Chantier de reprise de fissures abandonné par l'entreprise : que faire pour finir les travaux

Une reprise en sous-oeuvre ne s'interrompt jamais à un bon moment. Les fondations sont dégagées, une partie des micropieux est forée, des étais tiennent un mur, et l'entreprise ne revient plus. Parfois le gérant répond qu'il reviendra, parfois un mandataire judiciaire écrit à sa place.

Ce chantier arrêté est plus fragile que la maison avant travaux. Les décisions des premiers jours comptent donc davantage que la procédure qui suivra : figer l'état du chantier, protéger les fondations ouvertes et comprendre ce que vous avez réellement payé.

Chantier abandonné devant un pavillon fissuré : sacs de ciment sous une bâche déchirée, armatures rouillées dans l'herbe, brouette renversée et terre déblayée le long de la façade
En bref

Que faire quand l'entreprise abandonne un chantier de réparation de fissures ?

Faites d'abord constater l'état exact du chantier le jour de l'arrêt, puis mettez la maison en sécurité. Comparez ensuite ce que vous avez payé à ce qui a réellement été construit. La suite dépend de la situation de l'entreprise : une entreprise silencieuse se met en demeure, une entreprise en redressement se voit demander si elle poursuit le contrat, une entreprise liquidée impose de déclarer votre créance dans les deux mois.

Les défaillances d'entreprises du bâtiment sont revenues à leur moyenne des années 2010

Ce scénario n'a rien d'exceptionnel. Selon la Banque de France, 14 383 entreprises du secteur de la construction ont fait l'objet d'une procédure de défaillance sur les douze mois de 2025, soit près de quarante par jour. Le chiffre était tombé à 8 404 en 2022, à la sortie des aides de la crise sanitaire, avant de remonter au niveau moyen des années 2010 à 2019.

Graphique en barres du nombre de défaillances d'entreprises de la construction en France, en cumul sur douze mois à fin décembre : 11 089 en 2019, 8 404 en 2022, 11 816 en 2023, 14 842 en 2024 et 14 383 en 2025, avec une ligne horizontale pour la moyenne 2010-2019 de 14 684.
Défaillances d'entreprises de la construction en France, cumul sur douze mois à fin décembre. Source : Banque de France, base Fiben.

Les travaux de reprise de fissures sont particulièrement exposés. Le chantier est long, le propriétaire verse des acomptes importants avant que la structure ne soit visible, et l'entreprise attend souvent elle-même le versement de l'indemnité différée de l'assureur. Une petite structure qui enchaîne deux chantiers en retard peut se retrouver en cessation de paiements au milieu du vôtre. Les vérifications à faire avant de signer, attestation décennale comprise, sont détaillées dans l'article sur le choix de l'entreprise de réparation.

Le jour de l'arrêt, on fige l'état exact du chantier

Tout ce qui suivra, qu'il s'agisse de la déclaration de créance, de l'entreprise de reprise ou de la discussion avec l'assureur, reposera sur un seul document : l'état du chantier au moment où l'entreprise est partie. Il doit être établi avant que quiconque ne touche à quoi que ce soit, vous compris.

Le rôle de chacun est comparé dans l'article huissier ou expert en bâtiment. Dans tous les cas, ne laissez pas une autre entreprise reprendre le chantier avant ce relevé : le travail de la première ne pourrait plus être distingué de celui de la seconde.

Le relevé du jour de l'arrêt, poste par poste

Ouvertes Fouilles le long des fondations Deux façades dégagées sur toute leur longueur, la troisième sur quatre mètres. Ce qu'il faut consigner
La longueur et la profondeur de chaque fouille, la présence d'eau au fond, la date d'ouverture d'après les photos de chantier.
7 sur 12 Micropieux Sept micropieux forés et injectés, cinq emplacements seulement piquetés. Ce qu'il faut consigner
Le nombre et la position de chaque pieu sur un plan, avec une photo de chaque tête. Réclamez les fiches de forage, qui donnent la profondeur atteinte.
Non réalisés Longrines et massifs de liaison Aucun ferraillage posé. Les têtes de pieux ne sont reliées à rien. Ce qu'il faut consigner
Une photo de chaque tête montrant qu'elle ne reprend encore aucune charge.
En place Étaiement Quatre étais sous le linteau de la baie du séjour. Ce qu'il faut consigner
Leur position, leur serrage et leur appui. L'entreprise peut venir reprendre son matériel, ce qui doit être anticipé.
Déposés Réseaux d'eaux pluviales Les descentes déversent directement dans la fouille. Ce qu'il faut consigner
Les points de rejet. C'est le désordre le plus urgent à corriger.
Pas traitées Fissures intérieures Les fissures n'ont été ni rebouchées ni agrafées. Ce qu'il faut consigner
Leur ouverture mesurée à date, pour vérifier ensuite que l'arrêt ne les aggrave pas.

Un commissaire de justice constate ce qu'il voit, et un expert explique ce que cela signifie pour la structure. Pour un chantier de fondations, le second est souvent plus utile que le premier, et les deux se combinent.

Une fondation ouverte ne peut pas attendre la fin de la procédure

Une fouille laissée ouverte contre une fondation sur argile expose le sol d'appui. Au soleil, il sèche en quelques semaines, sous la pluie, il se gorge d'eau et le fond de fouille se ramollit. Une semelle partiellement déchaussée, reprise par quelques micropieux encore libres, travaille alors dans les pires conditions.

Photographie d'une tranchée ouverte le long de la fondation d'un pavillon enduit : la semelle en béton est apparente, plusieurs têtes de micropieux en acier dépassent du fond boueux, de l'eau stagne au pied du mur et des herbes commencent à pousser sur le déblai.
Des têtes de micropieux qui ne sont encore reliées à aucune longrine, au fond d'une fouille où l'eau stagne. Ces micropieux ne portent encore rien.

Les mesures conservatoires sont limitées et réversibles : raccorder provisoirement les descentes d'eaux pluviales loin des fondations, bâcher les fouilles, vérifier les étais, interdire l'accès. Faites-les décrire par écrit par un professionnel, conservez les factures et prévenez l'entreprise ou son mandataire par lettre recommandée. Ces frais font partie de votre préjudice. En revanche, ne faites ni couler les longrines ni remblayer : ce sont des travaux de structure, qui doivent être conçus avec le reste de la reprise. Le principe des micropieux et de leurs liaisons est présenté dans l'article sur la reprise en sous-oeuvre par micropieux.

L'écart entre ce que vous avez payé et ce qui est construit se calcule

Les acomptes d'un chantier de reprise suivent rarement l'avancement réel. Un premier versement à la commande, un second au démarrage des forages, puis un troisième « à mi-chantier » : à l'arrêt, le propriétaire a souvent payé bien plus que ce qui est réalisé. Cet écart est la somme qui manque pour finir les travaux. C'est aussi le montant de la créance à déclarer, et la base de la discussion avec l'assureur.

Le reste du chantier coûtera en général plus cher que ce qu'il restait à payer. Une nouvelle entreprise doit reprendre un ouvrage commencé par une autre, vérifier les micropieux déjà forés et en assumer la responsabilité, ce qui renchérit son prix. Faites établir le devis de reprise avant de chiffrer votre créance, pour y inclure ce surcoût. Si l'indemnité de l'assureur a été versée en deux temps, le solde n'est souvent débloqué que sur factures : la façon de le préserver est expliquée dans l'article sur la quittance et l'indemnité différée.

Illustration technique en coupe d'un mur de pavillon sur sol argileux pendant une reprise en sous-oeuvre interrompue : la fouille est ouverte, trois micropieux sont forés sous la semelle mais aucune longrine ne les relie, une seconde fouille reste ouverte avec de l'eau au fond et un étai soutient l'ouverture à l'intérieur.
Une reprise arrêtée avant les longrines : les micropieux sont forés mais la semelle repose encore entièrement sur le sol argileux.

Payé contre réalisé, sur un marché de reprise interrompu

Exemple fictif
Payé 60 % · 28 800 € Réalisé 37 % · 17 760 €
Installation, terrassement des fouilles Poids dans le marché 10 % réalisé 100 %
Forage et injection des micropieux Poids dans le marché 45 % réalisé 60 %
Longrines et massifs de liaison Poids dans le marché 25 % réalisé 0 %
Remblai, drainage, réseaux Poids dans le marché 10 % réalisé 0 %
Traitement des fissures et finitions Poids dans le marché 10 % réalisé 0 %

Chaque lot est pondéré par son poids dans le devis, puis multiplié par son taux d'avancement constaté sur place. Le devis détaillé et le relevé du jour de l'arrêt suffisent à refaire ce calcul.

La situation de l'entreprise décide de la route à suivre

Une entreprise qui ne répond plus n'est pas forcément en faillite, et une entreprise en redressement n'a pas forcément abandonné votre chantier. Consultez le registre du commerce et le BODACC avant toute démarche, avec son numéro SIREN. La présence ou l'absence d'un jugement d'ouverture change entièrement la marche à suivre.

La faillite de l'entreprise ne fait pas disparaître son assurance décennale, à condition qu'elle ait été en vigueur à l'ouverture du chantier : la démarche est détaillée dans l'article sur le constructeur liquidé et la garantie décennale. Avant la réception, ce sont d'autres règles qui s'appliquent, et l'assurance dommages-ouvrage ne joue qu'après une mise en demeure restée sans effet et la résiliation du contrat. Ce cas est présenté dans l'article sur la maison fissurée avant la réception.

Trois situations, trois procédures différentes

Entreprise active, mais absente du chantier Aucun jugement au BODACC. Le gérant promet de revenir, ou ne répond plus.
  1. Mise en demeure Lettre recommandée qui fixe une date de reprise, par exemple quinze jours, et annonce les suites.
  2. Exécution par un tiers Faute de reprise, l'article 1222 du Code civil permet de faire finir les travaux par une autre entreprise, dans un délai et à un coût raisonnables, puis d'en réclamer le prix à la première.
  3. Résolution du contrat Vous pouvez aussi notifier la fin du contrat à vos risques, en cas de manquement grave et après une mise en demeure restée sans effet.

Où cela vous mène : Remboursement de l'écart et du surcoût, à réclamer à l'entreprise et, si besoin, devant le juge.

Entreprise en sauvegarde ou en redressement Jugement d'ouverture publié au BODACC, avec le nom d'un administrateur judiciaire.
  1. Déclaration de créance Auprès du mandataire judiciaire, dans les deux mois de la publication au BODACC, pour l'écart payé et non réalisé.
  2. Question à l'administrateur Lettre recommandée lui demandant s'il poursuit votre contrat. Son silence pendant un mois vaut renonciation, et le contrat est alors résilié.
  3. Décision S'il poursuit, l'entreprise doit finir le chantier. Sinon, vous êtes libre de confier la suite à une autre entreprise.

Où cela vous mène : Soit la reprise du chantier par l'entreprise, soit votre liberté de la remplacer, avec une créance déclarée.

Entreprise en liquidation judiciaire Jugement de liquidation au BODACC, avec le nom d'un liquidateur.
  1. Déclaration de créance Auprès du liquidateur, dans les deux mois de la publication. Les acomptes versés y figurent avec le devis et le relevé de l'arrêt.
  2. Réception des travaux faits Une réception, même partielle et avec réserves, est le point de départ des garanties de l'ouvrage. Faites-la constater avec le liquidateur, qui représente l'entreprise.
  3. Assureurs Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage, déclarez le sinistre. Après réception, l'assureur décennal de l'entreprise reste tenu des désordres graves des travaux qu'elle a réalisés.

Où cela vous mène : Une créance rarement payée, mais des assureurs qui restent mobilisables pour ce qui a été construit.

Les délais de deux mois et d'un mois sont stricts. Datez chaque envoi et conservez les accusés de réception.

La reprise du chantier commence par vérifier ce qui a été fait

L'entreprise qui reprend ne peut pas garantir des micropieux qu'elle n'a pas forés sans savoir ce qu'ils valent. Elle demandera les fiches de forage, parfois un essai de chargement sur un pieu, et un plan de reprise mis à jour qui tienne compte de l'état réel. Sans ce contrôle, la seconde entreprise posera des réserves sur tout l'ouvrage existant, et sa garantie décennale ne couvrira que ce qu'elle aura elle-même réalisé.

Avant de la choisir, faites réévaluer la structure. Le chantier a pu modifier l'équilibre de la maison : des fissures ont pu s'ouvrir pendant l'arrêt, et une partie des travaux prévus n'est peut-être plus adaptée. Une évaluation des risques structurels à ce stade permet de rédiger le cahier des charges de la reprise et de répartir clairement les responsabilités entre ce qui a été fait et ce qui reste à faire.

Photographie d'un pavillon de banlieue en chantier interrompu, entouré de barrières de chantier grillagées, avec des étais métalliques sous une ouverture de façade, une bâche plastique sur une tranchée et un tas de terre au pied du mur.
Un chantier sécurisé en attente de reprise : barrières, étais et fouilles bâchées tiennent le temps de la procédure, pas davantage.

Si l'assureur avait choisi lui-même l'entreprise dans le cadre d'une réparation en nature, la situation est différente : c'est lui qui s'est engagé à faire réparer, et c'est vers lui qu'il faut se tourner. Ce mécanisme est expliqué dans l'article sur la réparation en nature par une entreprise partenaire. Enfin, si vous vendez la maison plus tard, l'acquéreur demandera le dossier complet de la reprise, y compris l'épisode de l'abandon. Les pièces qu'il réclamera sont listées dans l'article pour acheter une maison reprise en sous-oeuvre, et il vaut mieux les réunir dès maintenant.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Combien de temps attendre avant de considérer le chantier comme abandonné ?

Aucun délai n'est fixé par la loi. Ce qui compte, c'est la mise en demeure : une lettre recommandée qui fixe une date de reprise raisonnable, par exemple quinze jours. Si elle reste sans effet, l'abandon est caractérisé et vous pouvez agir, sauf si l'entreprise fait l'objet d'une procédure collective, auquel cas ce sont les règles de cette procédure qui s'appliquent.

Puis-je faire terminer les travaux par une autre entreprise tout de suite ?

Pas avant d'avoir fait constater l'état du chantier et, si l'entreprise est en redressement, avant que l'administrateur ait renoncé au contrat, expressément ou par son silence d'un mois. Faire finir trop tôt mélange les travaux des deux entreprises et peut vous priver de vos recours contre la première.

Les acomptes versés à une entreprise en liquidation sont-ils perdus ?

Souvent en grande partie, car les créanciers ordinaires passent après les salariés et l'État. Déclarer la créance dans les deux mois reste indispensable : c'est la seule façon d'être payé si des fonds sont répartis, et la déclaration prouve le montant de votre préjudice auprès des autres intervenants.

L'indemnité de l'assureur sécheresse couvre-t-elle le surcoût de la reprise ?

Pas automatiquement. L'indemnité est fixée pour réparer le dommage, et l'abandon du chantier par l'entreprise est un autre risque. Prévenez tout de même l'assureur de l'arrêt du chantier, et demandez-lui comment le solde de l'indemnité sera versé à la nouvelle entreprise. S'il avait imposé l'entreprise dans le cadre d'une réparation en nature, il reste tenu de faire réparer.

Les micropieux déjà forés devront-ils être refaits ?

Pas forcément. Si les fiches de forage existent et que les profondeurs atteintes correspondent à l'étude, la nouvelle entreprise peut les reprendre, éventuellement après un essai de chargement. Sans fiches, elle peut refuser de s'engager sur des pieux qu'elle ne peut pas contrôler, et en proposer de nouveaux à côté.

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