Local commercial fissuré par la sécheresse : la perte d'exploitation est-elle indemnisée ?

Les fissures sont apparues à la fin de l'été, la vitrine s'est mise à forcer, puis l'arrêté de catastrophe naturelle est tombé. Pour un particulier, la question est de savoir si les réparations seront prises en charge. Pour un commerçant, il y en a une seconde, souvent plus lourde : qui paie les semaines où la boutique devra fermer pendant les travaux ?

La réponse tient à un contrat que beaucoup de petits commerces n'ont pas, et à un calcul que peu de commerçants font avant d'en avoir besoin. Voici les conditions, la méthode de calcul, et le dossier à monter avant de rouvrir.

Boutique de centre-bourg francilien au rideau métallique baissé, avec une fissure en escalier qui monte de l'angle de la vitrine et des barrières de chantier sur le trottoir
En bref

Un commerçant dont le local est fissuré par la sécheresse est-il indemnisé de sa perte d'exploitation ?

Oui, mais seulement s'il a souscrit une garantie pertes d'exploitation : l'article L. 125-1 du Code des assurances l'étend alors aux catastrophes naturelles, dans les conditions du contrat. Il faut aussi un dommage matériel aux biens assurés reconnu au titre de l'arrêté, et une perte prouvée par la comptabilité. L'indemnité porte sur la marge brute perdue, pas sur le chiffre d'affaires, après une franchise légale de 3 jours ouvrés avec un minimum de 1 140 euros.

Ce n'est pas la sécheresse qui ferme la boutique, ce sont les travaux

Un local fissuré par le retrait-gonflement des argiles reste le plus souvent ouvert pendant des mois. Les désordres progressent lentement, les portes frottent, la clientèle remarque à peine les fissures. La fermeture arrive plus tard, et d'un coup : quand l'expertise conclut à une reprise en sous-œuvre par micropieux, avec forage dans le local, dépose du carrelage et parfois du mobilier fixe.

Il existe un autre scénario, plus brutal : quand l'état du bâtiment fait craindre pour la sécurité du public, le maire peut prendre un arrêté de mise en sécurité qui interdit l'accès au local. La procédure et ses délais sont décrits dans l'article sur l'arrêté de péril pour fissures. Dans les deux cas, la perte est réelle, mais elle n'est indemnisée que si trois conditions sont réunies.

Illustration graphique en aplats d'une devanture de commerce au rez-de-chaussée, rideau métallique baissé, barrières de chantier devant la porte, une petite foreuse de micropieux visible à l'intérieur par la vitrine et une fissure en escalier qui remonte de l'angle de la vitrine
La perte d'exploitation naît pendant le chantier de reprise, souvent des mois après l'apparition des fissures.

Trois verrous à ouvrir, dans l'ordre

L'article L. 125-1 du Code des assurances est explicite : si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles, dans les conditions prévues au contrat. Autrement dit, la loi ne crée pas la garantie, elle étend celle qui existe déjà. Un commerçant qui n'a pas de garantie pertes d'exploitation dans sa multirisque professionnelle ne sera pas indemnisé de sa fermeture, même si l'arrêté couvre sa commune.

La porte de l'indemnité

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  1. 1Une garantie pertes d'exploitation souscrite

    Elle figure aux conditions particulières de la multirisque professionnelle, avec sa période d'indemnisation et son plafond.

    Si ce verrou reste fermé Aucune indemnité pour la fermeture, quel que soit l'arrêté.

  2. 2Un dommage matériel reconnu au titre de l'arrêté

    La perte doit découler de dommages aux biens assurés, eux-mêmes indemnisés au titre de la catastrophe naturelle.

    Si ce verrou reste fermé Si l'expertise écarte la sécheresse comme cause déterminante, la perte d'exploitation tombe avec elle.

  3. 3Une perte prouvée par les comptes

    Bilans, comptes de résultat, chiffre d'affaires mensuel sur les exercices précédents : l'expert compare avec ce que l'activité aurait dû produire.

    Si ce verrou reste fermé Une perte estimée sans pièces comptables est ramenée à ce qui peut être justifié.

Le deuxième verrou est le plus souvent oublié : un désaccord sur la cause des fissures bloque à la fois les réparations et la perte d'exploitation.

Code des assurances, art. L. 125-1 ; France Assureurs, catastrophes naturelles et biens professionnels.

La déclaration suit le même calendrier que pour les dommages matériels : dans les trente jours qui suivent la publication de l'arrêté. La marche à suivre est détaillée pas à pas dans le guide pour déclarer une fissure à son assurance. Mieux vaut y mentionner d'emblée la garantie pertes d'exploitation, même si la fermeture n'a pas encore eu lieu.

L'assureur indemnise une marge brute, pas un chiffre d'affaires

C'est le malentendu le plus fréquent. Un commerce fermé six semaines ne perd pas six semaines de chiffre d'affaires : il cesse aussi d'acheter la marchandise qu'il aurait revendue. La garantie pertes d'exploitation couvre donc la marge brute perdue, c'est-à-dire ce qui aurait servi à payer les frais généraux permanents et à dégager un résultat, ainsi que les frais supplémentaires engagés pour limiter la perte. Les charges que la fermeture a permis d'économiser viennent en déduction.

L'exemple ci-dessous est fictif. Il reprend un commerce de proximité fermé 45 jours ouvrés pendant une reprise en sous-œuvre, pour montrer l'ordre du calcul, pas un barème.

Exemple de calcul, étape par étape

La marge brute perdue

Chiffre d'affaires non réalisé sur la période 45 000 €
Taux de marge brute tiré des comptes 55 %
Marge brute perdue 24 750 €

Les frais en plus, les économies en moins

Marge brute perdue 24 750 €
Frais supplémentaires : stand provisoire, déménagement du stock 3 200 €
Charges économisées pendant la fermeture 1 500 €
Perte indemnisable 26 450 €

La franchise légale

Perte indemnisable 26 450 €
3 jours ouvrés de perte, à 550 € par jour (au moins 1 140 €) 1 650 €
Indemnité estimée, dans la limite du plafond du contrat 24 800 €

Chiffres d'exemple. Le taux de marge brute retenu est celui des derniers exercices, et le contrat peut prévoir une définition propre de la marge ou des frais couverts.

Ce raisonnement est différent de celui qui s'applique à un particulier privé de son logement, où l'on parle de frais de relogement ou de perte de jouissance ; ces postes sont analysés dans l'article sur les préjudices annexes aux fissures.

La franchise et la période d'indemnisation, sur un calendrier

Deux bornes encadrent l'indemnité dans le temps. La franchise légale d'abord : pour les pertes d'exploitation, elle est de trois jours ouvrés, avec un minimum de 1 140 euros, ou la franchise du contrat si elle est plus élevée. Les dommages matériels aux biens professionnels ont leur propre franchise, fixée à 10 % des dommages avec un minimum de 1 140 euros, porté à 3 050 euros pour la sécheresse. Leur fonctionnement général est détaillé dans l'article sur la franchise catastrophe naturelle.

La période d'indemnisation ensuite, fixée par le contrat. C'est elle qui décide jusqu'à quand les pertes sont prises en charge, et son point de départ compte autant que sa durée. Avec la sécheresse, les travaux de reprise interviennent souvent longtemps après l'apparition des fissures : il faut lire dans le contrat à partir de quel événement la période commence à courir.

Négocier la date du chantier

Quand c'est possible, caler la reprise sur la période creuse de l'activité réduit la perte et la franchise. Encore faut-il en garder la trace écrite : l'assureur ne doit pas pouvoir soutenir ensuite que la fermeture a été choisie sans nécessité.

Variante : un chantier plus long que la période couverte

LMMJV
Sem. 1 12345
Sem. 2 678910
Sem. 3 1112131415
Sem. 4 1617181920
Sem. 5 2122232425
Sem. 6 2627282930
Sem. 7 3132333435
Sem. 8 3637383940
Sem. 9 4142434445
Sem. 10 4647484950
  • Franchise légale : 3 jours ouvrés non indemnisés
  • Jours de fermeture indemnisés
  • Jours au-delà de la période d'indemnisation du contrat

Exemple fictif de 50 jours ouvrés de fermeture. La durée de la période d'indemnisation et son point de départ varient d'un contrat à l'autre : ce sont les deux lignes à relire avant de fixer la date du chantier.

Bailleur, locataire, copropriété : qui déclare quoi

Un commerce est rarement propriétaire de ses murs, et les murs sont souvent dans un immeuble en copropriété. Chaque contrat couvre ce qui lui revient, et chaque assuré déclare à son propre assureur, dans le même délai.

  • Le propriétaire des murs déclare les dommages au gros œuvre à l'assureur qui couvre le bâtiment. S'il perçoit une garantie perte de loyers, elle relève de son propre contrat.
  • Le commerçant locataire déclare à sa multirisque professionnelle les dommages à ses aménagements, à son stock et à son matériel, et la perte d'exploitation.
  • Le syndic déclare les parties communes si le local est situé dans une copropriété ; le partage entre syndic et copropriétaires est détaillé dans l'article sur la déclaration des fissures de sécheresse en copropriété.
  • Le bail commercial décide de la répartition des travaux et, parfois, du sort du loyer pendant la fermeture : c'est lui qu'il faut relire avant toute discussion.

La répartition des réparations entre bailleur et locataire d'un local professionnel, hors perte d'exploitation, est traitée dans l'article sur les fissures d'un local commercial ou de bureaux. Le cas particulier d'un établissement exploité sous bail commercial par un gestionnaire distinct du propriétaire est détaillé à propos de l'EHPAD fissuré entre bailleur et exploitant.

Les commerces, minoritaires dans les sinistres sécheresse

Les chiffres de la Caisse centrale de réassurance éclairent une difficulté pratique. Sur trente ans, les professionnels ne représentent qu'une part minoritaire de la sinistralité catastrophe naturelle, et cette part se réduit encore les années de forte sécheresse, quand les maisons individuelles concentrent l'essentiel des dossiers. Un commerce fissuré arrive donc dans une file d'attente pensée pour des particuliers.

Qui porte la sinistralité catastrophe naturelle

21 %professionnels

Période 1995-2024

  • Particuliers : 79 %
  • Professionnels : 21 %
12 %professionnels

Années de forte sécheresse

  • Particuliers : 88 %
  • Professionnels : 12 %

Années de forte sécheresse retenues par la CCR : 2011, 2016, 2018, 2019, 2020 et 2022.

Caisse centrale de réassurance, La sinistralité en chiffres, données 1995-2024.

Concrètement, l'expert missionné l'est d'abord pour les dommages au bâtiment. La perte d'exploitation, qui demande une lecture comptable, arrive souvent en second, voire après la clôture du volet matériel si personne ne la réclame. Les délais imposés à l'assureur après un arrêté sécheresse s'appliquent pourtant à l'ensemble du sinistre, perte d'exploitation comprise.

Le dossier à constituer avant de rouvrir

Une perte d'exploitation se prouve après coup, mais avec des pièces qui doivent être réunies pendant la fermeture. Le plus sûr est de préparer le dossier dès que la date du chantier est connue.

Les pièces comptables
Les deux ou trois derniers bilans et comptes de résultat, le chiffre d'affaires mois par mois sur la même période des années précédentes, et l'attestation de l'expert-comptable sur le taux de marge brute.
La preuve de la fermeture
Les dates exactes de fermeture et de réouverture, les échanges avec l'entreprise de reprise, et le cas échéant l'arrêté municipal de mise en sécurité ou l'avis qui imposait l'évacuation du local.
Les frais engagés pour limiter la perte
Factures de stockage, de location d'un emplacement provisoire, de déménagement du stock ou de communication auprès de la clientèle. Ils ne sont indemnisés que s'ils ont réduit la perte, et que l'assureur en a été informé.
L'état technique du local
Un diagnostic des risques structurels du local établi avant le chantier fixe l'origine des désordres et justifie la durée de fermeture ; c'est aussi la pièce qui ouvre le deuxième verrou.

Pour un commerce, le diagnostic du local ne se limite pas à la cause des fissures : il doit dire si l'activité peut continuer pendant les travaux, et à quelles conditions. Cette approche propre aux locaux commerciaux fissurés tient compte de l'accueil du public, des vitrines et des charges d'exploitation.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Ma multirisque professionnelle couvre-t-elle automatiquement la perte d'exploitation en cas de sécheresse ?

Seulement si votre contrat comporte une garantie pertes d'exploitation. L'article L. 125-1 du Code des assurances étend cette garantie aux catastrophes naturelles quand elle existe, mais ne la crée pas. Vérifiez vos conditions particulières.

Quelle franchise s'applique à la perte d'exploitation après un arrêté sécheresse ?

Une franchise légale de trois jours ouvrés, avec un minimum de 1 140 euros, ou la franchise prévue au contrat si elle est plus élevée. Elle s'ajoute à la franchise qui s'applique aux dommages matériels.

La perte d'exploitation est-elle calculée sur le chiffre d'affaires perdu ?

Non. Elle porte sur la marge brute perdue, augmentée des frais supplémentaires engagés pour limiter la perte et diminuée des charges économisées pendant la fermeture. Le taux de marge est tiré des comptes des derniers exercices.

Je suis locataire de mon local : qui déclare le sinistre ?

Vous déclarez à votre assureur vos aménagements, votre stock, votre matériel et la perte d'exploitation. Le propriétaire des murs déclare les dommages au bâtiment à son propre assureur, et le syndic les parties communes si le local est en copropriété.

Que se passe-t-il si l'expert écarte la sécheresse comme cause des fissures ?

La perte d'exploitation n'est pas indemnisée au titre de la catastrophe naturelle, puisqu'elle dépend d'un dommage matériel reconnu comme tel. Contester la conclusion sur la cause est alors la première étape, pour les réparations comme pour la fermeture.

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