion

Le texte est entré en vigueur très récemment, et plusieurs points d'application restent à préciser par la pratique et, potentiellement, par de futures instructions administratives.

Que se passe-t-il pour un dossier déjà expertisé avant le 12 août 2026 ?
Le rapport reste valable en l'état ; l'assuré peut toutefois demander une contre-expertise s'il estime les conclusions erronées, indépendamment de la question de la qualification.
Le décret s'applique-t-il aux experts indépendants exerçant en personne physique ?
Le texte vise les personnes morales chargées des expertises en assurance. Un expert indépendant mandaté directement par l'assuré, hors mandat d'assurance, n'entre pas dans le champ de ce décret spécifique.
Ce décret est-il lié à la loi Barusseau ?
Les deux textes traitent de sujets voisins (encadrement des sinistres sécheresse) mais restent juridiquement distincts : la loi Barusseau concerne la surprime Cat-Nat et n'était pas promulguée au moment de la publication de ce décret.
Quelles conséquences si un cabinet non qualifié intervient malgré tout ?
Le texte visant les personnes morales chargées des expertises en assurance, une intervention non conforme fragilise la valeur probante du rapport et constitue un argument de poids en cas de contestation ou de médiation.

En pratique, la qualification devient un point de contrôle supplémentaire à intégrer dans tout dossier sécheresse ouvert après le 12 août 2026, au même titre que les délais légaux de déclaration.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Dois-je redemander une expertise si la mienne date d'avant le décret ?

Pas automatiquement : le texte ne prévoit pas d'annulation rétroactive des rapports rendus avant le 12 août 2026. Si les conclusions vous semblent erronées, la voie reste la contre-expertise, indépendamment de la date.

Comment savoir si le cabinet mandaté par mon assureur est qualifié ?

En demandant par écrit une attestation de qualification et en vérifiant que le rapport mentionne l'organisme l'ayant délivrée, comme le prévoit désormais l'arrêté du 9 août 2026.

Le décret garantit-il l'indépendance de l'expert vis-à-vis de l'assureur ?

Non. Il fixe un niveau minimal de compétence technique, pas les conditions d'indépendance financière de l'expert envers l'assureur qui le mandate et le rémunère : ce sont deux sujets distincts.

Que faire si l'assureur refuse de communiquer la qualification de son expert ?

Ce refus constitue en lui-même un signal utile pour appuyer une demande de contre-expertise ou une saisine du médiateur de l'assurance en cas de désaccord persistant sur les conclusions rendues.

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