Un dallage sur terre-plein ne s'appuie pas sur les murs, il repose sur le sol
Dans la plupart des pavillons de plain-pied, le plancher bas est un dallage : une couche de béton de dix à quinze centimètres coulée sur un lit de cailloux, lui-même posé sur le terrain naturel. Le dallage ne porte pas les murs et les murs ne le portent pas. Il se contente de transmettre au sol, mètre carré par mètre carré, le poids des meubles et des occupants.
Cette conception est économique et parfaitement saine sur un sol stable. Sur une argile qui change de volume avec son humidité, elle devient une faiblesse : le dallage n'a aucune raison de rester en place quand le sol sous lui monte ou descend.
Deux façons de construire le sol d'une pièce, vues en coupe
Dallage sur terre-plein
Le béton repose sur le sol. Quand l'argile gonfle, elle pousse le dallage ; quand elle sèche, elle le laisse retomber, souvent de façon inégale.
Dalle portée
Le béton armé franchit la pièce d'un appui à l'autre. Un vide de quelques centimètres à plusieurs dizaines le sépare de l'argile, qui peut gonfler sans rien soulever.
Les épaisseurs sont exagérées pour la lisibilité.
Les mouvements d'un dallage se traduisent par des signes caractéristiques que nous retrouvons d'une maison à l'autre : fissures droites qui traversent les carreaux, bosse au centre de la pièce ou affaissement le long des murs, plinthes décollées, cloisons posées sur le dallage qui se fissurent alors que les murs porteurs restent intacts. Le guide sur les fissures de dalle béton aide à distinguer ces désordres d'un simple retrait du béton.
Sur argile, le sol pousse bien plus fort que le dallage ne pèse
On imagine volontiers qu'un dallage lourd, bien armé, finira par tenir l'argile en respect. Les ordres de grandeur disent le contraire. Un dallage de douze centimètres pèse environ 3 kilopascals, soit 300 kilos par mètre carré. Les charges d'un logement retenues par l'Eurocode, meubles et occupants compris, ajoutent 1,5 kilopascal.
En face, la pression de gonflement d'une argile, c'est-à-dire la pression qu'il faudrait lui opposer pour l'empêcher de gonfler, se mesure en dizaines ou en centaines de kilopascals. Pour l'argile verte de Romainville, très répandue dans l'est parisien, un essai de laboratoire publié en 2010 l'a établie à 60 kilopascals sur un échantillon reconstitué.
Un échantillon de laboratoire ne remplace pas une mesure sur votre terrain : l'argile en place, plus dense ou plus sèche, peut pousser plus fort encore. L'écart reste trop grand pour qu'un dallage plus épais ou plus armé règle le problème. C'est pour cette raison que l'on voit des dallages se soulever après les pluies dans des maisons par ailleurs bien construites.
Injection, recalage ou dalle portée : ce qui fait basculer la décision
Toutes les dalles fissurées ne se remplacent pas. Deux questions orientent notre choix : le sol bouge-t-il encore, et de combien le dallage s'est-il déformé ? Le schéma place chaque réparation sur ces deux axes.
Quatre réparations, deux questions
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Traiter les fissures du revêtement
Le mouvement est fini et le dallage à peine déformé : joints souples, reprise du carrelage, éventuellement un ragréage.
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Combler le vide par injection
Le remblai s'est tassé une fois pour toutes et a laissé un vide : un coulis ou une résine le comble et peut recaler le dallage.
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Mesurer avant d'agir
Le sol bouge mais le dallage souffre peu : on traite les causes autour de la maison et l'on suit les fissures sur un cycle de saisons.
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Remplacer par une dalle portée
L'argile gonfle et se rétracte encore et le dallage s'est fortement déformé : tant qu'il touchera le sol, il bougera avec lui.
Une injection sous un dallage posé sur une argile active peut aggraver le soulèvement à la saison humide suivante : la résine ajoute du volume là où l'argile en reprendra.
La case B correspond à l'affaissement d'une dalle sur un remblai mal compacté, où l'injection de résine dans le sol donne de bons résultats. La case D est celle de ce chantier. Entre les deux, tout repose sur le diagnostic de la cause : la même fissure peut venir d'un remblai tassé ou d'une argile active, et seule une identification du type de fissure sur place, complétée d'une étude de sol, permet de trancher.
Ce qui porte la dalle quand elle ne touche plus le sol
Une dalle portée a besoin d'appuis. Le plus souvent, ce sont des longrines, des poutres de béton armé coulées le long des murs et parfois au milieu de la pièce, qui reposent elles-mêmes sur les fondations existantes ou, si celles-ci bougent aussi, sur des plots ou des micropieux. Sous la dalle, il faut ménager un espace libre. Trois solutions existent en rénovation.
Trois manières de ménager le vide sous la nouvelle dalle
Un vide sanitaire ventilé
Quand la retenirQuand on peut décaisser assez profond sans descendre sous les fondations, et créer des entrées d'air dans les murs.
Ce qu'elle imposeLe décaissement est important et les fondations doivent être assez profondes pour ne pas être déchaussées.
Un coffrage perdu dégradable
Quand la retenirDes caissons alvéolaires en carton sont posés sur l'argile et la dalle est coulée dessus. Ils se dégradent ensuite et laissent un vide de décompression.
Ce qu'elle imposeLe vide n'a que quelques centimètres : il absorbe un gonflement modéré, pas un soulèvement de grande ampleur.
Un plancher à poutrelles et entrevous
Quand la retenirDes poutrelles préfabriquées franchissent la pièce d'une longrine à l'autre, avec des entrevous et une dalle de compression coulée par-dessus.
Ce qu'elle imposeLa hauteur totale du plancher est plus grande : il faut souvent abaisser le niveau du sol en dessous ou rehausser les seuils.
Le choix dépend de l'amplitude de gonflement attendue, que donne l'étude de sol, et de la hauteur disponible entre les fondations et le niveau fini. Quand les fondations des murs bougent elles aussi, la dalle portée ne suffit pas : il faut d'abord les stabiliser, par exemple par une reprise en sous-œuvre par plots béton ou par micropieux, sans quoi la nouvelle dalle suivrait ses appuis.
Le chantier pièce par pièce, de la démolition au nouveau carrelage
Remplacer un dallage est un vrai chantier de gros œuvre, mené pièce par pièce dans une maison habitée. Voici son déroulé, tel que nous le suivons sur les maisons que nous accompagnons.
Six étapes, une même pièce
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Vider la pièce et repérer les réseaux
Meubles, cloisons légères et revêtements partent. Les canalisations noyées dans le dallage sont repérées avant le premier coup de marteau-piqueur.
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Démolir le dallage
Le béton est découpé et évacué par morceaux. Les murs ne bougent pas, puisqu'ils ne s'appuyaient pas sur lui.
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Décaisser et régler le fond
Le lit de cailloux et une partie de l'argile sont retirés pour atteindre la hauteur nécessaire sous la future dalle.
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Couler les longrines
Les poutres d'appui sont coffrées, armées et coulées le long des murs, ancrées sur les fondations ou sur de nouveaux appuis.
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Poser le vide et ferrailler
Caissons de carton, poutrelles ou vide sanitaire selon l'option retenue, puis les armatures de la dalle, posées sur cales.
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Couler la dalle et refaire le sol
La dalle est coulée d'un seul tenant. Chape, isolant éventuel et carrelage viennent quand le béton a suffisamment séché.
Réseaux, humidité, seuils de porte : ce qu'il faut régler avant de couler
Les surprises d'un tel chantier se cachent presque toutes sous l'ancien dallage. Nous demandons qu'elles soient traitées avant la commande définitive, parce qu'elles changent le devis.
Ce que l'on trouve sous un dallage de plain-pied
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Évacuations des eaux usées
Les canalisations qui partent de la cuisine et de la salle d'eau traversent le dallage. Une fuite ancienne y est souvent la cause d'un tassement local : on la répare ou on la remplace, et on la suspend sous la nouvelle dalle plutôt que de la poser sur l'argile.
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Arrivée d'eau
Une conduite rigide prise dans un dallage qui bouge finit par casser. Elle est remplacée par une conduite souple, avec un fourreau là où elle traverse la dalle.
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Gaines électriques
Les gaines noyées sont repérées, puis remplacées ou repassées dans des fourreaux neufs avant le coulage.
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Plancher chauffant
Un ancien plancher chauffant est perdu avec le dallage. Le nouveau se pose sur la dalle portée, avec son isolant.
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Seuils et niveaux
Le niveau fini doit retomber au même endroit qu'avant, sous les portes et les fenêtres basses. L'épaisseur de l'ensemble se calcule à partir de ce niveau.
Le vide sous la dalle doit aussi rester sec : sans ventilation ni drainage, il se transforme en réservoir d'humidité qui remonte par les murs.
Cette question de l'humidité concerne surtout les vides sanitaires, qui ont leurs propres désordres, détaillés dans l'article sur les fissures de vide sanitaire. Un vide de décompression laissé par du carton ne se ventile pas : il faut alors couper l'arrivée d'eau par l'extérieur, avec un drainage périphérique si le terrain la concentre au pied des murs.
Assurance et garanties quand on remplace le plancher bas
Remplacer un dallage par une dalle portée crée un ouvrage neuf. L'entreprise qui le réalise engage sa garantie décennale, dont l'attestation doit couvrir les travaux de gros œuvre et pas seulement la pose de carrelage. Une assurance dommages-ouvrage permet d'être indemnisé rapidement si la dalle se fissure dans les dix ans, sans attendre que les responsabilités soient établies.
Lorsque le mouvement du dallage vient d'une sécheresse reconnue en catastrophe naturelle dans votre commune, l'indemnisation doit couvrir la réparation durable du dommage et pas seulement le carrelage fendu. Les assureurs proposent parfois une injection, moins coûteuse, alors que l'argile reste active. Dans ce cas, une contre-expertise qui démontre que seule une dalle portée met fin au désordre change souvent l'issue du dossier.