TVA des travaux de réparation après une sécheresse : quand la facture passe de 10 % à 20 %

Le rapport de l'expert d'assurance est arrivé, le devis de l'entreprise aussi, et les deux montants ne tombent pas juste. Souvent, la différence ne vient ni des quantités ni des prix unitaires : elle vient d'une ligne que personne ne lit, celle du taux de TVA.

Sur une réparation de quelques milliers d'euros, l'écart passe inaperçu. Sur une reprise en sous-œuvre à 50 000 euros, dix points de TVA font 5 000 euros, et c'est le propriétaire qui les avance si le chiffrage de l'indemnité a été établi au mauvais taux.

Chantier de reprise en sous-œuvre par micropieux le long d'une maison fissurée par la sécheresse, foreuse et tranchée ouverte
En bref

Quel taux de TVA s'applique aux travaux de réparation des fissures payés avec l'indemnité sécheresse ?

Pour une maison achevée depuis plus de deux ans, la réparation des fissures relève en principe du taux de 10 %. Le taux passe à 20 % quand les travaux rendent à l'état neuf la majorité des fondations, ou la majorité des autres éléments qui tiennent la maison debout, ou la majorité des façades, ou les deux tiers de chaque lot de second œuvre. Une reprise en sous-œuvre sur tout le périmètre peut donc changer de taux, et l'écart se chiffre en milliers d'euros si personne ne l'a prévu dans l'indemnité.

Dix points de TVA pèsent lourd sur une reprise de fondations

Un particulier ne récupère pas la TVA. Pour lui, elle fait partie du coût de la réparation au même titre que les micropieux ou l'enduit, et c'est pour cette raison qu'une indemnité de sinistre se calcule en principe toutes taxes comprises pour une maison d'habitation. Encore faut-il que le taux retenu dans le chiffrage soit celui que l'entreprise appliquera réellement sur sa facture.

Pour une fissure rebouchée et un enduit refait, la question ne se pose presque pas. Elle devient décisive dès que la réparation touche les fondations : une reprise en sous-œuvre par micropieux se chiffre couramment entre 20 000 et 60 000 euros hors taxes en Île-de-France, et le passage de 10 % à 20 % ajoute alors entre 2 000 et 6 000 euros à la facture.

À chaque budget de reprise correspond un écart de TVA que quelqu'un devra payer

Montant hors taxes TVA à 10 % Supplément si la facture passe à 20 %

  • Reprise localisée d'un angle

    + 2 000 € à avancer si le chiffrage a retenu 10 %

    HT 20 000 €TTC à 10 % : 22 000 €TTC à 20 % : 24 000 €

  • Reprise de deux façades

    + 4 000 € à avancer si le chiffrage a retenu 10 %

    HT 40 000 €TTC à 10 % : 44 000 €TTC à 20 % : 48 000 €

  • Reprise de tout le périmètre

    + 6 000 € à avancer si le chiffrage a retenu 10 %

    HT 60 000 €TTC à 10 % : 66 000 €TTC à 20 % : 72 000 €

Les budgets hors taxes reprennent la fourchette observée sur les reprises par micropieux en Île-de-France. Seul le taux change d'une barre à l'autre.

La franchise légale de 1 520 euros, elle, ne bouge pas avec le taux de TVA : elle se déduit du montant indemnisé, quel qu'il soit. Le détail de son calcul figure dans l'article sur la franchise catastrophe naturelle, et la façon dont l'expert construit le reste du chiffrage dans celui sur le montant de l'indemnisation.

Le taux de 10 % est la règle pour une maison de plus de deux ans

L'article 279-0 bis du Code général des impôts applique le taux intermédiaire de 10 % aux travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien portant sur des locaux à usage d'habitation achevés depuis plus de deux ans. La réparation de fissures entre naturellement dans cette catégorie : on remet en état une maison qui existe déjà.

La condition des deux ans compte pour les maisons récentes. Une maison livrée il y a dix-huit mois et fissurée par l'été qui vient de passer ne bénéficie pas du taux réduit : les travaux sont facturés à 20 %, et c'est en général la garantie décennale du constructeur, plutôt que la catastrophe naturelle, qui est en première ligne. Pour toutes les autres maisons, résidence principale comme résidence secondaire, le point de départ est 10 %.

Le taux de 10 % s'applique aussi aux fournitures posées par l'entreprise : les micropieux, le béton de la longrine, les agrafes de couture et l'enduit suivent le taux de la main-d'œuvre. En revanche, les matériaux que vous achetez vous-même en magasin restent à 20 %, ce qui rend rarement intéressant de fournir soi-même une partie du chantier.

La réparation repasse à 20 % quand elle refait la maison à neuf

Le taux réduit s'arrête là où commence, pour l'administration fiscale, la construction d'un immeuble neuf. L'article 257 du Code général des impôts et la doctrine fiscale publiée au BOFiP considèrent que des travaux concourent à produire un immeuble neuf lorsqu'ils rendent à l'état neuf, au choix, la majorité des fondations, la majorité des éléments hors fondations qui déterminent la résistance et la rigidité de l'ouvrage, la majorité de la consistance des façades hors ravalement, ou l'ensemble des éléments de second œuvre dans une proportion d'au moins deux tiers pour chacun d'eux.

Un seul de ces seuils suffit. Il n'est pas nécessaire que la maison soit rasée : une reprise qui reprend toutes les fondations, sans toucher au reste, peut à elle seule faire basculer le chantier à 20 %. Les travaux qui augmentent la surface de plancher de plus de 10 % suivent la même règle, ce qui concerne les propriétaires qui profitent de la réparation pour agrandir.

Quatre seuils font passer le chantier à 20 %, et un seul suffit

Reprise d'un angle par micropieux Reprise de tout le périmètre avec longrine

  • Fondations rendues à l'état neuf

    Seuil franchi

  • Murs porteurs, planchers et charpente rendus à l'état neuf

  • Consistance des façades refaite, hors ravalement

  • Chaque lot de second œuvre refait

Reprise d'un angle par micropieux

Aucun seuil n'est atteint : la facture reste à 10 %.

Reprise de tout le périmètre avec longrine

Le seuil des fondations est franchi : le taux de 20 % devient probable.

Les proportions sont un exemple pour deux chantiers types. Le seuil se mesure sur votre maison, à partir du plan des fondations et du descriptif des travaux.

Deux plans de fondations d'une même maison vus de dessus : à gauche, des micropieux sous un seul angle, à droite, des micropieux et une longrine sur tout le périmètre.
À gauche, une reprise localisée qui laisse la majorité des fondations en place. À droite, une reprise de tout le périmètre qui peut atteindre le seuil des fondations.

Une reprise en sous-œuvre se juge au périmètre réellement repris

La plupart des reprises après sécheresse sont localisées. L'expert constate un tassement sous un angle ou sous une façade, et l'entreprise installe des micropieux sur ce tronçon seulement. Dans ce cas, la majorité des fondations reste telle qu'elle était, et le chantier conserve le taux de 10 %.

Le doute naît avec les reprises complètes, sur tout le tour de la maison, avec une longrine en béton armé qui reporte les murs sur les nouveaux appuis. La pratique des entreprises n'est pas uniforme : certaines estiment que des micropieux ajoutés sous des semelles existantes ne rendent pas les fondations à l'état neuf, d'autres appliquent 20 % par prudence. Quand le montant est important, une demande de rescrit auprès de l'administration fiscale permet d'obtenir une position écrite avant de signer.

Quand la maison est démolie, la question ne se pose plus

Si l'expert conclut que la réparation coûterait plus cher que la reconstruction, la nouvelle maison est un immeuble neuf, facturé à 20 % sans discussion possible. Le chiffrage de l'indemnité doit alors être établi à ce taux dès le départ. Ce cas est détaillé dans l'article consacré à la maison fissurée irréparable.

La question se tranche plus facilement avant le chantier qu'après. Demandez à l'entreprise, au moment du devis, sur quel taux elle s'engage et pour quelle raison, et faites ajouter au devis une description précise du linéaire de fondations repris. C'est l'un des points à vérifier pour choisir l'entreprise de réparation, au même titre que son assurance décennale.

Depuis 2025, c'est vous qui certifiez le taux sur le devis

Jusqu'en février 2025, le client remplissait une attestation sur un formulaire Cerfa pour justifier le taux réduit. La loi de finances pour 2025 a supprimé ces formulaires : le client certifie désormais, par une mention portée sur le devis ou sur la facture, que les travaux portent sur un logement achevé depuis plus de deux ans et qu'ils ne le rendent pas à l'état neuf.

Cette mention n'est pas une formalité anodine. Si elle se révèle inexacte de votre fait, vous êtes solidairement tenu de payer le complément de TVA avec l'entreprise. Gardez le devis et la facture qui la portent jusqu'au 31 décembre de la cinquième année qui suit les travaux.

Quatre endroits de la facture se lisent avant de la transmettre à l'assureur

Entreprise de reprise en sous-œuvre Facture DÉSIGNATION MONTANT HT Micropieux sous façade nord32 000,00Longrine béton armé11 500,00Agrafage et reprise d'enduit6 500,00 Total HT 50 000,00 TVA 10 % 5 000,00 Total TTC 55 000,00 Le client certifie que les travauxportent sur une maison achevée depuisplus de deux ans et ne la rendent pas àl'état neuf. 1 2 3 4
  1. La désignation dit ce qui est repris

    Un libellé précis, avec le linéaire ou la façade concernée, permet de vérifier plus tard que le seuil des fondations n'est pas atteint.

  2. Le taux doit être celui du chiffrage

    Si le rapport de l'expert retient 10 % et que la facture affiche 20 %, l'écart n'est pas couvert sans discussion.

  3. La mention engage le client

    Elle remplace l'ancien formulaire Cerfa depuis février 2025. Une mention inexacte de votre fait vous rend solidaire du complément de TVA.

  4. Le total TTC sert de base au règlement

    C'est ce montant, et non le hors taxes, que vous comparez à l'indemnité versée par l'assureur.

Les montants sont fictifs. La formulation de la mention est libre, à condition de reprendre les deux engagements.

Le chiffrage de l'indemnité doit retenir le même taux que la facture

Le risque concret n'est pas fiscal, il est indemnitaire. L'expert mandaté par l'assureur chiffre la réparation à partir de devis ou de ses propres barèmes, et il retient un taux de TVA. S'il retient 10 % pour une reprise que l'entreprise facturera à 20 %, l'indemnité est trop basse dès le départ, et la différence ne se rattrape qu'en contestant le chiffrage.

Certains contrats versent d'abord l'indemnité hors taxes et règlent la TVA sur présentation des factures. Ce mécanisme a sa logique, mais il suppose que le taux finalement facturé soit accepté. Le calendrier de ces versements et les conditions de l'indemnité différée sont expliqués dans l'article sur la quittance d'indemnité : la règle à retenir ici est de ne pas signer avant d'avoir comparé le taux du rapport et celui du devis.

  1. Relever le taux dans le rapport de l'expert

    Il figure dans le tableau de chiffrage, souvent à côté du total. S'il n'apparaît pas, demandez par écrit sur quel taux le montant a été calculé.

  2. Le comparer au devis signé

    Si l'entreprise annonce 20 %, demandez-lui de justifier le taux par écrit au regard des quatre seuils.

  3. Écrire à l'assureur avant de signer la quittance

    Joignez le devis et la justification de l'entreprise, et demandez la révision du chiffrage sur la ligne de TVA.

  4. Faire appuyer la demande si elle est refusée

    Un expert d'assuré peut reprendre le descriptif des travaux et démontrer, plan à l'appui, quelle part des fondations est réellement reprise.

Lorsque l'assureur fait réaliser les travaux par une entreprise de son réseau, la question change de mains : la TVA figure sur la facture adressée à l'assureur, et c'est la qualité de la réparation qu'il faut surveiller, comme l'explique l'article sur la réparation en nature. Pour un local professionnel, c'est l'inverse : un exploitant assujetti récupère la TVA et il est indemnisé hors taxes, ce qui est détaillé à propos du local commercial fissuré.

Si l'écart de taux n'est pas corrigé à l'amiable, une contre-expertise d'assurance reprend le chiffrage ligne par ligne, y compris la TVA, et l'expert d'assuré défend le bon taux face à l'expert de la compagnie.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

L'indemnité sécheresse est-elle versée hors taxes ou toutes taxes comprises ?

Pour un particulier, la TVA fait partie du coût de la réparation et entre en principe dans l'indemnité. Certains contrats versent d'abord un montant hors taxes, puis la TVA sur présentation des factures. Vérifiez la clause de votre contrat et le taux retenu dans le rapport avant de signer quoi que ce soit.

Ma maison a été livrée il y a dix-huit mois. Puis-je bénéficier du taux de 10 % ?

Non. Le taux réduit est réservé aux logements achevés depuis plus de deux ans. Les travaux sur une maison plus récente sont facturés à 20 %, et les fissures relèvent d'abord de la garantie décennale du constructeur, détaillée dans le guide sur la garantie décennale.

L'entreprise veut facturer à 20 % une reprise localisée. Est-ce justifié ?

Rarement. Si les micropieux ne concernent qu'un angle ou une façade, la majorité des fondations reste en place et le taux de 10 % s'applique en principe. Demandez à l'entreprise de justifier son taux par écrit, avec le linéaire repris.

Dois-je encore remplir une attestation de TVA à taux réduit ?

Non, depuis la loi de finances pour 2025. La mention par laquelle vous certifiez les conditions du taux réduit figure désormais sur le devis ou sur la facture. Conservez ces documents jusqu'au 31 décembre de la cinquième année qui suit les travaux.

Que se passe-t-il si l'administration requalifie les travaux à 20 % après coup ?

Le complément de TVA est réclamé à l'entreprise. Si la mention que vous avez certifiée était inexacte de votre fait, vous êtes tenu solidairement avec elle. D'où l'intérêt d'un descriptif précis des travaux et, pour les gros chantiers, d'un rescrit avant de signer.

Le taux de 5,5 % peut-il s'appliquer à la réparation des fissures ?

Non. Le taux de 5,5 % vise les travaux d'amélioration de la performance énergétique et certains travaux induits. La réparation d'un désordre causé par la sécheresse relève du taux de 10 %, ou de 20 % si elle refait la maison à neuf.

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