Reprise en sous-œuvre par plots béton coulés en passes alternées : comment nous approfondissons une fondation sans jamais laisser le mur dans le vide

Quand une maison se fissure parce que l'argile bouge sous ses fondations, la réparation durable consiste presque toujours à poser le mur sur un sol plus profond, plus stable. Le mot de micropieux vient tout de suite à l'esprit, avec un devis à la hauteur. Il existe pourtant une technique plus ancienne et plus simple, que les entreprises de maçonnerie pratiquent depuis des générations : la reprise par plots de béton coulés en passes alternées.

Nous la recommandons régulièrement sur les pavillons franciliens, et nous la déconseillons tout aussi souvent. Tout dépend de la profondeur du bon sol, de la présence d'eau et de l'état du mur. Voici comment elle fonctionne, geste par geste, et comment savoir si elle convient à votre maison.

Pavillon en meulière en chantier de reprise en sous-œuvre : au pied de la façade, des fouilles étroites étayées alternent avec des tronçons de terre laissés intacts, un plot de béton frais au fond de la plus proche et une fissure en escalier dans la maçonnerie
En bref

Qu'est-ce qu'une reprise en sous-œuvre par plots béton, et quand suffit-elle ?

C'est la méthode traditionnelle pour approfondir une fondation : on creuse sous la semelle existante par tronçons d'environ un mètre, jamais deux tronçons voisins à la fois, et l'on coule dans chaque fouille un plot de béton qui descend jusqu'à un sol que la sécheresse n'atteint plus. Un mortier bourré à refus, le matage, remet ensuite le mur en appui. Elle convient quand ce sol porteur se trouve à faible profondeur, en pratique un à trois mètres sous le terrain. Plus bas, ou en présence d'eau, les micropieux prennent le relais.

Près d'une maison francilienne sur deux a été bâtie avant que l'on se méfie de l'argile

Le recensement de l'INSEE compte en Île-de-France 1 425 153 maisons individuelles occupées en résidence principale. Parmi elles, 611 903 ont été achevées avant 1971, soit 42,9 %. Dans les départements de petite couronne, la proportion dépasse la moitié : 54,9 % en Seine-Saint-Denis, 56,3 % dans le Val-de-Marne et 65,9 % dans les Hauts-de-Seine.

Ces maisons ont été construites bien avant que la sécheresse ne soit reconnue comme catastrophe naturelle en Île-de-France, ce qui n'est arrivé qu'à partir de 1989. Leurs semelles filantes ont été dimensionnées pour porter le mur, pas pour échapper au retrait-gonflement des argiles. Quand nous les dégageons en sondage, nous les trouvons souvent à quelques dizaines de centimètres sous le terrain, dans la tranche de sol qui sèche chaque été.

Graphique en barres horizontales de la part des maisons individuelles en résidence principale achevées avant 1971 par département d'Île-de-France : Paris 75,0 %, Hauts-de-Seine 65,9 %, Val-de-Marne 56,3 %, Seine-Saint-Denis 54,9 %, Val-d'Oise 40,6 %, Yvelines 38,6 %, Essonne 36,5 %, Seine-et-Marne 35,2 %, moyenne régionale 42,9 %
Source : INSEE, recensement 2022, base chiffres clés logement, maisons individuelles en résidence principale. Paris ne compte que 9 600 maisons, d'où une barre à part.

Une fondation ancienne n'est pas une fondation défaillante. Beaucoup de ces maisons ont traversé cinquante ans sans une fissure, parce que leur sol est peu argileux ou qu'aucun arbre ne l'assèche. Mais lorsque les désordres apparaissent et qu'un diagnostic montre que le mouvement vient bien du sol, la question de l'approfondissement se pose, et c'est là que la reprise en sous-œuvre entre en jeu.

Approfondir une fondation, c'est aller chercher un sol que la sécheresse n'atteint plus

Le service public Géorisques le rappelle : l'évaporation dessèche le sol sur une tranche d'un à deux mètres d'épaisseur, davantage à proximité des arbres. Une semelle posée dans cette tranche monte et descend avec l'argile. Pour les maisons neuves en zone d'exposition moyenne ou forte, les règles actuelles imposent d'ailleurs un ancrage minimal de 0,80 m ou de 1,20 m selon le niveau d'exposition, sauf si un sol dur non argileux se présente plus haut.

Une reprise par plots applique la même logique à une maison existante. Le plot prolonge la semelle vers le bas, jusqu'à une cote fixée par l'étude géotechnique, et le mur cesse de suivre les saisons.

Une semelle ancienne et son plot, en coupe

00,40,81,21,62 m 1234
  1. 0,6 m Fond d'une semelle ancienne courante
  2. 0,8 m Minimum neuf, exposition moyenne
  3. 1,2 m Minimum neuf, exposition forte
  4. 1,6 m Fond du plot fixé par l'étude
  • Tranche qui sèche et regonfle
  • Semelle existante, conservée
  • Plot de béton coulé dessous
  • Matage au mortier sec

Les profondeurs de 0,80 m et 1,20 m s'appliquent aux constructions neuves. Pour une reprise, la cote du fond des plots est fixée au cas par cas par le géotechnicien, d'après les sondages.

Cette cote ne se devine pas. Elle sort d'une étude géotechnique de diagnostic G5, qui dit à quelle profondeur l'argile cesse de varier et ce que vaut le sol en dessous. Sans elle, l'entreprise creuse jusqu'à ce que la terre lui paraisse bonne, ce qui n'est pas une méthode.

Pourquoi on ne creuse jamais sous tout le mur en même temps

Sous un mur porteur, retirer le sol revient à retirer l'appui. Un mur en maçonnerie supporte qu'on lui ôte un mètre de sol sous la semelle, parce que la maçonnerie fait voûte au-dessus du vide et reporte la charge sur les deux côtés encore portés. Il ne supporte pas qu'on lui en ôte trois mètres d'un coup.

D'où la règle des passes alternées. Le mur est découpé en tronçons numérotés d'environ un mètre. On ouvre d'abord des tronçons éloignés les uns des autres, on y coule les plots, on attend qu'ils portent, puis on ouvre les tronçons intermédiaires. À aucun moment deux fouilles voisines ne sont ouvertes ensemble.

Un mur de neuf mètres repris en trois vagues

Vague 1

123456789

Les tronçons 1, 4 et 7 sont creusés et bétonnés. Chacun reste encadré par deux tronçons encore posés sur le sol.

Vague 2

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Une fois les premiers plots matés, on ouvre 2, 5 et 8. Ils s'appuient d'un côté sur un plot neuf, de l'autre sur le sol d'origine.

Vague 3

123456789

Les derniers tronçons comblent les vides. Le mur repose alors sur une fondation continue, plus profonde d'un bout à l'autre.

  • Sol d'origine sous la semelle
  • Fouille ouverte
  • Plot coulé et maté

Le découpage réel dépend de l'état du mur, des ouvertures au-dessus et de l'étude de structure. Sous une fenêtre ou une porte, les tronçons sont souvent raccourcis.

Illustration technique en écorché d'une façade de pavillon et de son sous-sol : sous la semelle filante, trois fouilles espacées sont ouvertes et étayées tandis que les tronçons intermédiaires reposent encore sur l'argile, et deux plots de béton gris déjà coulés descendent plus bas que la semelle d'origine
Le mur porte toujours sur les tronçons encore en terre : la maçonnerie fait voûte au-dessus de chaque fouille ouverte.

Un plot se construit en cinq gestes, et le dernier compte plus que les autres

Sur le chantier, chaque tronçon suit la même séquence. Elle n'a rien de spectaculaire, mais un seul geste bâclé suffit à ruiner l'ensemble.

La vie d'un tronçon, de la fouille au matage

  1. 01Jour 1

    Creuser sous la semelle

    La fouille est ouverte le long du mur, puis poursuivie sous la semelle, souvent à la main. Les parois sont blindées si le terrain s'éboule.

  2. 02Jour 1

    Vérifier le fond de fouille

    Le fond doit atteindre la cote de l'étude et tomber dans le sol attendu. Une poche de remblai ou de racines impose de descendre plus bas.

  3. 03Jour 2

    Couler le plot

    Le béton est coulé jusqu'à quelques centimètres sous la semelle, armé si l'étude le demande, avec des attentes vers les tronçons voisins.

  4. 04Jours 2 à 4

    Laisser durcir

    Le béton fait son retrait en durcissant. Le laisser prendre avant de le mettre en charge évite qu'il se décolle ensuite de la semelle.

  5. 05Jour 4 ou 5

    Mater l'espace restant

    Un mortier sec, presque sans eau, est bourré à refus entre le plot et la semelle. C'est lui qui remet le mur en appui.

Le matage est le geste que nous contrôlons en priorité. Un béton coulé directement contre la semelle se rétracte en séchant et laisse une fente de quelques millimètres : le mur continue alors de reposer sur l'ancien sol jusqu'à ce qu'il s'affaisse de cette hauteur. Bourré à refus, le mortier sec comble cette fente sans retrait. Nous demandons à voir les matages avant remblaiement, ce que permet une mission de suivi lors d'une évaluation des risques structurels.

Photographie d'une fouille de reprise en sous-œuvre au pied d'un mur de pavillon en meulière : sous la semelle de béton ancienne, un plot de béton frais gris clair remplit le fond de la fouille, avec un espace de quelques centimètres encore libre sous la semelle, des étais en bois contre les parois en terre argileuse brune
Un tronçon bétonné, avant matage : l'espace de quelques centimètres laissé sous la semelle sera bourré de mortier sec une fois le plot durci.

Plots ou micropieux : la profondeur du bon sol décide presque tout

Les plots plaisent parce qu'ils ne demandent ni foreuse ni coulis sous pression : une mini-pelle, des bras, du béton. Cet avantage disparaît dès que le sol porteur s'éloigne. Creuser à la main un puits de quatre mètres sous un mur, blinder ses parois et le pomper s'il prend l'eau coûte plus cher et devient plus risqué que de forer. Le choix se fait donc d'abord sur la coupe de sol.

Le tableau résume ce que nous recommandons selon la situation. Les micropieux et l'injection de résine expansive y figurent parce qu'on nous les oppose souvent sur un même dossier.

Quelle technique selon le terrain et la maison

Plots bétonMicropieuxRésine expansive

Sol porteur entre 1 et 2,5 m, terrain sec

Le cas d'école des plots : fouilles courtes, faible coût, aucun engin lourd.

Plots béton Adaptée
Micropieux Selon l'étude
Résine expansive Selon l'étude

Sol porteur au-delà de 3 m

Les puits deviennent dangereux et chers ; seuls des pieux vont chercher ce sol.

Plots béton Déconseillée
Micropieux Adaptée
Résine expansive Déconseillée

Nappe ou venues d'eau au fond de fouille

On ne coule pas un plot sain dans une fouille noyée.

Plots béton Déconseillée
Micropieux Adaptée
Résine expansive Selon l'étude

Argile épaisse sans couche dure identifiée

Les plots doivent alors descendre sous la tranche qui sèche ; l'étude dit si c'est réaliste.

Plots béton Selon l'étude
Micropieux Adaptée
Résine expansive Selon l'étude

Mur mitoyen ou accès réduit au pied de façade

La fouille demande un accès des deux côtés ou une démolition locale du sol intérieur.

Plots béton Selon l'étude
Micropieux Selon l'étude
Résine expansive Adaptée

Maçonnerie déjà très disloquée

Le mur ne fait plus voûte au-dessus d'une fouille ; il faut le reprendre sans le décharger.

Plots béton Déconseillée
Micropieux Adaptée
Résine expansive Déconseillée

Ce tableau traduit notre pratique sur les pavillons d'Île-de-France. La décision finale appartient à l'étude géotechnique et au bureau d'études structure.

Reste un piège commun aux trois techniques : la reprise partielle. Approfondir un seul angle crée un point dur. La partie reprise ne bouge plus, le reste de la maison continue de suivre l'argile, et la fissure se déplace à la jonction. Ce mécanisme est le même que celui des maisons à sous-sol partiel. Une reprise limitée à une façade n'est défendable que si l'étude montre que le reste de la maison repose déjà sur un sol stable.

Un devis de reprise par plots se lit ligne par ligne

Les prix d'une reprise par plots varient trop d'une maison à l'autre pour qu'une fourchette au mètre linéaire ait un sens : profondeur, accès, évacuation des terres, nombre d'ouvertures dans le mur. Ce qui fait la différence entre deux devis, c'est surtout ce qu'ils oublient. Voici les lignes que nous cherchons, et la question que chacune doit faire naître.

Les lignes d'un devis complet

Reprise en sous-œuvre par plots béton, façade et pignons

01Étude géotechnique G5 et note de calcul

Le devis renvoie-t-il à une étude existante, avec la cote du fond des plots, ou laisse-t-il l'entreprise juger sur place ?

02Plan de phasage des tronçons

L'ordre des passes est-il écrit, avec la longueur maximale ouverte en même temps ?

03Terrassement et blindage des fouilles

Le blindage est-il prévu au-delà d'un mètre de profondeur, ou seulement « si nécessaire » ?

04Évacuation des terres

Le volume et la mise en décharge sont-ils chiffrés ? C'est souvent la ligne qui gonfle en cours de chantier.

05Béton, armatures et attentes

La classe de béton et les liaisons entre plots voisins sont-elles précisées ?

06Matage au mortier sans retrait

Le matage figure-t-il comme une ligne à part, avec un délai d'attente avant de le réaliser ?

07Reprise des réseaux et des regards

Les canalisations qui longent le mur sont-elles déviées puis reposées, ou ignorées ?

08Remblaiement compacté et finitions

Le remblai est-il compacté par couches, et les dallages extérieurs sont-ils refaits ?

Un devis qui ne mentionne ni étude, ni phasage, ni matage décrit un chantier qui n'a pas été pensé. Ce n'est pas une affaire de prix.

Si la maçonnerie est fissurée, la réparation des fissures elles-mêmes vient ensuite, quand les plots portent : agrafage des lézardes et reprise des enduits. Les mélanger dans un même lot pousse parfois à refermer des fissures avant que le mur ait fini de se reposer. Quand le chantier est financé par une indemnité de catastrophe naturelle, le taux de TVA applicable se vérifie aussi, comme l'explique l'article sur la TVA des travaux de fissures.

Ce qu'une reprise par plots ne règle pas à elle seule

Les plots corrigent la profondeur de la fondation. Ils ne suppriment pas la cause qui assèche le sol. Un chêne à six mètres de la façade continuera de pomper l'eau de l'argile ; si ses racines descendent sous le fond des plots, le mouvement reprend, plus bas et plus lentement. La distance aux arbres se traite donc en même temps, comme le détaille l'article sur les arbres et les fissures.

Les fuites de canalisation, les descentes de gouttière qui se vident au pied du mur et l'absence de trottoir étanche jouent le même rôle. Une reprise sans cette remise en ordre autour de la maison coûte cher pour un résultat incertain.

Côté garanties, la reprise est un ouvrage de fondation : elle engage la garantie décennale de l'entreprise, à vérifier sur l'attestation avant signature, et une assurance dommages-ouvrage reste recommandée. Si la commune a été reconnue en catastrophe naturelle pour la sécheresse, les travaux de confortement nécessaires peuvent entrer dans l'indemnisation : les conditions sont détaillées dans le guide de l'assurance catastrophe naturelle.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Quelle est la différence entre une reprise par plots et une reprise par micropieux ?

Les plots sont des blocs de béton coulés dans des fouilles creusées sous la semelle, jusqu'à un sol stable peu profond. Les micropieux sont des tubes forés de petit diamètre, scellés au coulis, qui vont chercher le sol porteur bien plus bas et reprennent le mur par une poutre ou des consoles. Les premiers conviennent quand le bon sol est proche, les seconds quand il est profond ou noyé.

Combien de temps dure une reprise en sous-œuvre par plots ?

Chaque tronçon demande en général quatre à cinq jours entre la fouille et le matage, et plusieurs tronçons avancent en parallèle. Pour un pavillon dont tout le périmètre est repris, comptez plusieurs semaines de chantier, davantage si les terres s'évacuent à la brouette ou si des réseaux doivent être déviés.

Peut-on rester dans la maison pendant les travaux ?

Le plus souvent oui, puisque les fouilles se font depuis l'extérieur et qu'une partie seulement du mur est découverte à la fois. Il faut toutefois accepter le bruit, la poussière et un jardin ouvert. Si des fouilles doivent être creusées côté intérieur, la pièce concernée est vidée et son sol démoli localement.

Faut-il prévenir le voisin si le mur est mitoyen ?

Oui. Creuser sous un mur mitoyen touche un ouvrage qui appartient aux deux propriétaires et peut affecter la maison voisine. Un accord écrit est nécessaire, et un constat de l'état de la maison voisine avant le chantier protège tout le monde en cas de fissure nouvelle.

Une maison reprise par plots se revend-elle moins bien ?

Une reprise documentée rassure plutôt l'acheteur, à condition de lui remettre l'étude de sol, le devis, les factures, l'attestation décennale et, si possible, un rapport de suivi. Ce que l'acheteur doit vérifier est détaillé dans l'article sur l'achat d'une maison reprise en sous-œuvre. Pour savoir si votre propre maison en a besoin, un diagnostic de fissure commence par établir la cause.

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