Près d'une maison francilienne sur deux a été bâtie avant que l'on se méfie de l'argile
Le recensement de l'INSEE compte en Île-de-France 1 425 153 maisons individuelles occupées en résidence principale. Parmi elles, 611 903 ont été achevées avant 1971, soit 42,9 %. Dans les départements de petite couronne, la proportion dépasse la moitié : 54,9 % en Seine-Saint-Denis, 56,3 % dans le Val-de-Marne et 65,9 % dans les Hauts-de-Seine.
Ces maisons ont été construites bien avant que la sécheresse ne soit reconnue comme catastrophe naturelle en Île-de-France, ce qui n'est arrivé qu'à partir de 1989. Leurs semelles filantes ont été dimensionnées pour porter le mur, pas pour échapper au retrait-gonflement des argiles. Quand nous les dégageons en sondage, nous les trouvons souvent à quelques dizaines de centimètres sous le terrain, dans la tranche de sol qui sèche chaque été.
Une fondation ancienne n'est pas une fondation défaillante. Beaucoup de ces maisons ont traversé cinquante ans sans une fissure, parce que leur sol est peu argileux ou qu'aucun arbre ne l'assèche. Mais lorsque les désordres apparaissent et qu'un diagnostic montre que le mouvement vient bien du sol, la question de l'approfondissement se pose, et c'est là que la reprise en sous-œuvre entre en jeu.
Approfondir une fondation, c'est aller chercher un sol que la sécheresse n'atteint plus
Le service public Géorisques le rappelle : l'évaporation dessèche le sol sur une tranche d'un à deux mètres d'épaisseur, davantage à proximité des arbres. Une semelle posée dans cette tranche monte et descend avec l'argile. Pour les maisons neuves en zone d'exposition moyenne ou forte, les règles actuelles imposent d'ailleurs un ancrage minimal de 0,80 m ou de 1,20 m selon le niveau d'exposition, sauf si un sol dur non argileux se présente plus haut.
Une reprise par plots applique la même logique à une maison existante. Le plot prolonge la semelle vers le bas, jusqu'à une cote fixée par l'étude géotechnique, et le mur cesse de suivre les saisons.
Une semelle ancienne et son plot, en coupe
- 0,6 m Fond d'une semelle ancienne courante
- 0,8 m Minimum neuf, exposition moyenne
- 1,2 m Minimum neuf, exposition forte
- 1,6 m Fond du plot fixé par l'étude
- Tranche qui sèche et regonfle
- Semelle existante, conservée
- Plot de béton coulé dessous
- Matage au mortier sec
Les profondeurs de 0,80 m et 1,20 m s'appliquent aux constructions neuves. Pour une reprise, la cote du fond des plots est fixée au cas par cas par le géotechnicien, d'après les sondages.
Cette cote ne se devine pas. Elle sort d'une étude géotechnique de diagnostic G5, qui dit à quelle profondeur l'argile cesse de varier et ce que vaut le sol en dessous. Sans elle, l'entreprise creuse jusqu'à ce que la terre lui paraisse bonne, ce qui n'est pas une méthode.
Pourquoi on ne creuse jamais sous tout le mur en même temps
Sous un mur porteur, retirer le sol revient à retirer l'appui. Un mur en maçonnerie supporte qu'on lui ôte un mètre de sol sous la semelle, parce que la maçonnerie fait voûte au-dessus du vide et reporte la charge sur les deux côtés encore portés. Il ne supporte pas qu'on lui en ôte trois mètres d'un coup.
D'où la règle des passes alternées. Le mur est découpé en tronçons numérotés d'environ un mètre. On ouvre d'abord des tronçons éloignés les uns des autres, on y coule les plots, on attend qu'ils portent, puis on ouvre les tronçons intermédiaires. À aucun moment deux fouilles voisines ne sont ouvertes ensemble.
Un mur de neuf mètres repris en trois vagues
Vague 1
Les tronçons 1, 4 et 7 sont creusés et bétonnés. Chacun reste encadré par deux tronçons encore posés sur le sol.
Vague 2
Une fois les premiers plots matés, on ouvre 2, 5 et 8. Ils s'appuient d'un côté sur un plot neuf, de l'autre sur le sol d'origine.
Vague 3
Les derniers tronçons comblent les vides. Le mur repose alors sur une fondation continue, plus profonde d'un bout à l'autre.
- Sol d'origine sous la semelle
- Fouille ouverte
- Plot coulé et maté
Le découpage réel dépend de l'état du mur, des ouvertures au-dessus et de l'étude de structure. Sous une fenêtre ou une porte, les tronçons sont souvent raccourcis.
Un plot se construit en cinq gestes, et le dernier compte plus que les autres
Sur le chantier, chaque tronçon suit la même séquence. Elle n'a rien de spectaculaire, mais un seul geste bâclé suffit à ruiner l'ensemble.
La vie d'un tronçon, de la fouille au matage
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01Jour 1
Creuser sous la semelle
La fouille est ouverte le long du mur, puis poursuivie sous la semelle, souvent à la main. Les parois sont blindées si le terrain s'éboule.
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02Jour 1
Vérifier le fond de fouille
Le fond doit atteindre la cote de l'étude et tomber dans le sol attendu. Une poche de remblai ou de racines impose de descendre plus bas.
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03Jour 2
Couler le plot
Le béton est coulé jusqu'à quelques centimètres sous la semelle, armé si l'étude le demande, avec des attentes vers les tronçons voisins.
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04Jours 2 à 4
Laisser durcir
Le béton fait son retrait en durcissant. Le laisser prendre avant de le mettre en charge évite qu'il se décolle ensuite de la semelle.
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05Jour 4 ou 5
Mater l'espace restant
Un mortier sec, presque sans eau, est bourré à refus entre le plot et la semelle. C'est lui qui remet le mur en appui.
Le matage est le geste que nous contrôlons en priorité. Un béton coulé directement contre la semelle se rétracte en séchant et laisse une fente de quelques millimètres : le mur continue alors de reposer sur l'ancien sol jusqu'à ce qu'il s'affaisse de cette hauteur. Bourré à refus, le mortier sec comble cette fente sans retrait. Nous demandons à voir les matages avant remblaiement, ce que permet une mission de suivi lors d'une évaluation des risques structurels.
Plots ou micropieux : la profondeur du bon sol décide presque tout
Les plots plaisent parce qu'ils ne demandent ni foreuse ni coulis sous pression : une mini-pelle, des bras, du béton. Cet avantage disparaît dès que le sol porteur s'éloigne. Creuser à la main un puits de quatre mètres sous un mur, blinder ses parois et le pomper s'il prend l'eau coûte plus cher et devient plus risqué que de forer. Le choix se fait donc d'abord sur la coupe de sol.
Le tableau résume ce que nous recommandons selon la situation. Les micropieux et l'injection de résine expansive y figurent parce qu'on nous les oppose souvent sur un même dossier.
Quelle technique selon le terrain et la maison
Sol porteur entre 1 et 2,5 m, terrain sec
Le cas d'école des plots : fouilles courtes, faible coût, aucun engin lourd.
Sol porteur au-delà de 3 m
Les puits deviennent dangereux et chers ; seuls des pieux vont chercher ce sol.
Nappe ou venues d'eau au fond de fouille
On ne coule pas un plot sain dans une fouille noyée.
Argile épaisse sans couche dure identifiée
Les plots doivent alors descendre sous la tranche qui sèche ; l'étude dit si c'est réaliste.
Mur mitoyen ou accès réduit au pied de façade
La fouille demande un accès des deux côtés ou une démolition locale du sol intérieur.
Maçonnerie déjà très disloquée
Le mur ne fait plus voûte au-dessus d'une fouille ; il faut le reprendre sans le décharger.
Ce tableau traduit notre pratique sur les pavillons d'Île-de-France. La décision finale appartient à l'étude géotechnique et au bureau d'études structure.
Reste un piège commun aux trois techniques : la reprise partielle. Approfondir un seul angle crée un point dur. La partie reprise ne bouge plus, le reste de la maison continue de suivre l'argile, et la fissure se déplace à la jonction. Ce mécanisme est le même que celui des maisons à sous-sol partiel. Une reprise limitée à une façade n'est défendable que si l'étude montre que le reste de la maison repose déjà sur un sol stable.
Un devis de reprise par plots se lit ligne par ligne
Les prix d'une reprise par plots varient trop d'une maison à l'autre pour qu'une fourchette au mètre linéaire ait un sens : profondeur, accès, évacuation des terres, nombre d'ouvertures dans le mur. Ce qui fait la différence entre deux devis, c'est surtout ce qu'ils oublient. Voici les lignes que nous cherchons, et la question que chacune doit faire naître.
Si la maçonnerie est fissurée, la réparation des fissures elles-mêmes vient ensuite, quand les plots portent : agrafage des lézardes et reprise des enduits. Les mélanger dans un même lot pousse parfois à refermer des fissures avant que le mur ait fini de se reposer. Quand le chantier est financé par une indemnité de catastrophe naturelle, le taux de TVA applicable se vérifie aussi, comme l'explique l'article sur la TVA des travaux de fissures.
Ce qu'une reprise par plots ne règle pas à elle seule
Les plots corrigent la profondeur de la fondation. Ils ne suppriment pas la cause qui assèche le sol. Un chêne à six mètres de la façade continuera de pomper l'eau de l'argile ; si ses racines descendent sous le fond des plots, le mouvement reprend, plus bas et plus lentement. La distance aux arbres se traite donc en même temps, comme le détaille l'article sur les arbres et les fissures.
Les fuites de canalisation, les descentes de gouttière qui se vident au pied du mur et l'absence de trottoir étanche jouent le même rôle. Une reprise sans cette remise en ordre autour de la maison coûte cher pour un résultat incertain.
Côté garanties, la reprise est un ouvrage de fondation : elle engage la garantie décennale de l'entreprise, à vérifier sur l'attestation avant signature, et une assurance dommages-ouvrage reste recommandée. Si la commune a été reconnue en catastrophe naturelle pour la sécheresse, les travaux de confortement nécessaires peuvent entrer dans l'indemnisation : les conditions sont détaillées dans le guide de l'assurance catastrophe naturelle.